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Politique - Crise au Liban

La hausse des indemnités des transports approuvée par le gouvernement

Il s'agit de la première réunion du Conseil des ministres après trois mois et demi de paralysie politique. Une nouvelle réunion prévue mardi pour commencer l'étude de l'avant-projet de budget 2022.

La hausse des indemnités des transports approuvée par le gouvernement

Le chef de l'Etat libanais Michel Aoun (au centre) présidant un Conseil des ministres à Baabda, le 24 janvier 2022. Photo Dalati et Nohra

Le Conseil des ministres de Nagib Mikati s'est réuni lundi au palais présidentiel de Baabda sous la houlette du chef de l'Etat, Michel Aoun, pour la première fois depuis plus de trois mois, sans toutefois plancher sur l'avant-projet de budget de l'année en cours, préparé par le ministre des Finances Youssef Khalil, proche du président du Parlement Nabih Berry.

Les ministres ont malgré tout approuvé plusieurs autres mesures, notamment l'augmentation des indemnités de transports pour les secteurs public et privé, ainsi que des aides sociales temporaires aux fonctionnaires, dans un contexte de grave crise économique dans le pays.

Cette réunion, qui a duré deux heures, met ainsi fin à plus de trois mois de paralysie du cabinet en raison de l'opposition du Hezbollah et d'Amal à toute séance avant la mise à l'écart du juge Tarek Bitar, en charge de l'enquête sur l'explosion meurtrière au port de Beyrouth. Le duo chiite a finalement accepté de reprendre part aux réunions du gouvernement, même s'il n'a pas obtenu gain de cause concernant le sort du magistrat. Ce dernier ne peut toutefois pas poursuivre son enquête, en raison d'un énième recours contre lui, présenté par plusieurs responsables politiques poursuivis par le juge.

Augmentation des indemnités de transports
Lors de la réunion, les ministres ont approuvé une augmentation des indemnités de transport journalières, qui sont désormais fixées à 64.000 livres pour le secteur public et 65.000 LL pour le privé, pour toute journée de présence au travail, dans un pays où le prix des carburants a connu de très fortes hausses en raison de la dépréciation de la monnaie nationale et la fin des subventions. Les ministres ont ensuite approuvé une indemnité de transport mensuelle fixe pour les militaires (Armée, forces de sécurité, douanes, etc) d'un montant d'un million deux-cent mille livres libanaises. Les salaires des enseignants contractuels dans les écoles publiques et instituts techniques ont également été "modifiés", a indiqué le ministre de l'Information par intérim et de l'Education, Abbas Halabi, sans pour autant apporter des précisions sur cette modification. Il a en outre annoncé qu'un projet de décret a été approuvé pour accorder des aides sociales "temporaires" aux fonctionnaires, notamment ceux des hôpitaux gouvernementaux et de l'Université libanaise, ainsi que les employés des municipalités.

Enfin, le gouvernement a nommé les membres de la Commission nationale pour la lutte contre la corruption : la juge Thérèse Allaoui, MM. Ali Badran, Joe Maalouf et Kleib Kleib. La commission sera présidée par le juge Claude Karam et l'avocat Fawaz Kabbara en a été nommé vice-président.

Pour sa part, le ministre des Finances, Youssef Khalil, s'est défendu contre les critiques visant l'avant-projet de budget qu'il a préparé, affirmant que celui-ci ne "contient pas de nouvelles taxes comme cela a été dit". Il a en outre affirmé que le taux du dollar adopté au niveau des douanes (le "dollar douanier") "sera calculé sur la base du taux de la plateforme Sayrafa" que le gouvernement met à jour chaque jour. Ce taux est actuellement fixé à 22.700 LL contre le dollar. "Jusqu'à présent, il n' y a pas d'accord concernant la modification du taux officiel de la livre", a enfin souligné le ministre. Ce taux, toujours fixé à 1507.5 LL contre le dollar, est largement inférieur au taux du marché parallèle, qui oscille lundi matin autour de 23.000 LL.

Une nouvelle réunion du Conseil des ministres est prévue mardi, a fait savoir le chef de la diplomatie, Abdallah Bou Habib. Celle-ci doit débuter à 9h et s'achever à 15h, et sera axée autour de l'avant-projet de budget 2022, ont pu confirmer Tala Ramadan et Richard Salamé, journalistes au sein de notre publication anglophone L'Orient Today. "Il y aura des séances quotidiennes jusqu'à l'approbation de l'avant-projet et son envoi au Parlement pour vote", a précisé le ministre Halabi.

"Les gens ne supportent plus les querelles"
Peu avant le début de la réunion qui était axée sur un ordre du jour de 56 points, le Premier ministre s'est entretenu en aparté avec le président Aoun. 

S'exprimant au début du Conseil, le chef de l'Etat a salué la reprise des réunions du gouvernement, notant que "le blocage a impacté négativement la régularité du travail de l'Exécutif et a accru les répercussions négatives sur la situation globale dans le pays". Il a rappelé, une nouvelle fois, que "lorsque le gouvernement n'est pas démissionnaire, le président de la République et le chef du gouvernement ne peuvent pas émettre d'approbations exceptionnelles". Le chef de l'Etat avait menacé de ne plus exercer cette prérogative afin de mettre la pression sur le cabinet Mikati et de le pousser à se réunir. M. Aoun a enfin demandé que le gouvernement planche d'abord sur "les questions relatives à la situation socio-économique auxquelles tiennent les citoyens, quitte à ce que l'ordre du jour de la réunion soit examiné par la suite".

