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Idées - Hydrocarbures offshore

Le dossier de la frontière maritime avec Israël, une nouvelle carte dans le jeu iranien ?

Le dossier de la frontière maritime avec Israël, une nouvelle carte dans le jeu iranien ?

Un drapeau du Hezbollah du côté libanais de la frontière avec Israël, au lendemain de l’envoi, le 3 juillet, de drones sur le champ israélien de Karish. Jalaa Marey/AFP

L’envoi, la semaine dernière, de plusieurs drones vers le champ gazier de Karish par le Hezbollah a fait apparaître les négociations entre le Liban et Israël sur leur frontière maritime sous un autre jour : déjà présent sur plusieurs fronts au Moyen-Orient – du Yémen au Liban en passant par la Syrie, l’Irak et les territoires palestiniens –, l’Iran dispose désormais d’un nouveau levier pour négocier.

À l’heure où l’Europe réduit sa dépendance à l’égard du pétrole et du gaz russes, Téhéran a fait monter les enchères en affirmant que la sécurité des approvisionnements potentiels du continent en gaz israélien pourrait être menacée si ses intérêts – qu’il s’agisse de la relance du Plan d’action global conjoint (JCPOA) ou de ceux dont le pays dispose au Liban ou ailleurs – n’étaient pas pris au sérieux. La République islamique est également mieux à même de faire valoir ses exigences dans le cadre des négociations nucléaires si l’UE et les États-Unis cherchent à mettre d’urgence le pétrole iranien sur le marché afin de compenser la réduction de l’approvisionnement russe.

Calculs régionaux

Quels que soient ces calculs, il semble désormais évident que le gaz libanais constitue, de ce point de vue, une extension du gaz iranien. Pendant un temps, le président Michel Aoun et son gendre Gebran Bassil ont rivalisé avec le président du Parlement Nabih Berry pour le contrôle du dossier du gaz, mais tout cela s’est avéré n’être que du vent. Le véritable jeu se déroule au niveau régional, et même au niveau de l’économie mondiale, où l’Iran a accru son influence sur les approvisionnements potentiels en gaz de l’Occident et compte en tirer des dividendes dans les pourparlers sur l’avenir du Moyen-Orient.

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Observons la région dans son ensemble : malgré leurs manifestations régulières d’hostilité à l’égard de l’Iran, la plupart des grands États arabes – Arabie saoudite, Égypte, Jordanie et Émirats arabes unis – semblent engagés dans un dialogue avec Téhéran, principalement par le biais de la médiation irakienne. Si l’issue de ces échanges reste incertaine, le fait qu’ils aient lieu est parfaitement logique. Pour les États arabes, la relance du JCPOA représenterait une réussite importante pour l’Iran, à même de débloquer des milliards de dollars pour le pays une fois les sanctions levées. L’accord reconnaîtrait également l’importance régionale de l’Iran, soit ce que recherchait le président Barack Obama lorsqu’il l’a initialement négocié. Dans cette perspective, l’ouverture de canaux diplomatiques avec Téhéran constitue une nécessité pour les États arabes.

Mais le contraire est également vrai : en cas d’échec des négociations, Téhéran serait susceptible de poursuivre le développement d’une capacité d’armement nucléaire, avec le risque de polariser encore davantage le Moyen-Orient. Par conséquent, les États arabes, tous réalistes, comprennent qu’ils devront parler aux Iraniens, qui ont les moyens de jouer les trouble-fête dans de nombreuses parties de la région. La guerre au Yémen a montré aux Saoudiens et aux Émiratis qu’une confrontation frontale avec l’Iran et ses alliés régionaux peut avoir des conséquences imprévues, qui finissent par renforcer leur ennemi au lieu de l’affaiblir.

