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Culture - Événement

Beyrouth résonne à Bruxelles à travers Ali (Chahrour), Élias (Khoury) et David (Hockney)

Situé au cœur du Mont des Arts à Bruxelles, le Palais des beaux-arts, aussi connu sous le nom de Bozar, accueille du 12 au 15 novembre une dizaine d’artistes libanais pour un événement pluridisciplinaire intitulé « Échos de Beyrouth ». En parallèle, sur les mêmes lieux, au sein de l’exposition des œuvres de David Hockney, d’autres échos retentissent entre les eaux-fortes du célèbre artiste contemporain, des poèmes de Cavafy et la capitale libanaise.

Beyrouth résonne à Bruxelles à travers Ali (Chahrour), Élias (Khoury) et David (Hockney)

Vendredi soir, le public de Bozar à Bruxelles a pu assister à la performance de danse mise en scène par Ali Chahrour « Du temps où ma mère racontait ». Photo ©Candy Welz

La saison culturelle de cet automne est particulièrement riche à Bruxelles, et le public est au rendez-vous, comme en attestent les longues files d’attente devant les musées. C’est la chaire Mahmoud Darwiche qui a organisé avec Bozar l’événement « Échos de Beyrouth », qui se déroule sur 72 heures. « Nous avons conçu ce projet pour réagir à la situation de crise que connaît Beyrouth et à l’extrême difficulté que traversent la scène artistique et la société civile libanaises. Dans ce contexte très préoccupant, nous ne pouvons que laisser voir et entendre ce que les artistes et les écrivains ont à nous dire », explique la programmatrice de l’événement, Nedjma Hadj Benchelabi. Vendredi soir, le public a pu assister à la performance de danse mise en scène par Ali Chahrour, Du temps où ma mère racontait.

« J’ai déjà rencontré le public de Bozar en 2019, lorsque j’ai présenté May He Rise and Smell the Fragrance. Cette fois, je propose le deuxième volet d’une trilogie autour de l’amour, inspirée par la société arabe contemporaine et son histoire. Du temps où ma mère racontait est centré sur les mères et leurs petites victoires dans leur combat pour protéger leurs enfants. Je suis parti de l’expérience de ma tante, Fatima, et de sa lutte pour retrouver son fils, Hassan, disparu en Syrie. À ce cheminement répond celui de Leila, qui a affronté un des plus grands partis politiques car elle voulait empêcher son fils de le rejoindre. Ces histoires ont lieu dans la banlieue de Beyrouth, traversée par des crises politiques, religieuses et sociales intenses. Personne n’en parle et je trouve fondamental de les archiver », explique le chorégraphe, pour qui la création artistique est la seule réponse à la crise que connaît le Liban aujourd’hui. « Alors que tout est en train de s’effondrer autour de nous, proposer un spectacle de danse est pour moi un acte de liberté et de résistance. Après des confinements répétés, on a récemment produit notre spectacle à Beyrouth : la salle était pleine et très chaleureuse. Pour la première fois, on a partagé un espace commun et un moment intime, tous ensemble. En tant que danseurs, nous transportons notre histoire à travers nos corps. Quel que soit le sujet de notre spectacle, nos corps racontent l’effondrement de notre ville, mais dans mon travail, je recherche de la poésie, même si c’est une poésie de la tristesse », ajoute le danseur, qui apprécie particulièrement de présenter son spectacle devant des publics qui ont une certaine distance par rapport au sujet proposé. « Ils ne savent pas vraiment de quoi il s’agit et ils sautent dans l’inconnu ; le spectacle s’enrichit des idées et des approches esthétiques multiples du public, et cela ajoute des épaisseurs à la performance. À Bruxelles, on va réfléchir autrement à nos références, aux questions techniques comme à la qualité du mouvement de nos corps », ajoute le metteur en scène, qui poursuivra sa tournée européenne à Marseille puis à Lisbonne, avant de poursuivre la préparation de son prochain spectacle à Beyrouth.


