Le Premier ministre libanais Nagib Mikati tenant un discours, jeudi 4 novembre 2021, au Grand Sérail. Photo Dalati et Nohra
C'est un Nagib Mikati déterminé à sauver coûte que coûte son cabinet fragilisé, à peine quelques semaines après sa naissance, par ce qu'il a qualifié de "deux tests majeurs", qui a prononcé jeudi un discours porteur de plusieurs messages politiques, dans leur majorité adressés au Hezbollah. Car c'est le parti chiite qui bloque toute sortie de la crise gouvernementale mais aussi diplomatique dans laquelle est embourbé le Liban. Ce, en boycottant, avec le mouvement Amal, les réunions gouvernementales, en guise protestation contre Tarek Bitar, le juge en charge de l’enquête sur l'explosion du port. Ce, aussi, en soutenant le maintien à son poste du ministre de l'Information Georges Cordahi dont les propos polémiques sur la guerre au Yémen ont suscité la colère des pays du Golfe, notamment l'Arabie saoudite, qui ont pris des mesures de rétorsion contre le Liban. Pour que son cabinet survive, Nagib Mikati a donc renvoyé la balle dans le camp de Hassan Nasrallah et de son allié Nabih Berry, avec qui il s'est entretenu après son discours. Il a d'une part rappelé, sur un ton qui se voulait ferme, les ministres chiites membres de son équipe gouvernementale à l'ordre ; il a, d'autre part, appelé Georges Cordahi à "faire primer l'intérêt national", une invitation indirecte au ministre, soutenu par le Hezbollah, à présenter sa démission.
Notre mission : le sauvetage
Dans son discours prononcé au lendemain de son retour de Glasgow où il a mené, en marge du sommet sur le climat, des contacts tous azimuts avec des dirigeants arabes et occidentaux pour débloque la crise, le Premier ministre a tenu à rappeler la mission principale de son cabinet. D'abord, le sauvetage du Liban et sa remise sur les rails du redressement, en coordination avec les instances internationales et le Fonds monétaire international. Ensuite, l'organisation des élections législatives au printemps, une échéance attendue par les Libanais et la communauté internationale et qui définira dans quelle direction ira le Liban après la révolte d'octobre 2019. "Parce que cette mission ne peut être accomplie à titre individuel, nous avons donné à ce gouvernement le nom 'Ensemble pour le sauvetage', appelant ainsi toutes les composantes du pays, celles qui sont présentes au cabinet et celles qui ne le sont pas, à œuvrer ensemble pour sauver le Liban, a souligné M. Mikati dans ses propos tenus à l'occasion d'une conférence sur le tourisme au Sérail. Et de lancer, dans une première pique au Hezbollah et son allié : "Si le comportement de ceux qui ont choisi d’être dans l'opposition est compréhensible et justifiable, ce qui ne l'est pas c'est l'attitude de blocage du cabinet de l'intérieur". Le gouvernement "doit se remettre au travail et rattraper le temps perdu, sinon nous allons devoir trancher", a-t-il ajouté, menaçant ainsi implicitement de démissionner si les autres parties ne le retrouvent pas à mi-chemin.
L'affaire Bitar
"Tout juste un mois après sa naissance, le cabinet a été soumis à un premier test majeur, dans le but de le pousser à intervenir dans une affaire purement judiciaire qui ne le concerne pas", a rappelé le Premier ministre en référence à la crise gouvernementale née du boycott des réunions du cabinet par les ministres chiites qui exigent un dessaisissement du juge Tarek Bitar. "Nous avons fait tout ce qui est en notre pouvoir pour que le dossier de l’enquête sur l'explosion du port de Beyrouth relève uniquement de la justice et nous avons rejeté toute interférence dans cette affaire, tout en soulignant la nécessité de rectifier les erreurs commises par le juge d'instruction, notamment en ce qui concerne le jugement des présidents et ministres, mais cela n'a pas suffi pour que certains modifient leur position", a-t-il ajouté. Une nouvelle pique adressée au Hezbollah et son allié Amal.
Cible d'une campagne de dénigrement orchestrée depuis des semaines par le tandem chiite qui demande sa récusation, le juge Bitar a dû suspendre à plusieurs reprises l'enquête, objet de vives tensions et divisions au Liban. Cette polarisation a dégénéré en violences meurtrières le 14 octobre à Tayouné, dans le sud de Beyrouth, après des violences en marge d'une manifestation organisée par des partisans des formations chiites pour exiger le remplacement du juge Bitar. Ces violences, qui se sont transformées en affrontements avec des éléments armés chrétiens, vraisemblablement proches des Forces libanaises de Samir Geagea, ont fait sept morts. Le patriarche maronite, Béchara Raï, avait proposé un règlement selon lequel le juge Bitar poursuivrait son enquête mais sans le volet relatif aux présidents, ministres et députés qui seraient jugés devant la Haute cour (chargée par la Constitution de cette tâche). Mais l'initiative n'a pas abouti.
