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Économie - Crise

Carburant : flou total sur le calendrier de levée des subventions

Les importateurs ignoraient toujours hier comment serait organisé « l’après-subvention ».

Carburant : flou total sur le calendrier de levée des subventions

Une pompe à essence désaffectée dans le vieux Jounieh, au Kesrouan. Photo P.H.B.

La crise dans laquelle le pays se noie depuis deux ans a transformé beaucoup de routines du quotidien en parcours du combattant. La formation vendredi dernier d’un nouveau gouvernement n’a pas encore changé cette donne, que ce soit au niveau de la disponibilité de certains médicaments, du caractère imprévisible des fluctuations de la livre sur le marché parallèle (16 400 livres pour un dollar hier, soit 2 000 à 3 000 livres de moins que la valeur moyenne avant vendredi), des problèmes de prise en charge des assurances ou encore des difficultés à trouver de l’essence.

Il était en effet hier extrêmement difficile – voire virtuellement impossible – de faire le plein sans passer par le marché noir, au regard du faible nombre de stations-service qui avaient ouvert leurs portes après les avoir presque toutes laissées fermées pendant le week-end. Et la situation ne devrait pas s’améliorer dans l’immédiat vu que plusieurs sources concordantes semblaient indiquer hier que la levée des mécanismes de subvention de la Banque du Liban (BDL) sur les importations de carburant n’aurait peut-être pas lieu cette semaine comme cela était pressenti il y a quelques jours.

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Un scénario qui, s’il se confirme, laisse craindre que les stations-service du pays – et les routes qui y mènent – soient une nouvelle fois engorgées par les interminables files d’attente formées par les citoyens venus faire le plein et ceux cherchant à stocker de l’essence au prix en livres bien meilleur marché que celui qui sera affiché une fois que les subventions seront levées. Seulement voilà : comme cela avait été le cas la semaine précédente, les informations concernant la levée ou non des subventions ont été une nouvelle fois relayées par des sources proches du dossier sans annonce officielle de l’une ou l’autre des autorités concernées.

Cinq navires citernes

Les dernières données auront été la mise à jour des prix des carburants mercredi dernier, suivie, dès le lendemain, de l’annonce du début des inscriptions pour recevoir la carte d’approvisionnement – ce dispositif d’aide direct qui doit servir de substitut aux mécanismes de subvention.

Parmi les informations disponibles, celle du porte-parole des propriétaires de stations-service du Liban, Georges Brax, qui a affirmé avoir appris par des sources indirectes que la BDL avait validé de nouveaux chargements subventionnés. C’est-à-dire des cargaisons pour lesquelles l’institution a vendu aux importateurs des dollars à 8 000 livres, conformément aux modifications apportées au mécanisme à la suite d’un accord passé le 22 août dernier entre la BDL, la présidence et l’ancien exécutif de Hassane Diab – remplacé depuis par celui dirigé par Nagib Mikati. En pratique, la BDL donne d’abord un accord préalable aux demandes présentées par les importateurs, qui déchargent généralement la marchandise à ce moment-là, et règle ce qu’elle a prévu de payer dans un second temps.

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Contactée, une source à la BDL a indiqué que l’institution avait « vendu des dollars au taux de 8 000 livres » pour un billet vert à des sociétés importatrices de carburant pour « cinq navires citernes », mais sans communiquer plus de détails sur la procédure, hormis que ces fonds avaient été prélevés sur l’enveloppe de 225 millions de dollars débloqués au moment de l’accord. Un accord préalable aurait déjà été donné pour un sixième navire, a encore assuré la source. Problème : plusieurs sources au sein des filières de distribution assuraient hier en fin de journée ne pas avoir reçu de nouvelles autorisations préalables, tandis que d’autres assuraient encore attendre que leurs cargaisons déchargées soient effectivement réglées.

Durant le week-end, Georges Brax avait enjoint aux autorités de ne pas perdre de temps en indiquant que les réserves d’essence disponibles de 55 millions de litres à vendredi ne suffiront, « dans le meilleur des cas, que jusqu’au milieu de la semaine ». Hier, le syndicaliste est revenu à la charge en évoquant la « présence de plusieurs navires dans les eaux libanaises transportant un total de 75 millions de litres d’essence » et pour lesquels des crédits devaient être débloqués. Il a aussi demandé que « les services de sécurité (…) protègent les stations qui avaient choisi de continuer à distribuer de l’essence jusqu’au dernier jour et à la dernière goutte ». Aucune information n’a en revanche filtré ni sur les stocks de mazout – consommé par les générateurs privés – et de gaz restants ni sur les éventuelles quantités en attente.

« Tout reste opaque »

Dans ce contexte, il est donc difficile de savoir dans quelle mesure les prix du carburant (essence, mazout et gaz domestique) seront modifiés cette semaine. Si tout semblait indiquer il y a quelques jours que le ministère de l’Énergie allait ajuster les tarifs en fonction du taux dollar/livre sur le marché parallèle, les informations circulant hier soir mettaient plutôt en avant une orientation vers un nouvel ajustement marginal pour des prix calculés sur une base d’un dollar à 8 000 livres.

