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Politique - Crise

Nasrallah détaille le mécanisme de distribution du mazout iranien, attendu jeudi au Liban

Le numéro un du Hezbollah appelle à ce que la confiance du Parlement soit accordée au nouveau gouvernement "le plus rapidement possible, le temps étant compté pour mener les réformes".
Nasrallah détaille le mécanisme de distribution du mazout iranien, attendu jeudi au Liban

Un portrait du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, à Khiam, au Liban-Sud, le 25 mai 2021. Photo REUTERS/Aziz Taher/File Photo

Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a annoncé lundi qu'un premier navire transportant du mazout iranien était arrivé au cours du week-end au port de Banias en Syrie et que son chargement parviendrait, via des camions-citernes, d'ici jeudi dans la Békaa, d'où il serait distribué selon un mécanisme et des priorités bien établis. Dans un discours retransmis en direct, le dignitaire chiite a précisé toutes les modalités pratiques de cette opération, indiquant qu'une première partie des cargaisons de trois navires de mazout, dont l'arrivée est prévue entre cette semaine et octobre, serait "offerte" à une sélection d'institutions et une seconde vendue "à un prix adéquat", alors que le Liban subit depuis des mois de graves pénuries de carburant. 

Le chef du Hezbollah avait annoncé mi-août l'arrivée prochaine de plusieurs navires de carburant en provenance de l'Iran, à commencer par un chargement de mazout. Cette annonce avait été faite par le parti pro-iranien qui avait dénoncé le fait que l'Etat n'était pas parvenu à trouver des solutions à la crise, alors que le Liban connaît actuellement une grave pénurie d'électricité et de carburant, sur fond de manque de liquidités dans les caisses de l'Etat. Depuis des mois, l'organisme public Electricité du Liban ne produit plus de courant que pour approvisionner le pays quelques heures par jour et ce sont des générateurs privés, fonctionnant au mazout, qui doivent prendre le relais pendant les coupures, comme c'est déjà le cas depuis des années. Toutefois, face au rationnement drastique et au fait que le mazout, comme l'essence, devient une denrée rare sur le marché local, les propriétaires de ces groupes électrogènes sont obligés à leur tour de limiter leur production, plongeant les Libanais de longues heures dans le noir et provoquant la panique dans certains secteurs, comme les hôpitaux. 

Le mazout "jeudi" dans la Békaa
Se penchant dans son discours sur la destination des navires transportant le carburant iranien, Hassan Nasrallah a indiqué que le parti avait "deux choix" : qu'ils déchargent leur cargaison dans les installations pétrolières libanaises ou à Banias, en Syrie. Il a souligné que la seconde option avait été choisie pour ne pas "embarrasser" les autorités libanaises, les exportations iraniennes étant soumises à des sanctions américaines. "Nous avons contacté les autorités syriennes qui ont accepté d'accueillir ce navire de carburant à destination du Liban et facilité le stockage de ces matières dans les installations pétrolières ainsi que le mouvement des camions-citernes transportant ces produits", a-t-il précisé. "Le premier navire est arrivé dans la nuit de dimanche, à deux heures du matin, au port de Banias et sa cargaison est désormais déchargée".

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"Un ou deux jours sont nécessaires pour que des camions-citernes soient désormais chargés, avant de se rendre vers la Békaa, où ils sont attendus jeudi", a-t-il déclaré, soulignant que le mazout serait distribué dans les différentes régions à partir de Baalbeck. Le deuxième navire, qui transporte également du mazout, arrivera "dans les prochains jours, si Dieu le veut", à Banias, a-t-il assuré, tandis que les préparatifs se poursuivent pour le chargement d'un troisième tanker rempli cette fois-ci d'essence. Un quatrième navire arrivera en outre d'ici octobre avec du mazout, "aux portes de l'hiver", a-t-il promis. L'envoi de chargements supplémentaires "dépendra de la situation", a-t-il ajouté. 

Distribution "dans toutes les régions"
"Notre objectif n'est pas de faire du commerce ni des profits, mais d'aider à apaiser les souffrances des gens", a encore déclaré le dignitaire chiite, soulignant qu'il n'avait pas l'intention d'entrer "en compétition" avec les entreprises important du carburant. La distribution des produits iraniens se fera "dans toutes les régions", a-t-il garanti dans ce cadre, précisant que cette distribution se fera selon un mécanisme spécifique, à la demande. Une première partie du mazout, qui doit permettre de subvenir aux besoins pour un mois, sera "offerte comme don aux hôpitaux gouvernementaux, maisons de retraite, orphelinats, institutions pour personnes à besoins spécifiques, infrastructures hydrauliques, municipalités pauvres ayant besoin de mazout pour pomper et distribuer de l'eau, aux pompiers et à la défense civile, à la Croix rouge libanaise".