L'affaire Cordahi
Par ailleurs, le Premier ministre a appelé les partis politiques à prendre les mesures nécessaires pour régler la grave crise diplomatique avec les monarchies du Golfe. "Le cabinet a été soumis à un deuxième test majeur, encore plus difficile, suite aux propos et avis personnels exprimés par le ministre de l'Information. Bien que tenus avant sa nomination à son poste, ces déclarations ont mené à une rupture des relations entre le Liban et l'Arabie saoudite et d'autres pays du Golfe", a souligné Nagib Mikati. Et de poursuivre : "Nous sommes déterminés à régler le dossier des relations avec l'Arabie saoudite et les pays frères du Golfe sur des bases saines". "J'appelle tout le monde à accomplir les pas nécessaires pour contribuer à une solution", a-t-il ajouté, exhortant une nouvelle fois le ministre Cordahi, à l'origine de la crise, "à faire primer l'intérêt national et prendre la décision adéquate", dans un nouvel appel implicite à sa démission. Nagib Mikati avait déjà, depuis Glasgow, indirectement invité le ministre à la démission. Mais M. Cordahi - proche des Marada de Sleiman Frangié, parti allié au Hezbollah (lire son portrait ici) - refuse de le faire, soutenu dans sa position par le parti chiite.
"Déclaration de guerre"
Dans une critique à peine voilée à l'égard de cette attitude, Nagib Mikati a martelé : "Le pays ne peut être gouverné par le langage du défi et de l'arrogance. Ceux qui pensent qu'ils peuvent imposer leur opinion par la force du blocage et de l'escalade verbale se trompent". "Ceux qui croient pouvoir mener les Libanais vers des choix qui les éloignent de leur histoire et appartenance arabe et qui portent préjudice aux bonnes relations avec les pays arabes du Golfe, notamment l'Arabie saoudite, se trompent aussi", a-t-il ajouté.
La réponse du parti chiite n'a pas tardé. Dans un communiqué, le bloc parlementaire du Hezbollah a accusé l'Arabie saoudite d'avoir "préfabriqué la crise actuelle avec le Liban" et estimé que la réaction de Riyad aux propos de M. Cordahi, qu'il a de nouveau défendu, "s'apparente à une déclaration de guerre". Le numéro deux du Hezbollah, Naïm Kassem, avait affirmé mercredi soir à une chaîne de télévision que "Cordahi n'a pas commis d'erreur pour démissionner" et que l'Arabie saoudite n'avait "pas le droit de s'ingérer" dans les affaires libanaises.
Appels à résoudre la crise
Malgré les appels au dialogue lancés par le Liban officiel, Riyad a jugé "inutile" de traiter avec le Liban tant qu'il est "dominé" par le Hezbollah. Dimanche, le chef de la diplomatie saoudienne, Fayçal ben Farhane, a déclaré que "le problème va bien au-delà des simples commentaires d'un ministre", et a dénoncé "l'hégémonie du Hezbollah sur le Liban".
Réagissant à cette crise, la France a appelé jeudi "tous les acteurs régionaux, ainsi que les responsables libanais, à favoriser l'apaisement et le dialogue". "La France est en contact étroit avec l'ensemble des parties concernées. Elle appelle tous les acteurs régionaux, ainsi que les responsables libanais, à favoriser l'apaisement et le dialogue, dans l'intérêt de la population libanaise et de la stabilité du Liban, qui est déterminante pour la région", a déclaré la porte-parole du Quai d'Orsay lors d'un point presse. "La dissociation du Liban des crises régionales revêt une importance essentielle, a-t-elle ajouté. Dans ce cadre, le Liban doit pouvoir compter sur l'ensemble de ses partenaires régionaux pour l'accompagner sur la voie des réformes et de la sortie de crise".
La veille, les Etats-Unis avaient eux aussi commenté l'affaire. "Nous pensons que les relations diplomatiques, que les canaux de communication entre le Liban et ses partenaires doivent rester ouverts. Nous soutenons toute mesure qui favorise cela", a dit le porte-parole de la diplomatie américaine Ned Price à la presse. "Les canaux diplomatiques doivent rester ouverts si nous voulons améliorer la situation humanitaire des libanais", a-t-il insisté. Ned Price ne s'est pas prononcé sur le sort du ministre mais a exprimé sa compréhension face à la colère saoudienne.
La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a de son côté exprimé mercredi l'espoir que la crise sera surmontée le plus tôt possible, selon des propos rapportés par plusieurs médias internationaux. Elle a rappelé que M. Cordahi a tenu ses propos critiques à l'égard de l'Arabie saoudite avant la prise de ses fonctions au sein du gouvernement. "Nous espérons que les parties seront en mesure de résoudre le conflit sans porter préjudice aux relations intergouvernementales et à la solidarité arabe", a-t-elle déclaré, ajoutant que personne n'avait demandé à Moscou de mener une médiation pour résoudre la crise.


Un lecteur de prompteur qui se voit hissé au rang de ministre par lâcheté des politiciens qui acceptent de ternir l’image de ce pays en nommant des ignares vendus pour enfoncer le pays. Comment voulez-vous que ce moins que rien renonce à son titre juteux et inespéré même dans ses rêves les plus fous et qui est propulsé sur la scène politique pour trahir et se faire connaître par le monde entier même honteusement dans le seul but servir les ennemis de la république. M. Mikati doit trancher et le licencier coûte que coûte. Après tout c’est lui qui occupe le poste de PM et c’est à lui de décider avec qui il entend travailler pour sauver le pays et non aux vendus qui ont tout fait pour placer leurs pions afin de les utiliser pour bloquer le gouvernement sur commande pour anéantir le pays.
13 h 05, le 05 novembre 2021