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Nos Lecteurs ont la Parole

Pour reconquérir le Liban de Fouad Chéhab, Bachir Gemayel et Rafic Hariri

Pour changer le cours de l’histoire, il existe quatre moyens : la révolution, le coup d’État, la guerre et le processus politique.

(a) La révolution, qui en fait n’a existé au Liban que dans l’imagination de certains et n’est qu’illusion, est impossible au pays du Cèdre. La polarisation politique du peuple, le découpage sectaire, le manque de substance et la maigre représentativité démographique d’une pseudo-révolution (17 octobre 2019) populiste, houligane, prétentieuse et moraliste ont réduit le mouvement du 17 Octobre à des soubresauts inefficaces et parfois destructeurs.

(b) Le coup d’État n’a jamais été de mise au Liban. Heureusement. On ne peut être autant déphasé par rapport à la dynamique humaine. (c) Nous avons tous l’obligation, spécialement la génération qui fut victime de la guerre (la mienne), d’éviter la guerre civile, spécialement en la présence des forces armées légales toujours omniprésentes et efficaces. Pourtant, la sordide et substantielle déconfiture financière et économique pourrait mener à l’implosion de ces forces armées. Dans ce cas-là, nous aurons la guerre. Le commandant en chef de l’armée, le général Joseph Aoun, essaie tant bien que mal de prémunir l’armée en répondant aux besoins de survie des militaires. Les Américains, les Français et les pays arabes du Golfe en sont conscients et ils prêtent main-forte à Aoun (Joseph, à ne pas confondre avec Michel). Le seul danger réside dans le fait que Joseph Aoun pourrait commencer à rêver de devenir président lui aussi. Cette tradition qui se perpétue, à savoir la conversion presque automatique d’un ancien commandant en chef de l’armée en président, tue la vie politique saine dans le pays et nous maintient dans un esprit de république bananière déplorable qui ne sied pas au peuple libanais.

(d) Le processus politique qui ne doit pas être minimisé ou marginalisé par les slogans creux de la pseudo-révolution du 17 Octobre. En fait, le processus politique doit être le « seul choix » volontaire si nous considérons que le choix de la guerre civile serait un choix imposé. Pour cela, il faudrait conserver et préserver nos institutions, aussi inefficaces soient-elles.

La première opportunité qui se profile à l’horizon dans le moyen terme est celle des élections législatives de 2022. Gagner une majorité écrasante clairement anti-Hezbollah (67 %) est d’ores et déjà un devoir. Une telle victoire non violente coincera le Hezbollah et ouvrira les portes du monde fermées devant notre pays. Nous devons dire au monde clairement que la majorité des Libanais ne veut pas du Hezbollah. À cette fin, l’union politique, stratégique et tactique est nécessaire entre les partis politiques et certains indépendants conscients de cette priorité nationale : briguer 67 % des sièges ou plus, et vaincre le Hezbollah largement aux élections de 2022.

Aujourd’hui, 78 ans après l’indépendance et 101 ans après la création hybride du patriarche Hoayek, à savoir le Grand Liban, c’est le bicéphalisme qui prévaut toujours.

Nous ne sommes pas dans un pays polarisé autour de deux doctrines de gouvernement : capitalisme et socialisme, ou droite et gauche, ou libéraux et conservateurs. La polarisation se manifeste d’un côté entre ceux qui ont toujours compris (la majorité des chrétiens) ou qui ont finalement compris (la majorité des sunnites et des druzes) que notre pays ne peut survivre et prospérer sans une neutralité absolue vis-à-vis des conflits régionaux et internationaux tout en restant ouvert au monde entier ; et de l’autre côté ceux qui sont toujours attirés par le romantisme d’un panarabisme éphémère qui ne veut absolument rien dire, ou qui sont des inconditionnels de la cause palestinienne qui ne veut absolument plus rien dire non plus, et last but not least les pasdaran libanais qui croient ferme à la doctrine du wilayet el-faqih. La première catégorie a été et reste toujours victime de la seconde depuis 1948. Ces suicidaires (la seconde catégorie) ont eu plusieurs patrons au cours de l’histoire : le grand mufti de Jérusalem Amine el-Husseini, Antoun Saadé, Gamal Abdel Nasser, Michel Aflaq, Yasser Arafat, Kamal Joumblatt, Hafez et Bachar el-Assad et…maintenant Khamenei et le Hezbollah.

Le seul moyen efficace et réaliste pour réduire l’influence des suicidaires et leur patron actuel au Liban, le Hezbollah, source principale de notre déconfiture à tous les niveaux, est la réduction sensible du nombre de parlementaires que le Hezbollah possède ou contrôle, surtout chez les chrétiens, puisque la majorité des sunnites et des druzes lui sont et lui seront toujours aliénés. Donc l’objectif est les électeurs jadis aounistes et les flower power generation du Hirak chaotique et fou du 17 octobre 2019.

Cela ne sera pas possible sans des listes communes anti-Hezbollah dans tout le Liban. Il faut donc arrêter au plus tôt les combats de coqs ainsi que les grands écarts disproportionnés à la taille de certains partis politiques et surtout le cannibalisme politique.

