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Culture - Initiative

Majestueux, ferrugineux, chenu ou humilié, le cèdre dans tous ses états à Paris

La galerie parisienne Modus accueille à partir d’aujourd’hui, jeudi 25 novembre, pour trois jours, une centaine de dessins, collages, montages, peintures, aquarelles ou autres, réalisés sur un format A3 par des artistes de renom. Leur motif commun ? Le cèdre. Leur finalité ? Venir en aide à des étudiants libanais.

Majestueux, ferrugineux, chenu ou humilié, le cèdre dans tous ses états à Paris

Flavia Codsi, « Cèdre d’aujourd’hui », acrylique et fusain sur papier, 29,7 x 42 cm.

C’est à l’initiative de Pascale Choueiri Saad, présidente de la fondation Green Cedar Lebanon, et de ses cofondatrices Cathie Tyan, Lara Debs et Nelly Zeidan, que la quatrième édition du projet « Dessine-moi un cèdre » a pu voir le jour. « C’est aujourd’hui (jeudi 25 novembre) que se tient le vernissage de l’exposition des œuvres réalisées par 62 artistes, et la signature du livre qui en est issu. Monsieur Rami Adwan nous a accueillis le 23 à l’ambassade du Liban pour une première signature », précise Pascale Saad, dont la fondation, créée en 2007, a déjà permis de planter plus de 300 000 arbres. « Pour ce projet, nous avons sollicité des peintres, des céramistes, des photographes, des sculpteurs, des architectes, ou encore des couturiers, comme Élie Saab ou Zuhair Mrad, ajoute-t-elle. Nous avons travaillé avec l’association Solidarity France, représentée par Joumana Yazigi.

Yann Bitar, « It’s my vision, but it’s our cedar », croquis au crayon (graphite), 29,7 x 42 cm.


Tous les bénéfices permettront de financer des bourses universitaires pour les étudiants des beaux-arts de la Lebanese American University. Actuellement, l’État est tellement défaillant au Liban que nous avons souhaité soutenir l’éducation des jeunes. Nous sommes toujours impliqués dans le reboisement mais, depuis deux ans, nous favorisons les aides à des causes humanitaires plus qu’environnementales, en collaborant avec d’autres associations, comme la Lebanese Food Bank. » Pour répondre aux consignes de format, de support et de thématique, les artistes ont redoublé d’inventivité pour esquisser les contours d’une idée, d’une émotion qu’ils associent à l’arbre du drapeau de leur pays. L’objet-livre qui finalise ce parcours collectif entrecroise des œuvres picturales et des textes variés, qui étayent leur approche. Les mots de Charles Corm, Dominique Eddé, Saïd Akl, Gustave Flaubert, Fouad Gabriel Naffah et bien d’autres permettent des pauses de réflexion dans la trajectoire du lecteur.

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C’est l’œuvre d’Alia Mouzannar que l’on peut découvrir sur la première de couverture de l’ouvrage. « Il s’agit de l’édition limitée d’une gravure d’un cèdre du Liban, chaque pièce est rehaussée à la feuille d’or », explique la créatrice de bijoux, qui a été initiée à la gravure par son mari, Fadi Mogabgab, en 2012. « Cette pratique me permet de véhiculer ma passion pour le patrimoine libanais. Ainsi, je transmets la poésie de mon pays, et je dessine souvent des cèdres, qui me sont familiers car nous avons une maison aux pieds des cèdres du Barouk : ils sont toujours là, forts et résistants, doux et apaisants, au fil des saisons. C’est cette image que j’immortalise par le biais de la gravure, soulignée de feuille d’or, comme un éclat précieux et délicat sur ces arbres éternels », déclare celle qui, comme tous ceux qui ont participé au projet, n’a pas hésité à marquer sa solidarité avec les jeunes étudiants de son pays.

Ian Abella, « Parvis des libertés », photographie édition limitée 1/50, 29,7 x 42 cm.

Le cèdre élaboré par le collectif Hawini est lui aussi cousu de fil d’or. « L’œuvre que nous avons conçue est constituée de plusieurs matériaux, c’est un mélange de supports organiques et inertes qui rappellent l’ancrage de l’arbre dans un sol inerte. Nous avons construit un cadre en bois avec des planches de plexiglas qui enferme un cèdre dessiné avec du fil doré. Cela crée l’illusion que le cèdre flotte dans l’air et qu’il se détache de sa matérialité. Le cèdre incarne ainsi une forme de liberté, de légèreté, dans un pays actuellement rongé par les difficultés. Nous avons utilisé une technique développée dans notre atelier pour différents projets », précise Wissam Moubarak, qui s’exprime au nom du collectif d’artistes auquel il appartient, où sont associés artistes et artisans, dans une quête esthétique fondée sur des valeurs de partage et d’échange.

Hawini, « Golden Cedar », tissage de fil d’or, 29,7 x 42 cm.

Un cèdre pastel, ferrugineux, chenu, humilié...

Cèdre aimant est l’intitulé sylleptique du bas-relief réalisé par Anachar Basbous. « C’est un dessin avec de la poudre de fer, des aimants et des morceaux de tôle de fer, ce qui correspond à mes recherches actuelles. Les aimants font le lien entre les particules de fer, à la place de l’huile ou l’acrylique. Ils symbolisent aussi l’attachement et l’attraction que peuvent ressentir les Libanais pour leur pays plein de contradictions. Le fer, lui, peut être une matière de construction, ou de destruction et de guerre. Le fait d’avoir une contrainte thématique permet d’approfondir la réflexion et de nous interroger autrement, pour nous exprimer de manière personnelle », explique le sculpteur de Rachana, qui avait déjà participé l’édition précédente de « Dessine-moi un cèdre », en travaillant le basalte, pour façonner un cèdre en relief.