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Une deuxième partie de ce mazout sera en revanche vendue, "à un prix adéquat", elle aussi selon des priorités pré-établies. "Nous sommes prêts à vendre ce mazout aux hôpitaux privés, aux usines de fabrication de médicaments et sérum, aux restaurants et boulangeries, coopératives agricoles, usines, et infrastructures fournissant de l'électricité aux citoyens à partir de générateurs privés", a-t-il déclaré. Il a toutefois souligné que les propriétaires de générateurs privés devront baisser leurs tarifs s'ils achètent du mazout iranien. "Nous ne vendrons pas le mazout individuellement pour le moment", a-t-il indiqué, soulignant que cette possibilité serait ouverte plus tard. Des numéros de téléphone seront mis à la disposition des institutions souhaitant bénéficier de ce mazout dans les différentes régions, a-t-il expliqué, annonçant que l'entreprise "Amana", qui contrôle un vaste réseau de stations d’essence au Liban, sera chargée de cette distribution. Cette société a été choisie, selon lui, "parce qu'elle est de toute façon déjà placée sur la liste de sanctions américaines" depuis fin février 2020. "Le plus important c'est que le mazout ne parte pas vers le marché noir, sinon nous n'aurons rien accompli", a déclaré le secrétaire général du Hezbollah, en affirmant que des vérifications seraient faites auprès de demandeurs pour s'assurer qu'ils font bien partie des catégories prioritaires. 

Mazout vendu "en livres libanaises"
Concernant le prix auquel serait vendu le carburant, Hassan Nasrallah n'a pas souhaité donner de détails "avant mercredi", date à laquelle le ministère de l'Energie doit fixer les tarifs des carburants.

Cette décision a été prise alors que des informations contradictoires ont circulé dernièrement concernant la suppression totale des subventions sur les carburants. Alors que la semaine dernière, des acteurs de la filière avait annoncé une levée de ce mécanisme, des informations de presse faisaient état dans la journée d'une poursuite possible des subventions jusqu'à la fin du mois. Une suppression totale de ce mécanisme risque de faire passer le coût du bidon de 20 litres d'essence à plus de 300.000 LL, contre environ 126.000 LL actuellement.

Le numéro un du parti pro-iranien a toutefois affirmé que le mazout serait vendu en livres libanaises et "moins cher que le prix coûtant", soulignant que la différence de prix devait être considérée comme "un cadeau fait par le parti chiite et l'Iran au peuple libanais", et que le Hezbollah ne ferait pas de profit.

Hassan Nasrallah a en outre remercié l'Irak pour ses exportations de pétrole à destination du Liban, matière qui sera échangée afin de pouvoir être utilisée dans les centrales d'Electricité du Liban (EDL). Le pétrole irakien fait partie des solutions trouvées par l'Etat pour faire face aux pénuries d'électricité, en sus du projet, annoncé par les Etats-Unis dans les heures ayant suivi les premières annonces faites par Hassan Nasrallah concernant le carburant iranien, relatives à l'importation de gaz égyptien et d'électricité jordanienne via la Syrie, pourtant normalement soumise à des sanctions américaines. Plusieurs réunions, dont une à Damas, ont depuis eu lieu pour tenter de concrétiser cette initiative. D'autre part, des premiers chargements de pétrole en provenance d'Irak doivent arriver dans le courant de cette semaine. Ce pétrole, non raffiné et ne pouvant pas être utilisé dans les centrales d'EDL, sera échangé contre des cargos de carburant adéquat, sur la base d'appels d'offres, et devrait permettre d'augmenter de quelques heures la production de courant de l'Etat.

"Mission de sauvetage" du gouvernement Mikati
Sur un autre plan, le chef du Hezbollah a dit accueillir favorablement la formation, vendredi, du nouveau gouvernement, remerciant "tous ceux qui ont contribué" à cette étape "cruciale" pour faire face à la crise que traverse le Liban. Il a remercié l'ex-Premier ministre Hassane Diab, qui a dû, pendant treize mois, assurer la gestion des affaires courantes, ainsi que les membres de son cabinet, pour leur travail durant cette période. Il avait pourtant critiqué à plusieurs reprises lors de ses précédents discours le fait que M. Diab, qui refusait de réunir le Conseil des ministres, ne prenne pas de mesures suffisantes face à l'effondrement. 