Autre élément crucial : les importateurs ignoraient toujours hier comment serait organisé « l’après-subvention ». Deux possibilités étaient au centre des tractations avec le ministère de l’Énergie la semaine dernière : soit les dollars continueront d’être fournis au moins un temps par la banque centrale via le mécanisme en vigueur pour les subventions, mais cette fois au taux du marché; soit les importations seront complètement libres et les décisions concernant les quantités achetées à l’étranger seront prises directement par les sociétés concernées. Dans ce second cas de figure, la possibilité que les distributeurs demandent à être réglés en dollars n’est pas à écarter. « Le programme initial a peut-être été chamboulé avec la formation du nouveau gouvernement que personne n’attendait plus. Pour l’heure, tout reste opaque et ce sont les automobilistes de bonne foi qui en paient le prix », déplore l’une des sources précitées.

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Le flou qui règne sur ce dossier offre en tout cas un terreau fertile aux revendeurs du marché noir, dont certains se sont même permis de faire exploser leurs prix à l’approche du week-end dernier. Selon différents témoignages que nous avons pu recueillir, le prix des 10 litres d’essence vendus dans des gallons de plastique habituellement utilisés pour contenir de l’eau potable se négociait entre 500 000 et 700 000 livres, sans qu’il ne soit possible de connaître son indice d’octane (95 ou 98). Des tarifs 10 à 11 fois plus élevés par rapport à ceux fixés par le ministère de l’Énergie et de l’Eau – 126 400 livres les 20 litres d’essence 95 octane et 130 500 pour ceux à 98 octane – et même deux fois plus élevés par rapport à ceux estimés en cas de levée des subventions (300 000 à 350 000 livres selon les estimations qui circulaient lorsque le dollar était aux environs de 18 000 livres). Un temps hyperactive courant août pour saisir du carburant stocké par certaines stations-service, l’armée et les forces de sécurité semblent avoir relâché leur vigilance vis-à-vis des receleurs et des contrebandiers depuis la semaine passée.

Lancés au début de la crise en octobre 2019, les mécanismes de subvention dont ont bénéficié notamment les importateurs de carburant leur ont permis d’obtenir directement auprès de la BDL des dollars contre des livres à chaque fois à un taux inférieur à celui atteint sur le marché parallèle. Le mécanisme d’origine a été amendé à au moins deux reprises, dont deux fois avec d’importantes conséquences sur les prix (juin et août derniers). Financés à partir des réserves de devises de la BDL, ils ont été présentés comme un moyen de limiter l’inflation des prix en livres des produits en bénéficiant, tandis que certains experts y ont surtout vu un moyen pour la BDL de continuer de fixer le taux de change entre une livre surévaluée et le dollar pour les produits concernés. Cela fait un an que le débat sur la levée des subventions a été lancé. À l’époque, les réserves de la BDL ne devaient pas permettre de les maintenir plus de trois mois…


La crise dans laquelle le pays se noie depuis deux ans a transformé beaucoup de routines du quotidien en parcours du combattant. La formation vendredi dernier d’un nouveau gouvernement n’a pas encore changé cette donne, que ce soit au niveau de la disponibilité de certains médicaments, du caractère imprévisible des fluctuations de la livre sur le marché parallèle (16 400 livres...

commentaires (4)

Le cercle vicieux, l’état nourrit les gros bonnets qui eux délèguent aux petites mains pour ne jamais sortir de ce problème créé de toute pièce par eux pour continuer à s’enrichir d’une façon détournée tout en simulant l’efficacité et leur souci de mettre fin aux contre-bandes qui ne sont autres que leurs exécutants. Une bonne façon de vider encore plus les caisses des réserves obligatoires tout en restant irréprochables. L’armée a cessé de contrôler le trafic et on se demande sur ordre de quelle autorité alors que des millions de litres s’évaporent sous le nez des citoyens qui attendent pendant des heures pour faire le plein qui leur servira pour vaquer à leurs occupations, que les usines à eau ne trouvent pas de quoi faire fonctionner leur pompes et leur turbines et que les hôpitaux tirent la langue faute de carburant. Pendant ce temps, la gesticulation est en marche et les discours de leur efficacité inondent les médias. Plus il y aura de carburant et plus la crise sera insupportable pour le communs des mortels puisque les voleurs sont toujours de service.

Sissi zayyat

11 h 50, le 14 septembre 2021

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Commentaires (4)

  • Le cercle vicieux, l’état nourrit les gros bonnets qui eux délèguent aux petites mains pour ne jamais sortir de ce problème créé de toute pièce par eux pour continuer à s’enrichir d’une façon détournée tout en simulant l’efficacité et leur souci de mettre fin aux contre-bandes qui ne sont autres que leurs exécutants. Une bonne façon de vider encore plus les caisses des réserves obligatoires tout en restant irréprochables. L’armée a cessé de contrôler le trafic et on se demande sur ordre de quelle autorité alors que des millions de litres s’évaporent sous le nez des citoyens qui attendent pendant des heures pour faire le plein qui leur servira pour vaquer à leurs occupations, que les usines à eau ne trouvent pas de quoi faire fonctionner leur pompes et leur turbines et que les hôpitaux tirent la langue faute de carburant. Pendant ce temps, la gesticulation est en marche et les discours de leur efficacité inondent les médias. Plus il y aura de carburant et plus la crise sera insupportable pour le communs des mortels puisque les voleurs sont toujours de service.

    Sissi zayyat

    11 h 50, le 14 septembre 2021

  • Si c'est organisé, les pénuries perdureront

    M.E

    09 h 27, le 14 septembre 2021

  • Ils attendent de faire écouler le stock du marché noir ! Bravo.

    Esber

    00 h 54, le 14 septembre 2021

  • X-Centrale-MIT. S'il n'y arrive pas, alors il n'y plus qu'a se jeter dans la mer...

    Mago1

    00 h 04, le 14 septembre 2021

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