« Altered Perspective », collage numérique de motifs brodés et imprimés par Bokja, 29,7 x 42 cm.

Lorsque Martha Hraoui s’est engagée à participer au projet, c’est aussi en souvenir d’un cèdre qu’elle avait dessiné en l’an 2000 pour une carte de vœux que l’Office du tourisme libanais lui avait commandé, au profit d’une association franco-libanaise. « Puisque c’était le centenaire de la naissance d’Antoine de Saint-Exupéry, j’avais dessiné un fond de paysage libanais, un fragment de cèdre, et un adolescent tenant un ballon à l’intérieur duquel était inscrit “Dessine-moi un cèdre”. J’ai souhaité participer cette année car il s’agit d’une initiative privée, car, actuellement, je n’ai rien contre les individus qui occupent un poste officiel en soi, mais je n’adhère pas à la symbolique de tout ce qu’ils véhiculent. C’est ainsi que j’ai conçu un pastel sec intitulé Quand le vent se lève », précise la peintre franco-libanaise.

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« Aujourd’hui, je trouve que le drapeau libanais est le plus humilié, le plus bafoué, et le plus instrumentalisé qui soit. Le moindre soi-disant responsable ne peut pas apparaître à la télévision sans être associé à un énorme drapeau derrière lui. Je me suis mise à le détester pour l’usage qu’ils en font, qui n’est pas loin de la prostitution », s’exclame l’artiste avec véhémence, avant d’évoquer sa peinture proprement dire. « Les deux pans rouges sont les traces d’un drapeau fendu, et il y a une foule qui proteste et qui tient un drapeau intact », poursuit Hraoui, dont les teintes du cèdre sont reprises dans un ciel irréel et très contrasté. La masse sombre est amoncelée dans une forme de monticule qui pourrait faire penser à un bûcher ou un volcan. De manière plus souterraine, les teintes dorées semblent maintenir l’équilibre de l’ensemble.

Alia Mouzannar, « Mon village », gravure sur métal rehaussée à la feuille d’or et d’argent et colorée à l’encre de Chine, 29,7 x 42 cm. Photos DR

Flavia Codsi a choisi de travailler son œuvre dans la continuité de la peinture qu’elle avait proposée à la première édition de « Dessine-moi un cèdre ». Il s’agissait d’un plus grand format, qui correspond aux habitudes de travail de l’ancienne décoratrice d’intérieur. « Mon dessin, que j’ai réalisé au fusain et à l’acrylique, reprend un détail de ma toile antérieure qui représentait deux enfants, qui tenaient chacun un masque en forme de cèdre, verdoyant. Je me suis inspirée de la tradition de planter un cèdre à la naissance d’un enfant. Cette année, il s’agit d’une petite fille dont le visage est dissimulé derrière un cèdre blanc, mais il y a deux ouvertures au niveau des yeux ce qui me fait penser à un fantôme », décrit celle qui est familière des expositions à visée humanitaire. « La couleur blanche pourrait représenter le vide actuel, le dépouillement ; le cèdre a perdu sa couleur verte, sa sève, symbole de prospérité et de fierté. On est à un tournant, face à l’inconnu, mais cela pourrait être une page blanche, une nouvelle naissance, ou bien l’âme du cèdre que tout Libanais porte en lui », poursuit celle qui aime laisser de l’espace autour de ses personnages dont elle explore les états d’âme, et qu’elle laisse respirer.

Fadia Ahmad, « Orenda II », photographie édition limitée 3/5, 50 x 50 cm. DR

La photographie du jeune Ian Abella, Parvis des libertés, est constituée au premier plan du pavage en damier noir et blanc du Trocadéro, derrière lequel s’élance une tour Eiffel drapée dans un foulard soyeux vert foncé, qui est en fait un drapeau brandi par une jeune fille. Il dessine un cèdre dans les airs, encadré par deux lignes parallèles teintées de rouge. Celui qui s’est distingué dans le monde de la mode et des cosmétiques (Versace, Ungaro, Swarowski…) souligne la dimension symbolique de son travail. « J’ai voulu représenter la révolution libanaise qui se manifeste sur le parvis des libertés. J’interviens fréquemment sur mes images pour y apporter une touche créative, en faisant appel aux techniques modernes. Pour ce visuel, j’ai dû effacer tous les touristes qui se trouvaient sur la place afin de mieux faire ressortir le personnage qui porte le drapeau », explique le photographe. « Ayant grandi en France, j’ai souvent ressenti une culpabilité assez forte parce que j’ai eu la chance d’être préservé de la guerre et de tout ce qui va avec. Les événements récents ont fait ressurgir cette émotion. J’ai la satisfaction, grâce à cette modeste contribution, de faire partie d’une union d’artistes libanais qui défendent une noble cause », conclut sobrement Ian Abella.


C’est à l’initiative de Pascale Choueiri Saad, présidente de la fondation Green Cedar Lebanon, et de ses cofondatrices Cathie Tyan, Lara Debs et Nelly Zeidan, que la quatrième édition du projet « Dessine-moi un cèdre » a pu voir le jour. « C’est aujourd’hui (jeudi 25 novembre) que se tient le vernissage de l’exposition des œuvres réalisées par 62 artistes, et...

commentaires (1)

Magnifique plume et excellent article .. I comme d’habitude ?

Noha Baz

01 h 28, le 26 novembre 2021

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Commentaires (1)

  • Magnifique plume et excellent article .. I comme d’habitude ?

    Noha Baz

    01 h 28, le 26 novembre 2021

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