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Hassan Nasrallah a rappelé que le travail principal du nouveau cabinet serait d'"alléger les souffrances du peuple libanais" et lancer les réformes "qui ne peuvent plus être attendues plus longtemps". "Nous espérons que le nouveau gouvernement mènera sa mission de sauvetage du pays en plein effondrement", a-t-il insisté. Et d'appeler à ce que les élections législatives de mai 2022 se déroulent bien à l'échéance prévue, soulignant qu'il doit s'agir de l'une des "priorités" de l'équipe de Nagib Mikati. Il a encore appelé à ce que la confiance du Parlement soit accordée à l'équipe ministérielle "le plus rapidement possible, le temps étant compté pour mener les réformes". "Nous devons faire preuve de solidarité pour apaiser les difficultés des gens et donner au cabinet le temps nécessaire pour mener à bien sa mission", a-t-il appelé. 

Le gouvernement Mikati est né le vendredi 10 septembre après 13 mois de vacance gouvernementale. Il est le fruit d'un long processus politique marqué par des querelles politiciennes, notamment entre le camp du président de la République et celui des anciens Premiers ministres, et des pressions internationales. La nouvelle équipe est formée de 24 membres, dont une seule femme, parmi lesquels deux sont considérés comme proches du Hezbollah : Ali Hamiyé, qui détient le portefeuille des Travaux publics et des Transports, et Moustapha Bayram, au ministère du Travail. Huit ministres sont proches du tandem chiite (Hezbollah-Amal) et ses alliés au sein de l'équipe, comme cela est le cas pour le camp du chef de l'Etat, Michel Aoun, et celui du Premier ministre. Le cabinet est chargé de lancer le chantier de réformes structurelles exigées par les pays donateurs afin de débloquer les aides promises au Liban noyé dans une crise inédite depuis deux ans.



Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a annoncé lundi qu'un premier navire transportant du mazout iranien était arrivé au cours du week-end au port de Banias en Syrie et que son chargement parviendrait, via des camions-citernes, d'ici jeudi dans la Békaa, d'où il serait distribué selon un mécanisme et des priorités bien établis. Dans un discours retransmis en direct,...

commentaires (17)

C'est lui le nouveau ministre de l'énergie ? aussi noir que le fuel Iranien ...

Zeidan

23 h 25, le 14 septembre 2021

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Commentaires (17)

  • C'est lui le nouveau ministre de l'énergie ? aussi noir que le fuel Iranien ...

    Zeidan

    23 h 25, le 14 septembre 2021

  • Le dicton bien de chez nous s'applique à hassan et le Liban : " ménn déhnoo sa'iilo"... Voilà que l'argent du libanais, gaspillé en daaam de produits acheminés vers la syrie, lui est rendu en aumône juste pour que sa cuisson soit bien au point.....

    Wlek Sanferlou

    20 h 38, le 14 septembre 2021

  • Quel altruisme, quelle bienveillance, quelle empathie, quelle bonté, on finira par croire qu'il n'a pas assassiné le Liban.

    Je partage mon avis

    15 h 24, le 14 septembre 2021

  • Passons par 4 chemins le Liban est de nouveau gouverner par proxi … c’est finit que les libanais se couchent et dorment !!

    Bery tus

    14 h 28, le 14 septembre 2021

  • Bon, je vais formuler autrement : ce type s'essuie les pieds sur le peuple libanais.

    Robert Malek

    13 h 06, le 14 septembre 2021

  • Tous les libanais sont tombés dans son piège. Il a tout fait pour arriver à son but de se placer au dessus de toute autorité et il a bien réussi. Il a mis le pays à genoux pour arriver à simuler son sauvetage une fois qu’il n’y a plus d’état ni d’argent ni de peuple pour oser le contredire et le voilà sacralisé héros de la situation. Il se comporte en président et donne des ordres parce qu’il a détruit le pays et son peuple pour leur venir à l’aide le moment choisi. Tous ceux qui trouvent cet acte généreux sont des bobets assermentés et ne voient pas plus loin que leur nez. Il est enfin arrivé à ce qu’il a tant souhaité, mettre la main sur notre pays et son pauvre peuple aveugle et naïf qui pense lui être redevable. Le bourreau est remercié de la mission accomplie.

    Sissi zayyat

    12 h 26, le 14 septembre 2021

  • Il a tout fait pour que le Liban soit à genoux et arrive à le remercier du chaos et de la destruction qu’il a causé sans parlé du vide politique et étatique. Il ne s’est jamais trompé. Les voilà tous, même les plus farouches a le congratuler pour avoir trouver ce qu’ils croient une solution à leur misère alors qu’en fait c’est une tactique comme toutes les autres de mettre définitivement et solidement le pays sous sa coupe iranienne. Je suis déçue de voir que certains croient à son intention de sauver le pays et les citoyens alors qu’il est plus que clair que son projet est tout autre, et tout le monde s’en réjouit. Drôle de peuple. C’est ce qu’on appelle baiser la main de son bourreau.

