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Lifestyle - Coolitude

« Melting Face », l’emoji qui exprime le mal-être planétaire de ces deux dernières années

Ce nouveau venu s’ajoute aux 3 633 symboles déjà existants dans le langage codé de la toile et des messageries instantanées.

« Melting Face », l’emoji qui exprime le mal-être planétaire de ces deux dernières années

« Melting Face », touchant et séduisant. Photo tirée du compte Twitter Melting Face

Tout récemment, le Consortium Unicod, l’organisation qui fixe les normes des textes numériques, a lancé la version 14.0 du codage linguistique comprenant 37 nouveaux emojis qui seront utilisés l’année prochaine. De cette gamme inédite donc (avec notamment une boule disco scintillante), une icône numérique a fortement interpellé les accros des réseaux sociaux. Baptisée Melting Face, c’est ainsi qu’elle est présentée par Emojipedia, le site officiel de référence pour tous les emojis : « C’est un Smiley jaune se fondant dans une flaque d’eau. Les yeux et la bouche glissent le long du visage, tout en conservant un demi-sourire proche du sarcasme. Il peut évoquer une chaleur extrême et peut également être utilisé métaphoriquement pour exprimer l’embarras, la honte ou un sentiment d’effroi qui diminue lentement. » Derrière ce visage dégoulinant, les réseaux sociaux, particulièrement Twitter, y ont vu une représentation fidèle du paysage difficile dans lequel le monde vit depuis plus d’un an et demi. Un monde suspendu entre la pandémie et le réchauffement climatique.

Ce nouveau venu, qui s’ajoute aux 3 633 symboles déjà existants dans le langage codé de la toile, porte une double signature, celles de Jennifer Daniel et de Neil Cohn qui en ont eu l’idée en 2019. Ce demi-sourire qui fait actuellement tellement parler de lui devrait être lancé à grande échelle sur les ordinateurs et les téléphones portables en 2022.

Une disparition de soi

Jennifer Daniel est la présidente du sous-comité Unicode Emoji et la directrice créative du programme emoji de Google. Neil Cohn, lui, officie comme professeur agrégé de cognition et de communication à l’Université de Tilburg aux Pays-Bas. Ce sont des articles qu’il avait publiés sur les représentations des émotions dans le langage visuel japonais qui ont attiré l’attention de Jennifer Daniel. Dans ses recherches, Cohn avait parlé de « papierisation » qui, selon lui, est « ce qui se passe parfois dans un manga lorsque les gens sont gênés. On les voit alors se transformer en un morceau de papier qui s’envole et disparaît ». Le duo réalise alors qu’il n’y avait pas encore d’emoji évoquant cette situation d’inconfort qui colle à notre réalité ressentie en ces périodes de mal-être. Ils ont décidé de trouver un équivalent à ce sentiment de disparition de soi et ont finalement opté pour ce visage fondant, Melting Face. Une image que Jennifer Daniel décrit comme quelque chose de plus viscéral, soulignant que de nombreux emojis de visages de l’ensemble original utilisent des expressions du manga. Rappelons qu’en 1999, les premiers emojis, créés par l’artiste japonais Shigetaka Kurita, qui s’est directement inspiré du manga, avaient été conçus pour faciliter la communication textuelle et créer un nouveau langage plus direct. Dans le même temps, l’opérateur mobile japonais NTT Docomo avait, pour des raisons pratiques, limité à 250 caractères les messages envoyés via son service internet mobile. L’ensemble original de 176 emojis conçu par Kurita fait désormais partie de la collection permanente du Museum of Modern Art de New York.

Les nouvelles entrées. Photo tirée d’emojipedia

La ponctuation parlée

Aujourd’hui, comme on le sait, même sans restriction du nombre de caractères, les emojis peuvent plus facilement et plus rapidement communiquer des émotions que les mots. Par ailleurs, dans ce même contexte de communication par signes, il se passe toujours quelque chose du côté de la génération Z (alias les moins de vingt ans succédant aux millenials), surnommés « natifs numériques » par le Pew Research Center. Ainsi, les linguistes du monde entier s’accordent à dire que le vocabulaire de cette tranche de la population est complexe et en constante évolution. Partout dans le monde, cette jeunesse est sans cesse préoccupée par la ponctuation, non pas pour coller aux règles grammaticales, mais pour en faire un lexique plus moderne. On voit de plus en plus d’alignements de points d’exclamation ou d’interrogation terminant un mot comme pour renforcer ce que l’on dit ou mettre le ton. Pour exemple, « Vraiment ! ! ? ? », « Ça va ? ? ? » ou encore « Bien sûr ! ! ! ». Autant de signes qui permettent très rapidement de nuancer un message écrit. Le point final, lui, est banni car considéré comme strict, sévère et sans résonance. Un dialogue plus succinct encore verra-t-il le jour ? Selon une étude de Kevin Kabeya, intitulée Punctuation in the Age of the Internet, « actuellement, de nombreuses personnes sont submergées par leur routine quotidienne. L’utilisation d’un langage de leur cru leur offre une solution facile pour s’exprimer rapidement. Sachant que respecter minutieusement toutes les règles grammaticales peut être extrêmement contraignant en ces temps de Fast-Forward  ».


Tout récemment, le Consortium Unicod, l’organisation qui fixe les normes des textes numériques, a lancé la version 14.0 du codage linguistique comprenant 37 nouveaux emojis qui seront utilisés l’année prochaine. De cette gamme inédite donc (avec notamment une boule disco scintillante), une icône numérique a fortement interpellé les accros des réseaux sociaux. Baptisée Melting...

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