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Culture - Illustration/Portrait

Thierry Chehab croqueur sur le vif d’un Liban dans la tourmente

Deux de ses carnets de dessins, réunis sous l’intitulé « Du pays du Cèdre au pays des cendres », ont été primés aux 21e Rendez-Vous du Carnet de voyage à Clermont-Ferrand. Parcours de ce publicitaire de profession devenu également, ces dernières années, « Urban Sketcher » par passion du témoignage dessiné.

Thierry Chehab croqueur sur le vif d’un Liban dans la tourmente

Thierry Chehab, un urban sketcher en pleine action.

Lorsqu’il entame en 2018 son premier carnet de voyage consacré au Liban, c’est dans l’objectif de montrer « la vraie image du pays du Cèdre » à ses amis Urban Sketchers – un regroupement d’artistes internationaux qui pratiquent le dessin sur le vif et in situ, auquel il venait juste de s’affilier. « Je voulais leur faire découvrir la beauté de ses plages, ses coins de nature préservés, le charme de ses villages, son patrimoine architectural et ses vestiges romains… Un an plus tard, la révolution faisait irruption. C’est là que le reportage est venu à moi », indique Thierry Chehab. « Sans être journaliste, j’ai ressenti la nécessité de témoigner de ces moments historiques à ma manière, avec mon médium de prédilection qui est l’aquarelle, affirme celui qui, dès les premiers jours du mouvement d’octobre 2019, va s’installer dans un coin de la place des Martyrs pour y capturer sur le vif les manifestations qui s’y déroulent. Cette même année, par pur hasard, j’avais également choisi de participer au challenge des Inktober qui propose aux artistes de réaliser chaque jour, tout au long du mois d’octobre, une illustration à l’encre à partir d’une liste de mots imposés. J’ai adapté ces derniers à la situation libanaise, ce qui m’a permis de brosser de petits tableaux quotidiens des événements qui se déroulaient alors à Beyrouth. » Son talent est aussitôt repéré par la galeriste Nadine Begdache qui accroche quelques-unes de ses aquarelles dans les expositions qu’elle consacre aux œuvres nées de la révolution.

Des illustrations d’une période difficile rendue avec délicatesse et précision. Photo DR

Des dessins et du sens
Chez ce « carnettiste libano-francais », le dessin a toujours été (un loisir) lié à la mémoire et à du sens. D’ailleurs, du plus loin qu’il s’en souvienne, sa pratique a toujours été associée à « l’envie d’immortaliser un moment fort, des instants heureux, des objets et des lieux importants à mes yeux… » confie-t-il. Enfant, il s’attachait déjà à capter in situ à l’aquarelle, comme d’autres le font par la photo, une scène, un paysage, un visage qu’il lui tenait à cœur de préserver dans l’album de ses souvenirs. « Quand on a quitté la France, où j’ai passé mes premières années, pour revenir définitivement au Liban, j’ai dessiné les meubles et les objets dont il fallait se séparer : ma chambre, une armoire, une chaise, un skateboard, entre autres… J’avais 9-10 ans, et j’ai accompagné mes planches de petites annotations », se remémore celui qui est aujourd’hui directeur de création associé au sein de l’agence Leo Burnett Beirut et professeur en publicité à l’Université Antonine.

Des dessins pour garder trace : voilà ce à quoi s’est toujours adonné ce quarantenaire nostalgique. Et voilà ce à quoi il s’est particulièrement livré ces deux dernières années en brossant à chaud la descente aux enfers du Liban. Depuis donc les manifestations d’octobre 2019 et l’espoir qu’elles avaient suscité jusqu’à la désillusion des jours actuels, il en a rempli des carnets de sketchs dépeignant le quotidien chaotique de ses compatriotes au cours de cette période de multicrises combinées.

Les chantiers de reconstruction de Mar Mikhaël croqués dans les carnets de Thierry Chehab. (DR)

De l’explosion de la pauvreté à celles du 4 août…

Sur de petits calepins moleskines puis – à l’instigation de sa belle-mère, l’une de ses premières fans qui l’a encouragé à dessiner plus grand – sur des cahiers de format landscape, Thierry Chehab s’est ainsi attaché à représenter l’explosion de la pauvreté à travers des scènes de vieillards et d’enfants fouillant les poubelles, les files d’attente aux stations d’essence, les humiliantes queues aux guichets des banques, les rues désertes en temps de Covid et noires en temps de pénurie de carburant… Sans oublier la destruction urbaine et la dévastation morale engendrées par la tragédie du 4 août 2020, qu’il immortalise à chaud au lendemain même de la double explosion en découvrant les décombres de la maison de ses grands-parents à Gemmayzeh soufflée par les explosions. « Là aussi, malgré le traumatisme, j’ai ressenti le besoin viscéral de consigner à l’aquarelle le spectacle désolant qui s’offrait à moi. Et c’est à partir de là que j’ai commencé à accompagner mes dessins de témoignages que je recueillais auprès de ma grand-mère, qui avait été blessée, de mon oncle, puis des rescapés parmi les habitants et les commerçants du quartier et dans tout le périmètre du port », révèle-t-il.