    Sissi zayyat

    12 h 04, le 14 septembre 2021

  • On donne d’une main un petit peu de ce que l’on a pris de l’autre. Les élections approchent, il faut être pragmatique.

    Akote De Laplak

    11 h 49, le 14 septembre 2021

  • Rendons grâce à Nasrallah, notre sauveur! Quand je pensais que tout son entourage faisait de l'argent dans le blanchiment d'argent, le trafic d'armes et le racket d'une large partie de la population... Que nenni! En bon négociateur, il va faire du bien à tout le pays et ce dans une discrétion telle. Un an sans un bruit de la part de son parti qui continue à oeuvrer en toute discrétion sur des projets constructifs. D'ailleurs, et à l'instar de tous les Libanais, il évoque des réformes. Vivement les réformes! Lesquelles au fait?

    Georges Olivier

    10 h 28, le 14 septembre 2021

  • LES UNS CRITIQUENT SON ACTE POUR MAINTES RAISONS. LES AUTRES LE REMERCIENT POUR MAINTES RAISONS AUSSI DONT L.ABSENCE TOTALE DE LA TETE DE L,ETAT. METTANT LES CROYANCES ET LES ACTIONS ET EXACTIONS POLITIQUES ET MILITAIRES A PART, JE LE REMERCIE D,AVOIR AGITER LES EAUX STAGNANTES DU M,ENFOUTISME ETATIQUE A TOUTES LES ECHELLES ET D,ALLEGER FUT-CE UN PEU LES SOUFFRANCES DES GENS. MERCI SAYED HASSAN NASRALLAH RIEN QUE POUR CETTE ACTION.

    CENSURE + BOURDES DE LA DAME = FUITE DES ABONNES.

    10 h 04, le 14 septembre 2021

  • Nasrallah vient, sans peut-être s'en rendre compte (quoique le cynisme ne lui ait jamais fait défaut), de révéler implicitement le plan qu'il mène depuis deux ans. Lequel je me garderai de qualifier de peur d'encourir les foudres de la censure. Pourquoi avoir organisé le transport en Syrie de carburants subventionnés par l'Etat libanais alors que Nasrallah vient de nous montrer qu'il était très facile d'approvisionner la Syrie en produits iraniens? Il n'existe qu'une seule explication: "l'acte de résistance" que constituait la contrebande Ouest-Est n'avait pas pour but d'aider la Syrie , mais bel et bien d'affaiblir le Liban. Dont acte!

    Yves Prevost

    07 h 26, le 14 septembre 2021

  • Il nous emmerde a nous donner des lecons de patriotisme et de civisme alors que lui et sa clique sont des vendus et traitres a pays qui les abrite. Toutes ces largesses n'ont qu'un but: Mieux nous endormir pour plus vite nous avaler.

    sancrainte

    00 h 32, le 14 septembre 2021

  • J'ai omis de mentionner, que voilà une nouvelle face de l'État Providence... Faudra-t-il remercier Hassan Narsallah, l'Iran, ou le pouvoir politique qui sombre dans le néant et la non-existence?

    Christian Samman

    23 h 13, le 13 septembre 2021

  • Un État dans l'État! La nature ayant horreur du vide...

    Christian Samman

    23 h 09, le 13 septembre 2021

  • Vous etes sur que Michel Aoun est le president? A entendre Hassan Nasrallah, c'est bien lui qui dirige le pays.

    IMB a SPO

    22 h 51, le 13 septembre 2021

  • Le carburant iranien, une bouffée d'oxygène, vues les graves pénuries dans la matière. Le plus probable, est que ce sera limité pour un certain nombre de navires. Après tout, un geste qui se veut salutaire au paroxysme de la crise, et avant l'instauration de la carte d'approvisionnement tant attendue.

    Esber

    22 h 50, le 13 septembre 2021

  • "un cadeau fait par le parti chiite et l'Iran au peuple libanais". Un cadeau ? De qui se moque-t-il? Ce n'est qu'un remboursement d'une infime part de tout ce qu'il a volé (et continue de voler). Tout le monde sait que la moitié des carburants subventionnés par l'État libanais est partie en Syrie. La contrebande étant même déclarée :devoir de résistance "! C'est trop facile de mettre le pays en coupé réglée et ensuite se présenter en sauveur en faisant généreusement cadeau d'une infime partie de ce qu'on a pillé! C'est Al Capone philanthrope !

    Yves Prevost

    22 h 41, le 13 septembre 2021

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