De son côté, le Premier ministre a espéré que la réunion soit "fructueuse" et que les ministres "coopèrent avec responsabilité loin des désaccords", soulignant que "les gens ne supportent plus les querelles. Ils en ont assez des désaccords et veulent un travail productif et une coopération entre tout le monde, afin qu'on les sauve des dangers et des crises dans lesquelles ils se trouvent".

M. Mikati a enfin indiqué que les prochaines réunions du cabinet examineront "plein de questions et de dossiers essentiels". "Nous allons préparer une réunion spéciale du Conseil des ministres pour approuver des décrets d'application des lois émises", a-t-il encore indiqué.

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L'avant-projet de budget, qui pourrait être amené à évoluer au gré des discussions, devrait servir de base pour obtenir une aide financière du Fonds monétaire international en échange des réformes nécessaires pour sortir le pays de la crise qu’il traverse depuis deux ans. Des réunions entre une équipe de négociateurs désignés par l’exécutif et des experts du FMI sont également programmées aujourd'hui en vue de souscrire le Liban à un programme d’assistance financière mis en place par l’organisation internationale, alors que le pays avait fait défaut sur sa dette en devises en mars 2020.

Plusieurs voix se sont élevées durant le week-end écoulé contre des mesures contenues dans l’avant-projet. Samedi, c’était le Courant patriotique libre (CPL, aouniste) avait estimé qu'il ne contenait pas de clauses réformatrices et a dénoncé un "développement dangereux", critiquant certaines prérogatives accordées au ministre des Finances, comme la modification de la loi sur l’impôt sur le revenu. De son côté, le chef du groupe parlementaire du Hezbollah, le député Mohammad Raad a accusé les responsables de vouloir faire porter le fardeau des déficits à la population, en augmentant taxes et impôts, notant toutefois que son groupe restait "favorable à l’approbation du budget". Pour sa part, le patriarche maronite Béchara Raï s'est déclaré opposé à de nouvelles taxes qui pourraient être imposées aux Libanais dans le cadre du projet de budget 2022. Sur le terrain, des dizaines de manifestants se sont rassemblés hier après-midi sous une pluie battante devant le siège de l’Association des banques et se sont ensuite dirigés vers celui de la Banque du Liban pour protester contre les restrictions bancaires imposées depuis plus de deux sur les dépôts en devises sur fond d'effondrement économique et financier dans le pays.


Le Conseil des ministres de Nagib Mikati s'est réuni lundi au palais présidentiel de Baabda sous la houlette du chef de l'Etat, Michel Aoun, pour la première fois depuis plus de trois mois, sans toutefois plancher sur l'avant-projet de budget de l'année en cours, préparé par le ministre des Finances Youssef Khalil, proche du président du Parlement Nabih Berry.Les ministres ont...

commentaires (5)

Et encore du saupoudrage électoral….

Bachir Karim

13 h 52, le 24 janvier 2022

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Commentaires (5)

  • Et encore du saupoudrage électoral….

    Bachir Karim

    13 h 52, le 24 janvier 2022

  • "… Une nouvelle réunion prévue mardi pour commencer l'étude de l'avant-projet de budget 2022 …" - Pourquoi faire? Ils n’ont qu’à demander au mini(stre) Gebran Bécile qui se fera une joie de leur expliquer comment gérer un pays sans budget, comme il s’en vantait à Davos juste avant de devenir ex…

    Gros Gnon

    12 h 53, le 24 janvier 2022

  • Le plus affligeant c’est qu’ils se prennent réellement au sérieux. Les personnes de la photo sont persuadées qu’elles gouvernent une république appelée république libanaise. Alors que dans la réalité cette entité n’existe plus depuis qu’elle a désavoué sa propre signature et ses propres engagements sur la dette. La monnaie vaut à peine son pesant de papier et les dépôts dans les banques valent à peine le prix de l’encre d’impression des relevés de compte. Mais ils s’en foutent complètement, leurs fortunes personnelles sont bien au chaud dans les paradis fiscaux et ils peuvent donc jouer à être président ou ministre ou député ….

    Liberté de penser et d’écrire

    11 h 48, le 24 janvier 2022

  • bien vu

    nabil SALEH

    11 h 31, le 24 janvier 2022

  • "… Le duo chiite a finalement accepté de reprendre part aux réunions du gouvernement, même s'il n'a pas obtenu gain de cause concernant le sort du magistrat. …" - Quelle contre-vérité… Le juge Bitar est hors service jusqu’à ce qu’un nouveau juge soit nommé au CSM pour assurer le quota des réunions, et ça peut durer des mois et des années. Donc techniquement, même s’il n’ont pas "obtenu gain de cause", ils ont eu ce qu’ils voulaient, ce qui revient au même. CQFD

    Gros Gnon

    11 h 23, le 24 janvier 2022

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