Marteau du Hezbollah, enclume américaine

C’est dans cette perspective régionale qu’il faut analyser le conflit gazier entre le Liban et Israël. À cet égard, l’optimisme exprimé par Michel Aoun et son ministre des Affaires étrangères, Abdallah Bou Habib, sur la probabilité d’un accord imminent semble ridicule à la lumière des nouvelles concernant les efforts de médiation d’Amos Hochstein, le conseiller principal de l’administration Biden pour la sécurité énergétique. Lors de la dernière visite de l’envoyé au Liban, les responsables libanais auraient proposé que la ligne 23 – celle que le Liban a officiellement présentée aux Nations unies comme étant la limite reconnue de sa frontière maritime avec Israël – soit modifiée pour inclure la totalité du champ gazier de Cana, afin de ne pas partager ce dernier avec Tel-Aviv. Selon un article publié début juillet par L’Orient-Le Jour, Israël a répondu en posant deux conditions à la cession de Cana : d’une part, le paiement d’un dédommagement financier une fois que le Liban aura commencé à exploiter le champ et, d’autre part, la cession d’une partie du bloc 8 libanais en contrepartie de la superficie perdue.

Les deux conditions israéliennes, en particulier la première, pourraient être inacceptables pour le Hezbollah. Pire, les Libanais se trouvent sur un terrain juridique instable car, alors qu’ils ont fait de la ligne 23 leur revendication officielle, le président Aoun a déclaré publiquement que le Liban avait droit à une zone maritime plus étendue, en référence à la ligne 29 que le Liban n’a toujours pas enregistrée auprès de l’ONU. Beyrouth se trouve donc dans une zone grise dans laquelle il revendique une zone plus grande que celle contenue par la ligne 23, mais sans avoir établi de base juridique pour cela. Entre-temps, le Hezbollah, qui s’est invité dans les négociations, fixe des lignes rouges iraniennes sur la manière dont les choses doivent se dérouler.

Les autorités libanaises, par leur incompétence, se retrouvent maintenant prises entre le marteau du Hezbollah et l’enclume américaine. Mardi dernier, le journal Nida’ al-Watan, connu pour sa ligne hostile au Hezbollah, rapportait, citant des sources diplomatiques anonymes, qu’Amos Hochstein aurait averti les Libanais après l’affaire des drones que de tels incidents pourraient entraîner des mesures punitives, notamment des sanctions sur les investissements libanais dans les hydrocarbures. Quelle que soit la véracité de ces affirmations, la condamnation de l’épisode des drones par les autorités libanaises semble bien avoir été adoptée en réponse à des exigences américaines.

Au vu de tout cela, l’optimisme affiché du président de la République et de son ministre ne manque pas d’interroger. En fait, leurs paroles semblent dissimuler le fait que la stratégie de négociation incohérente du Liban a été un véritable fiasco. Mais peut-être que cela n’a pas d’importance, car les négociations d’aujourd’hui ne semblent de toute façon pas entre les mains de Beyrouth mais de Téhéran.

Ce texte est aussi disponible en anglais sur «Diwan», le blog du Malcolm H. Kerr Carnegie MEC.

Rédacteur en chef de « Diwan ». Dernier ouvrage : « The Ghosts of Martyrs Square: an Eyewitness Account of Lebanon’s Life Struggle » (Simon & Schuster, 2010, non traduit).


L’envoi, la semaine dernière, de plusieurs drones vers le champ gazier de Karish par le Hezbollah a fait apparaître les négociations entre le Liban et Israël sur leur frontière maritime sous un autre jour : déjà présent sur plusieurs fronts au Moyen-Orient – du Yémen au Liban en passant par la Syrie, l’Irak et les territoires palestiniens –, l’Iran dispose désormais...

commentaires (4)

