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Idées - Commentaire

Les énergies renouvelables, un investissement crucial face à la crise hydraulique

Les énergies renouvelables, un investissement crucial face à la crise hydraulique

Des pompes propulsant de l’eau dans des réservoirs sur le Hasbani, au Liban-Sud. Photo d’archives Saïd Maalaoui

Le 23 juillet, la représentante de l’Unicef au Liban, Yukie Mokuo, a provoqué une tempête médiatique en déclarant, dans un communiqué, que la plupart des stations de pompage d’eau cesseraient de fonctionner progressivement à travers le pays au cours des quatre à six prochaines semaines en raison de la gravité de la crise économique, du manque de financements, et des pénuries de carburant et de matériel, tels que le chlore et les pièces de rechange. Selon ses déclarations, il faudrait au minimum 40 millions de dollars par an pour permettre aux offices d’approvisionnement en eau de continuer à fonctionner.

Dépendance

Cette déclaration sonne comme un coup de tonnerre dans un pays déjà confronté à une série de crises s’alimentant mutuellement et menaçant quotidiennement les conditions de vie, voire de survie, de ses citoyens. En ce sens, la situation actuelle du secteur hydraulique constitue l’un des exemples les plus frappants de cette interdépendance, comme des décennies de mauvaise gestion du pays par les gouvernements successifs. Le lien entre l’énergie électrique et l’eau est en effet bien établi, et les habitants du Liban en sont d’ailleurs tout à fait conscients : en cas de panne de courant, les pompes ne fonctionnent pas et l’eau n’arrive pas dans les réservoirs de leurs bâtiments, d’où leur dépendance aux générateurs privés en partie pour pomper l’eau vers les réservoirs.

Au niveau national, l’électricité joue un rôle majeur dans la mise à disposition de l’eau pour les ménages. L’électricité est nécessaire pour pomper l’eau de la source à l’installation de son traitement ; pour le processus de traitement de l’eau (y compris les eaux usées) et pour le pompage vers les installations de stockage. L’électricité est également nécessaire pour le traitement des eaux usées. Selon une étude récente de l’Institut Issam Farès financée par l’Union européenne, le manque d’électricité pour alimenter les installations de traitement des eaux usées est l’une des principales raisons pour lesquelles bon nombre de ces installations ne sont pas opérationnelles au Liban. Les eaux usées non traitées sont ainsi déversées dans les rivières et les eaux souterraines, les contaminent, et rendent leur accessibilité difficile et onéreuse.

La même étude montre que l’électricité représente plus d’un tiers des coûts de fonctionnement des quatre offices des eaux (chargés de la gestion des ressources en eau du Liban). Ces offices ne sont pas en mesure de couvrir leurs dépenses de fonctionnement en raison du faible tarif qu’ils perçoivent. Les pannes de courant quasi continues dans de nombreuses régions du pays ont contraint les offices des eaux de certaines régions à s’appuyer sur des générateurs privés alimentés au diesel pour fournir de l’électricité à leurs installations. Cette option n’a pas réussi à résoudre le problème puisque le Liban est également confronté à une crise du carburant, ce qui limite l’accès au diesel pour les groupes électrogènes. Cette situation a conduit la semaine dernière les opérateurs à informer leurs clients qu’ils ne seraient pas en mesure de livrer de l’eau.

Le problème est encore aggravé par la chute libre de la livre libanaise par rapport au dollar. Les revenus des abonnements aux offices sont en livres libanaises, tout comme le soutien qu’ils reçoivent du gouvernement. Cela a affecté la capacité des offices à entretenir leurs installations. Ils n’ont pas les moyens d’acheter des pièces détachées ou des produits pour leurs installations de traitement de l’eau et leurs laboratoires pour tester la qualité de l’eau qu’ils fournissent. Les quelques installations de traitement des eaux usées opérationnelles sont également touchées. De plus, les entrepreneurs préfèrent réduire leurs pertes et payer la pénalité de rupture de contrats avec les offices (en livres) plutôt que de continuer à être payés en livres libanaises pour leur travail. Cela réduit la capacité de certains offices à maintenir leurs réseaux et/ou à exécuter des projets de réhabilitation pour certaines installations.

