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Politique - Gouvernement

Berry isole un peu plus Aoun...

Un nouveau round de la guerre des prérogatives éclate entre Baabda et Aïn el-Tiné, qui bénéficie de l’appui du Hezbollah. 

Berry isole un peu plus Aoun...

Le président Michel Aoun recevant le chef du législatif Nabih Berry en novembre 2017 au palais de Baabda. Photo Dalati et Nohra

Désormais, la guéguerre politicienne articulée autour de la formation du prochain gouvernement n’est plus entre le président de la République Michel Aoun et son camp, d’une part, et le Premier ministre désigné Saad Hariri, de l’autre. Le conflit oppose le chef de l’État au président de la Chambre Nabih Berry, qui multiplie depuis quelques jours les signes de son soutien indéfectible à M. Hariri. C’est donc Baabda qui semble se trouver dans un isolement de plus en plus accentué.

La querelle entre Baabda et Aïn el-Tiné avait éclaté mardi, lorsque la présidence de la République – clairement irritée par l’appui de M. Berry à Saad Hariri – a publié un communiqué dans lequel elle tirait à boulets rouges sur le chef du législatif sans le nommer, l’accusant implicitement d’« intervenir » dans le processus gouvernemental et « d’ignorer délibérément ou pas » les dispositions de la Constitution. Baabda décochait ainsi des flèches en direction du projet de sortie de la crise gouvernementale parrainé par le président de la Chambre et le leader du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt, et axé sur la mise en place d’une équipe de 24 ministres sans tiers de blocage.

Vingt-quatre heures plus tard, Nabih Berry a répondu à l’attaque de Baabda par un communiqué tout aussi virulent, soigneusement attribué à la présidence de la Chambre et non à la personne de Nabih Berry. « C’est au nom du peuple libanais que j’ai agi et que je continue de le faire », déclare donc la présidence de la Chambre, tentant ainsi de donner une certaine légitimité populaire et constitutionnelle à ses efforts pour la naissance du cabinet. « La désignation du Premier ministre ne relève pas de la volonté du président de la République, mais provient de la décision des députés, donc du pouvoir législatif. Et la personne qui mène les concertations parlementaires pour former le cabinet est le Premier ministre désigné (selon l’article 64 de la Constitution) », souligne M. Berry. « J’ai le droit, à la demande du Premier ministre désigné, de l’aider », estime-t-il encore, ajoutant que revient au chef de l’État « la prérogative de signer le décret de formation du gouvernement en accord avec le président du Conseil (…) ».

Le décryptage de Scarlett HADDAD

Berry maintient sa médiation... en dépit de la querelle Baabda-Aïn el-Tiné

« Dans votre communiqué d’hier (mardi), vous dites clairement que vous ne voulez pas que Saad Hariri préside le gouvernement. Mais vous n’avez pas le droit de le refuser. La désignation ne vient pas de vous », ajoute-t-il à l’adresse de M. Aoun, martelant en conclusion que son « initiative se poursuit ».

À travers son communiqué, Nabih Berry semble réduire le rôle du chef de l’État en matière de formation du cabinet. « Mais c’est surtout pour rappeler au président Aoun les limites de ses prérogatives que M. Berry a opté pour l’escalade », commente pour L’Orient-Le Jour un proche du président de la Chambre, qui assure que M. Berry poursuivra ses contacts pour accélérer la naissance de l’équipe Hariri.


Walid Joumblatt s’entretenant avec Nabih Berry, hier à Aïn el-Tiné. Photo ANI


Hussein Khalil met les points sur les « i »

C’est donc un nouvel élan que Nabih Berry tente de donner à son projet de solution auquel le Hezbollah s’était rallié, comme l’ont clairement montré le secrétaire général du parti chiite Hassan Nasrallah le 25 mai dernier. Il n’en demeure pas moins que pour certains, le Hezbollah semble être au pied du mur entre ses deux alliés traditionnels. S’il a besoin de la couverture chrétienne que lui assure le CPL, il est aussi attaché à ce que Saad Hariri forme la future équipe pour éviter une confrontation sunnito-chiite dans la rue, à l’heure où la grogne populaire pourrait exploser à tout moment sous la pression de la crise socio-économique inédite.

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Conscient de la complexité de ces enjeux, le Hezbollah semble néanmoins avoir choisi son camp. « Nous sommes avec le président de la Chambre et derrière lui dans ses efforts visant à contribuer à former le cabinet », déclare à L’OLJ Hussein Khalil, conseiller de Hassan Nasrallah et représentant du Hezbollah dans les tractations gouvernementales. « Nous sommes favorables au maintien de l’initiative Berry », ajoute M. Khalil dans ce qui sonne comme une pique en direction du tandem Baabda-CPL. Affirmant que « 99 % des portefeuilles sont déjà répartis » entre les forces politiques, M. Khalil fait état de quelques obstacles, notamment en ce qui est de la nomination de deux ministres chrétiens supplémentaires dans une équipe de 24 (un soi-disant « droit » auquel s’attache le camp présidentiel), la participation du CPL au gouvernement ainsi que la question de la confiance aouniste au gouvernement.