Je profite de cette synthèse pour appeler les Forces libanaises à se positionner comme un parti libanais et non pas comme les nouveaux croisés ou les Templiers des temps modernes comme certains de leurs partisans le communiquent (très mal). Le combat n’est pas religieux. Je rappelle que les pires ennemis de l’idée du Liban ont été ou sont des chrétiens : Antoun Saadé, Habib el-Chartouni, Élie Hobeika, Michel Aoun et sa clique, les aounistes, Émile Lahoud…

Les Forces libanaises sont appelées à élaborer une vision moderne non populiste qui séduirait la nouvelle génération.

À Samy Gemayel, Pierre Issa, Camille Junior Chamoun, les romantiques de Madinati et autres groupes pompeusement autoproclamés « révolutionnaires », faites preuve d’intelligence et d’humilité, oubliez la « révolution » qui n’a jamais eu lieu, et regroupez-vous autour du parti des FL si vous voulez gagner contre les aounistes et le Hezbollah et ainsi sauver notre pays. Il faut accepter l’idée que les FL représentent aujourd’hui le centre de gravité de la bataille contre le Hezbollah et leurs vassaux aounistes. Continuer la saga des slogans creux et populistes nauséeux ne mènera le pays qu’à plus de déconfiture et n’aura pas raison du Hezbollah.

À Saad Hariri et Walid Joumblatt, je dis qu’il faut arrêter les entourloupettes et rejoindre ce front politique uni envisagé auprès des FL, Kataëb et autres et former ultimement en 2022 des listes communes avec ces mêmes partis souverainistes dans les régions mixtes.

Je suis même partisan de lancer l’opération « récupération de Berry/Amal », sur la base des principes de Moussa Sadr, ceux de Mohammad Mehdi Chamseddine et bien sûr dans la lignée des préceptes de l’uléma érudit Abdul Hussein Charafeddine. Persister dans la diabolisation de Berry poussera ce dernier à rester dans son cocon chiite et sera une stratégie émotionnelle et moralisante sans résultat réel. Tandis que la récupération de Berry représentera la plus grande défaite pour le Hezbollah.

Mais quel serait le programme national de ce front hypothétique ? Pour commencer, la bataille doit avoir un titre : « Reconquérir le Liban de Fouad Chéhab, Bachir Gemayel et Rafic Hariri », c’est-à-dire le Liban des institutions, le Liban neutre, pacifique et prospère ouvert au monde entier.

À partir de là, la vision commune doit s’articuler autour de la nécessité de construire un nouveau pacte national, ce qui n’est pas un péché. Mais ce qui serait un péché, c’est de le faire avec une majorité hezbollahie parlementaire et un revolver sur la table. Les chrétiens libanais doivent réaliser que tôt ou tard la parité (répartition égalitaire des sièges politiques et administratifs entre chrétiens et musulmans) disparaîtra. Le nombre aura raison de Taëf, ce qui est naturel. Toutefois, les chrétiens sont en mesure d’échanger aujourd’hui cette parité contre (a) le désarmement de Hezbollah, (b) la laïcité de l’État, (c) la neutralité absolue du Liban aussi bien régionale qu’internationale et (d) une forme de fédéralisme régional et non pas sectaire.

Cette nouvelle doctrine, qui entamera la déconfessionnalisation et la laïcité de l’État, et qui repose sur un échange encore possible aujourd’hui mais qui ne sera plus possible demain, répondra aux aspirations de l’écrasante majorité des Libanais, y compris Nabih Berry.

Cette stratégie de regroupement national autour d’une nouvelle vision d’un État moderne, neutre, pacifique et stable et contre la politique et la mainmise du Hezbollah n’est pas sans danger. Les terroristes du Hezb pourront (très probablement) avoir recours aux assassinats de nouveau avant les élections ou même à la guerre après les élections, à savoir un méga-7 Mai plus étendu.

Aux électeurs, je dis : ne votez pas idiot. Votez intelligent. Faites que votre vote dégage le paysage politique de toute trace de Aoun et du Hezbollah quand cela est possible.

Avec une large majorité parlementaire (67 %) acquise, les Libanais souverainistes, sains d’esprit, pourront commencer à récupérer le pays où il faisait si bon vivre et qu’ils ont laissé aujourd’hui aux mains des suicidaires. Les ennemis du pays sont clairement définis : le Hezbollah et le aounisme. Tout le reste peut attendre.

Rêver d’un Liban moderne, laïc, neutre et prospère passe nécessairement par l’éviction politique des aounistes et du Hezbollah. Et cela n’est possible que par le VOTE INTELLIGENT.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


Pour changer le cours de l’histoire, il existe quatre moyens : la révolution, le coup d’État, la guerre et le processus politique. (a) La révolution, qui en fait n’a existé au Liban que dans l’imagination de certains et n’est qu’illusion, est impossible au pays du Cèdre. La polarisation politique du peuple, le découpage sectaire, le manque de substance et la maigre...

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