Les négociations sur le traçage des frontières maritimes risquent, (sans rire), de marquer la diplomatie mondiale de ce quart de siècle par tant de cafouillage et d’impréparation ! (Mondiale : Usa, Liban, Israël et in fine l’Iran, sans parler des multinationales chargés de l’exploration du gisement). On le voit bien, c’est une question de moyens financiers et matériels. Alors comment notre pays pourrait s’en sortir s’il ne peut pas compter sur une super puissance pour défendre ses intérêts, qui sont, selon une certaine presse, les mêmes de notre Hezb. Où je veux en venir ? à votre question en tire : "LE DOSSIER DE LA FRONTIERE MARITIME AVEC ISRAËL, UNE NOUVELLE CARTE DANS LE JEU IRANIEN ?" La réponse est claire : Si l’Iran a les moyens (comme ceux de la Turquie qui a procédé à des explorations jusqu’aux côtes libyennes), qu’il mettra tout en œuvre, au lieu de raviver un front qui ne montre que sa vulnérabilité par des drones inefficaces. A trop consulter sa boussole, le Hezb risque, j'en suis sûr, de perdre le sud après avoir perdu le nord. L’avenir des négociations ne dépendra que des Usa, avec le couronnement de l’Onu, et le pouvoir tricéphale libanais, (république, parlement, et gouvernement) en sont bien conscients. Quid de "l’accord-cadre" d’inspiration américaine, et la non signature du "6344/2011", si ce n'est pour ne pas mécontenter les mêmes qu’on appelle au secours. Et c’est par la faiblesse du pouvoir, que le Hezb fait de la gonflette, c’est tout.

Nabil

16 h 24, le 10 juillet 2022

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Commentaires (4)

  • Les négociations sur le traçage des frontières maritimes risquent, (sans rire), de marquer la diplomatie mondiale de ce quart de siècle par tant de cafouillage et d’impréparation ! (Mondiale : Usa, Liban, Israël et in fine l’Iran, sans parler des multinationales chargés de l’exploration du gisement). On le voit bien, c’est une question de moyens financiers et matériels. Alors comment notre pays pourrait s’en sortir s’il ne peut pas compter sur une super puissance pour défendre ses intérêts, qui sont, selon une certaine presse, les mêmes de notre Hezb. Où je veux en venir ? à votre question en tire : "LE DOSSIER DE LA FRONTIERE MARITIME AVEC ISRAËL, UNE NOUVELLE CARTE DANS LE JEU IRANIEN ?" La réponse est claire : Si l’Iran a les moyens (comme ceux de la Turquie qui a procédé à des explorations jusqu’aux côtes libyennes), qu’il mettra tout en œuvre, au lieu de raviver un front qui ne montre que sa vulnérabilité par des drones inefficaces. A trop consulter sa boussole, le Hezb risque, j'en suis sûr, de perdre le sud après avoir perdu le nord. L’avenir des négociations ne dépendra que des Usa, avec le couronnement de l’Onu, et le pouvoir tricéphale libanais, (république, parlement, et gouvernement) en sont bien conscients. Quid de "l’accord-cadre" d’inspiration américaine, et la non signature du "6344/2011", si ce n'est pour ne pas mécontenter les mêmes qu’on appelle au secours. Et c’est par la faiblesse du pouvoir, que le Hezb fait de la gonflette, c’est tout.

    Nabil

    16 h 24, le 10 juillet 2022

  • Lorsqu’on a vendu son pays à des mercenaires étrangers, on ne peut pas venir s’imposer comme partenaires à part égales. Les iraniens tiennent nos politichiens du plus grand au plus petit par les c… là où ça fait mal d’où leur silence et leur résignation à s’imposer comme seuls interlocuteurs. Leur traîtrise n’est plus un secret pour personne.

    Sissi zayyat

    11 h 48, le 10 juillet 2022

  • "Les autorités libanaises, par leur INCOMPETENCE, se retrouvent maintenant prises entre le marteau du Hezbollah et l’enclume américaine". Je crois que c'est faire un trop grand honneur à nos hommes politiques que les déclarer stupides. A ce point, cela semble impossible! Il est plus vraisemblable qu'il d'agit - comme d'ailleurs dans tout ce qui concerne la crise libanaise actuelle - d'une volonté délibérée.

    Yves Prevost

    07 h 24, le 10 juillet 2022

  • j'ajoute a cette verite que deja depuis quoi, depuis les annees 60 du siecle dernier le liban est assujetti aux jeux pour ne pas dire assujetti aux mandats des differentes nations-arabes,occidentales, puis asiatiques(iran) , grace au patriotisme de ses politiques-hamdulellah-hallelujah-et grace a leur "intelligence" et leur soif d'independance .

    Gaby SIOUFI

    09 h 19, le 09 juillet 2022

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