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Campus - CRISE

À l’UL, 80 000 étudiants attendent dans l’angoisse la plus totale la réouverture des facultés

La décision de la ligue des professeurs cadrés de l’Université libanaise de se mettre en grève début octobre est plutôt mal perçue par des étudiants inquiets pour la poursuite de leurs études.

À l’UL, 80 000 étudiants attendent dans l’angoisse la plus totale la réouverture des facultés

Le campus de Hadeth de l’Université libanaise (UL). Photo UL

L’Université libanaise (UL) subit de plein fouet les conséquences de la crise économique qui sévit dans le pays. La ligue des professeurs cadrés a décidé de débuter une grève début octobre pour protester contre la détérioration des conditions de travail. Une décision qui pourrait provoquer le report de la rentrée universitaire.

« C’est plus qu’une catastrophe, c’est un crime contre la jeunesse, s’écrie, révolté, l’étudiant Fayçal Kfoury*, qui entreprend sa dernière année en audit et comptabilité à l’UL. Alors que toutes les autres universités ont déjà repris les cours, nous sommes dans le flou le plus total. Les profs nous avaient déjà avertis qu’ils risquaient de se mettre en grève. Aujourd’hui, ils ont pris leur décision et ne reprendraient pas les cours en octobre, comme prévu ». Malgré le désarroi des étudiants, les professeurs restent intransigeants. « Chaque année, ils font des grèves pour revendiquer leurs droits et améliorer leurs conditions de travail, obligeant l’université à fermer ses portes, poursuit encore le jeune homme, indigné. Et ce sont les étudiants qui paient les frais de cette mauvaise gérance. »

Même si la direction de l’UL se veut rassurante et promet de trouver une solution, les étudiants se disent peu confiants. « Comme chaque fois, l’université va tergiverser et prendre son temps pour trouver une issue aux problèmes. Entre-temps, 80 000 étudiants sont laissés dans une incertitude totale », poursuit Fayçal Kfoury qui attend de passer ses examens de la seconde session prévus initialement le 13 septembre et obtenir sa licence. « On vient de les reporter au 18 septembre, faute de carburant et de courant électrique dans les salles », indique-t-il amèrement. « Toutes les autres universités ont pu régler ce problème, sauf l’UL. En août passé, on nous a obligés à reprendre les cours en présentiel et passer nos examens dans des classes étouffantes, sans climatisation, et parfois sans électricité », poursuit-il.

Si le jeune homme admet que pour les étudiants de dernière année, le problème est grave, il avoue que ce sont les nouveaux inscrits qui sont les plus à plaindre. Une situation que vit Habib Farhat, tout juste bachelier, et qui comptait s’inscrire à la faculté de gestion. « Un grand nombre d’étudiants présentent le concours d’entrée, sans savoir à quelle date ils débuteront leurs cours. Toutefois, cette année beaucoup hésitent à le faire, parce qu’ils ne savent pas s’ils pourront arriver à l’université, vu la crise économique et le prix exorbitant de l’essence. » L’étudiant avoue qu’il n’a pas encore pris sa décision de s’inscrire à la fac cette année. « Mon père est sans travail depuis trois mois et ma mère s’est retrouvée au chômage partiel. Le coût de l’inscription à l’UL est de 700 000 LL. Un gros montant pour mes parents. Évidemment, je ne peux pas m’inscrire dans une université privée, et je ne peux certainement pas envisager de quitter le pays. »

Des problèmes accumulés depuis des années

Pour Roy Jreijiry, chef du département de journalisme à la faculté d’information à l’UL, « l’université est dans une réelle impasse qu’on ne peut plus ignorer ». « Et cela dure depuis quelques années déjà, lorsque le budget alloué par l’État avait été restreint, confie-t-il. Le dollar était encore à 1 500 LL. À l’époque déjà, les montants alloués pour le transport des employés et des professeurs avaient été réduits et il n’y avait pas encore de pénurie de carburant. Aujourd’hui, avec le prix vertigineux de l’essence, comment voulez-vous que les employés, les professeurs et même les étudiants puissent payer leurs déplacements ? »

Soulevant la question de la crise économique que traverse le pays, M. Jreijiry relève toutes les difficultés que rencontre l’université qui peine à régler et gérer toute la logistique et assurer les équipements dans les campus. « À la faculté d’information par exemple, la climatisation est en panne depuis plus d’un an et on n’a toujours pas pu la réparer faute de budget. Les différents départements souffrent d’une pénurie de cartouches, d’encre, de papiers, de fournitures, qu’on n’arrive plus à remplacer. Et souvent, faute de mazout, il n’y a pas d’électricité dans les classes, ce qui rend le travail des professeurs très difficile. Comment voulez-vous que les étudiants travaillent dans ces conditions ? » s’insurge-t-il. Si M. Jreijiry admet que la grève décidée par la ligue des professeurs cadrés représente un gros problème pour l’université, il confie comprendre la situation de ces derniers sans toutefois porter de jugement. « Ces professeurs, qui sont pour la plupart titulaires d’un doctorat, touchent un salaire d’environ 250 $ par mois, un montant qui, aujourd’hui, leur suffit à peine pour payer leurs déplacements. Ils ne peuvent plus continuer dans ces conditions. D’ailleurs, un très grand nombre d’entre eux a obtenu de meilleures offres à l’extérieur et a démissionné de leur poste. Les remplacer aujourd’hui est un très gros souci pour l’université ! » Toutefois, M. Jreijiry assure que la direction fait de son mieux pour régler les différents types de problèmes dont souffre aujourd’hui l’université, estimant que « seul un miracle qui sauverait le pays ramènerait l’espoir et la quiétude à ces 80 000 étudiants qui attendent, dans l’angoisse, d’entamer leur année universitaire ».

*Le nom a été modifié pour préserver son anonymat.



L’Université libanaise (UL) subit de plein fouet les conséquences de la crise économique qui sévit dans le pays. La ligue des professeurs cadrés a décidé de débuter une grève début octobre pour protester contre la détérioration des conditions de travail. Une décision qui pourrait provoquer le report de la rentrée universitaire.« C’est plus qu’une catastrophe, c’est un...

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