David Hockney, « In Despair » de la série « Illustrations for Fourteen Poems from C.P. Cavafy », 1966-1967. Eau-forte, 34,5 x 22,3 cm, édition limitée. Tate : acquisition 1992 Photo ©David Hockney

Une ville qui n’en finit pas de résonner

Samedi soir, c’est une projection du film documentaire Lettre de Beyrouth de Jocelyn Saab qui est prévue, suivie d’une conversation entre le politologue Ziad Majed et l’écrivain Élias Khoury, modérée par la journaliste et réalisatrice Safia Kessas. L’auteur des Enfants du ghetto (Actes Sud, 2018), actuellement à Cassis, dans le cadre d’une résidence d’écriture à la fondation Camargo, est en train de rédiger le troisième volume de sa trilogie romanesque. « C’est très important de noter que l’événement de Bruxelles a lieu dans le cadre de la chaire Mahmoud Darwiche, qui est le poète contemporain de toutes les nations. Il a écrit un poème magnifique sur Beyrouth, cette ville qui est en train de mourir entre les mains des mafieux, ce qui a un impact dans tout le monde arabe, qui la considère comme sa capitale culturelle. C’est l’invasion égyptienne qui la transforme en grande ville, qui se développe avec l’arrivée de ceux qui fuyaient la guerre civile des montagnes, dans les années 1860. Puis sont arrivés d’autres exilés, les Arméniens, les Palestiniens, les Syriens. C’est une ville qui a toujours accueilli des réfugiés, elle est marquée par son ouverture et sa diversité, et aujourd’hui elle est assassinée, accompagnant la grande tragédie des autres pays arabes de la région », commente celui qui sera également interrogé sur son expérience de l’écriture romanesque. « L’écrivain a toujours le sentiment d’être un étranger, il est en exil même chez lui, car ce qui le pousse à écrire, ce sont les vibrations profondes de l’esprit humain. Dans ce sens, vivre à Beyrouth aujourd’hui est un écho à cette angoisse profonde de l’écriture : la ville est comme un grand texte déchiré qui a besoin d’être réécrit. Le fait d’y vivre dans le contexte actuel est un grand acte culturel, un grand acte d’écriture. J’ai le sentiment que je n’écris pas Beyrouth mais que c’est elle qui m’écrit », confie le romancier, dont le roman Stella Maris paraîtra prochainement en français.

Une autre rencontre littéraire rassemblera Dima Abdallah et Katia Tawil, et sera modérée par Leila Chahid, pour parler de l’écriture de soi comme langue pour autrui. « Le geste créatif est là pour dire qu’il y a encore une révolte, nous sommes tellement affectés que nous ne savons plus quoi dire. La littérature est le seul moyen que j’ai trouvé pour m’exprimer, pour retrouver un peu de sens et pour respirer », témoigne l’auteure de Mauvaises herbes (Sabine Wespieser, 2020). Ce sera ensuite par le détour de la cuisine que sera abordée la ville de Beyrouth, avec Farouk Mardam Bey et Ryoko Sekiguchi. La soirée de samedi se terminera par des performances de la slameuse Dima Matta et de la poétesse Samira Saleh. Ces deux artistes liront également l’extrait d’une conversation entre Jocelyne Saab et Etel Adnan. La projection du film Sous le ciel d’Alice de Chloé Mazlo clôturera « Échos de Beyrouth ».


David Hockney, « The Shop Window of a Tobacco Store » de la série « Illustrations for Fourteen Poems from C.P. Cavafy », 1966-1967. Eau-forte, 34,5 x 22,3 cm, édition limitée. Tate : acquisition 1992 Photo ©David Hockney

Sur les traces de Hockney

Jusqu’au 23 janvier, Bozar invite également à redécouvrir plusieurs œuvres de David Hockney provenant de la collection de la Tate, réalisées entre 1954 et 2017. Un second volet est intitulé « L’arrivée du printemps, Nomandie, 2020 » : à travers 116 tableaux conçus sur iPad, le peintre célèbre l’exubérance d’une profusion chromatique étourdissante. Au cœur du parcours créateur de l’un des artistes contemporains les plus renommés, une série d’eaux-fortes qui illustrent les textes du poète gréco-égyptien Cavafy. Souhaitant s’imprégner de l’atmosphère de l’Alexandrie natale de l’écrivain, Hockney se rend à Beyrouth en janvier 1966, qui correspond selon lui à l’ambiance méditerranéenne cosmopolite qu’il recherche. Le corpus rassemble une quinzaine de dessins, aux lignes précises, clairsemées, en harmonie avec la clarté et la simplicité de l’écriture du poète. La tonalité érotique de la représentation de scènes d’amour gay suggère un désir physique à la fois explicite et contenu, dans un cadre beyrouthin stylisé, attestant de l’incroyable plasticité d’une ville qui n’en finit pas de résonner dans les yeux des artistes.


La saison culturelle de cet automne est particulièrement riche à Bruxelles, et le public est au rendez-vous, comme en attestent les longues files d’attente devant les musées. C’est la chaire Mahmoud Darwiche qui a organisé avec Bozar l’événement « Échos de Beyrouth », qui se déroule sur 72 heures. « Nous avons conçu ce projet pour réagir à la situation de crise...

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