Soutien extérieur

Il est évident que le gouvernement est financièrement incapable d’aider les offices à obtenir des fonds pour acheter du diesel et pour couvrir leurs autres besoins financiers. La communauté des donateurs – avec, en tête, l’Unicef, USAid, l’AFD, l’UE et d’autres – est heureusement intervenue pour éviter l’effondrement. Nombre d’entre eux ont déjà été témoins d’une situation semblable en Irak où le coût de la relance du secteur de l’eau s’est avéré beaucoup plus coûteux que ce qui aurait été nécessaire pour le maintenir opérationnel. Cependant, un tel soutien ne doit pas être totalement orienté vers l’achat de diesel ou de pièces de rechange, mais devrait plutôt être structuré de manière à assurer la résilience du secteur contre des chocs similaires à l’avenir et à assurer sa durabilité.

La conversion aux énergies renouvelables de la plupart des installations du secteur pourrait constituer un investissement crucial à cet égard : tout investissement actuel dans les énergies renouvelables réduirait en effet à terme les dépenses des futurs donateurs et aiderait le secteur de l’eau au Liban à ne plus dépendre des combustibles fossiles. L’étude précitée identifie de nombreuses installations d’eau et d’assainissement qui sont prêtes pour une telle conversion. Elle indique que l’un des principaux coûts impliqués dans le passage aux énergies renouvelables est celui du stockage de l’électricité ; cependant, ce chiffre est en baisse et devrait devenir très prochainement abordable. Le soutien des donateurs sur cette période serait plus efficace et durable que le soutien à l’achat de diesel.

Si la communauté des donateurs doit donc impérativement continuer à soutenir les offices des eaux du Liban dans leurs efforts pour maintenir l’approvisionnement en eau des résidents, elle devrait donc inclure dans ce soutien la mise en place d’installations d’énergie renouvelable sur les terrains appartenant aux offices de l’eau et aux municipalités pour alimenter le secteur.

Responsable du programme Changement climatique et environnement à l’Institut Issam Farès pour les politiques publiques et les affaires internationales de l’AUB


Le 23 juillet, la représentante de l’Unicef au Liban, Yukie Mokuo, a provoqué une tempête médiatique en déclarant, dans un communiqué, que la plupart des stations de pompage d’eau cesseraient de fonctionner progressivement à travers le pays au cours des quatre à six prochaines semaines en raison de la gravité de la crise économique, du manque de financements, et des pénuries de...

commentaires (2)

.Il y a 40 ans des plaques photovoltaïques marquées TOTAL ont été installées ( GRATIS ?) pour les besoins du phare + maisonnette du gardien sur l’ile Ramkine en dehors de Tripoli . LA TOUR N’A JAMAIS DONNÉE DE LUMIÈRE. Les plaques ont été cassées ou volées ( pourquoi faire ? ) La maisonnette est devenue et l’est toujours la TOILETTE PUBLIC – GRATUIT – pour les TOURISTES LIBANAIS . BONNE VISITE SURTOUT LES DIMANCHES ....

aliosha

18 h 32, le 01 août 2021

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Commentaires (2)

  • .Il y a 40 ans des plaques photovoltaïques marquées TOTAL ont été installées ( GRATIS ?) pour les besoins du phare + maisonnette du gardien sur l’ile Ramkine en dehors de Tripoli . LA TOUR N’A JAMAIS DONNÉE DE LUMIÈRE. Les plaques ont été cassées ou volées ( pourquoi faire ? ) La maisonnette est devenue et l’est toujours la TOILETTE PUBLIC – GRATUIT – pour les TOURISTES LIBANAIS . BONNE VISITE SURTOUT LES DIMANCHES ....

    aliosha

    18 h 32, le 01 août 2021

  • il est a noter- encore un echec de nos craoules irresponsables-tous- Kellon : Chypre applique une loi Obligeant l'installation privees sur les constructions des plaques photovoltaïques. TENEZ VS BIEN, DEPUIS AU MOINS 45 ANS ! Encore une EXPLOIT de ratage par nos irresponsables.

    Gaby SIOUFI

    11 h 59, le 31 juillet 2021

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