Thierry Chehab s’est illustré en croqueur des places de la révolution en 2019. (DR)

« Coup de cœur » de Clermont-Ferrand

Ses dessins partagés sur le site des Urban Sketchers et sur son fil Instagram (@atary81) attirent l’attention de journalistes étrangers qui le sollicitent pour des interviews. The National, un media de Dubaï, puis CNN braquent leurs projecteurs sur son coup de pinceau instantané qui retrace, avec précision et sensibilité, les scènes postapocalyptiques des lendemains de l’horreur avant qu’elles ne soient déblayées. Et, consécration prestigieuse, ils lui valent de figurer parmi les 9 artistes primés sur les centaines de candidats de différentes nationalités au cours des 21e Rendez-Vous du Carnet de voyage à Clermont-Ferrand en novembre dernier.


Un talent libanais reconnu par les Rendez-Vous des Carnets de voyage de Clermont-Ferrand en novembre 2021. Photo DR

« C’est une amie follower française qui m’a incité à présenter mes carnets à cet événement très important pour les dessinateurs, illustrateurs et carnettistes. J’ai postulé avec juste l’espoir que ma candidature soit acceptée pour une exposition. Je ne m’attendais pas du tout à recevoir un prix de ces Rendez-Vous très prisés », avoue humblement Thierry Chehab. Sauf que, voilà, ses témoignages aquarellés d’un pays du Cèdre devenu – grâce aux bons soins de ses dirigeants ! – un pays des cendres ont ému le jury. Lequel lui a décerné son prix « Coup de cœur » dans la catégorie du Carnet de voyage international. Une distinction qui, outre la reconnaissance de son talent, lui a offert des contacts avec des éditeurs internationaux pour une potentielle publication de ses carnets de voyage. « Je suis en relation avec des éditeurs français intéressés. On verra si cela va aboutir à un ouvrage regroupant ma compilation de dessins sur cette période tourmentée du Liban », affirme prudemment ce publicitaire qui, en deux petites années, a gagné ses galons d’artiste aquarelliste. Et d’ajouter en conclusion : « Mais ce qui est sûr, c’est que tant que je suis au Liban, je consacrerai mes dessins à recueillir les histoires et les témoignages des événements qui s’y déroulent. »

Lorsqu’il entame en 2018 son premier carnet de voyage consacré au Liban, c’est dans l’objectif de montrer « la vraie image du pays du Cèdre » à ses amis Urban Sketchers – un regroupement d’artistes internationaux qui pratiquent le dessin sur le vif et in situ, auquel il venait juste de s’affilier. « Je voulais leur faire découvrir la beauté de ses plages, ses coins de nature préservés, le charme de ses villages, son patrimoine architectural et ses vestiges romains… Un an plus tard, la révolution faisait irruption. C’est là que le reportage est venu à moi », indique Thierry Chehab. « Sans être journaliste, j’ai ressenti la nécessité de témoigner de ces moments historiques à ma manière, avec mon médium de prédilection qui est l’aquarelle, affirme celui qui, dès les...
commentaires (3)

Bonjour. Des croquis certainement très réalistes qui méritaient sans doute un prix. Mais pourquoi ce "libano-français" les a-t-il commentés en anglais??? Le français recule de façon dramatique au Liban... Au passage : on est quadragénaire à l'âge de 40 ans. "Quarantenaire"= qui dure 40 ans.

Lilou BOISSÉ

19 h 48, le 09 janvier 2022

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Commentaires (3)

  • Bonjour. Des croquis certainement très réalistes qui méritaient sans doute un prix. Mais pourquoi ce "libano-français" les a-t-il commentés en anglais??? Le français recule de façon dramatique au Liban... Au passage : on est quadragénaire à l'âge de 40 ans. "Quarantenaire"= qui dure 40 ans.

    Lilou BOISSÉ

    19 h 48, le 09 janvier 2022

  • Pardon pour l’orthographe Zėna …et non Zeina

    Citoyen Lambda

    11 h 38, le 09 janvier 2022

  • Bravo à Zeina et Thierry ! Keep the Spirit !

    Citoyen Lambda

    11 h 35, le 09 janvier 2022

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