« Saad Hariri est toujours désigné pour former le gouvernement. Et tant qu’il est en poste, nous ne cherchons pas de substitut », affirme encore Hussein Khalil. Encore une pique en direction de Baabda, accusé de vouloir se débarrasser du leader du Futur. « Le président de la Chambre n’avait pas informé le Hezbollah de sa volonté de publier le communiqué. Mais la chaîne al-Manar (organe médiatique du parti de Hassan Nasrallah) a diffusé le communiqué dans son intégralité en employant le terme “urgent” », souligne pour sa part une source proche de Aïn el-Tiné. Le Rassemblement démocratique, dont le PSP est la principale composante, s’est également dit favorable aux efforts de Nabih Berry, qui s’est entretenu dans l’après-midi avec le leader du PSP Walid Joumblatt.

Clairement isolé, Baabda a également opté pour une escalade verbale à l’égard de Nabih Berry, reprenant la rhétorique traditionnelle selon laquelle Michel Aoun n’a jamais rien exigé et appuie l’initiative Berry. Et la présidence de stigmatiser le fait que M. Berry se soit exprimé au nom du peuple libanais et ait interdit au chef de l’État d’avoir un ministre au gouvernement (voir par ailleurs). Ce à quoi Aïn el-Tiné a répondu en rappelant, dans un autre communiqué, que M. Aoun lui-même avait refusé que des portefeuilles ministériels relèvent du lot de Michel Sleiman, ancien chef de l’État.

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Hariri-Bassil, pour le meilleur et pour le pire

Mais dans ce qui ne peut qu’être interprété comme un partage de rôles entre Baabda et le CPL, Gebran Bassil a pris soin de se montrer favorable à un gouvernement dirigé par Saad Hariri, « une option à laquelle nous sommes tenus par la Constitution », comme il l’a souligné dans une déclaration à l’issue d’une séance des commissions mixtes hier. En soirée, M. Bassil s’est entretenu à Bayada avec Wafic Safa, haut cadre du Hezbollah, impliqué dans le dossier gouvernemental.

Comment Saad Hariri profitera-t-il de l’appui renouvelé du tandem chiite face à Michel Aoun pour former son équipe ? Les milieux du Futur ne donnent pas de réponse claire pour le moment. Un proche de M. Hariri confie toutefois que ce dernier penserait sérieusement à présenter une nouvelle mouture gouvernementale au chef de l’État, sans donner plus de détails. Affaire (toujours) à suivre donc…

Guerre de communiqués Aoun-Berry 
Une guerre de communiqués a éclaté hier entre Baabda et Aïn el-Tiné au sujet du dossier gouvernemental. Ci-dessous, quelques extraits du communiqué de Aïn el-Tiné :
« Au nom du peuple libanais, j’ai agi et je continue d’agir. La désignation du Premier ministre ne relève pas de la volonté du président de la République, mais provient de la décision des députés, donc du pouvoir législatif. La personne qui mène les concertations parlementaires pour former le cabinet est le Premier ministre désigné. J’ai donc le droit, à la demande du Premier ministre désigné, de l’aider. Le chef de l’État, à qui revient la prérogative de signer le décret de formation du gouvernement en accord avec le président du Conseil, avait montré sa volonté de voir l’initiative aboutir. (…). Les personnes concernées étaient satisfaites de la formule proposée tant que le nombre des ministres est passé à 24 et que la question du ministère de l’Intérieur a été réglée. Mais vous avez insisté pour nommer huit ministres en plus de deux autres désignés par le président (alors que sur le plan constitutionnel, il n’a même pas le droit à un seul ministre car il n’a pas droit au vote. Comment pourrait-il alors voter de manière indirecte ?). (…) Dans votre communiqué hier, vous avez souligné clairement que vous ne vouliez pas de Saad Hariri à la tête du gouvernement. Cela ne relève pas de votre droit. La désignation n’émane pas de vous. Le Parlement a défini sa position haut et fort en réponse au message que vous lui avez adressé. Ce qui est requis, c’est la solution et non des atermoiements. L’initiative se poursuit. »
Baabda a répondu par un communiqué, dont voici des extraits : « (…) Dire que le président n’a pas même le droit d’avoir un seul ministre confirme que le véritable objectif des campagnes contre lui est de neutraliser son rôle de surveillance et de l’empêcher d’assumer ses responsabilités. Le président n’a pas demandé de nommer deux ministres en plus des huit. Il n’a pas non plus demandé le tiers de blocage, bien que rien ne l’en empêche. Le seul élément positif dans le communiqué de M. Berry est le désir de poursuivre ses efforts, mais il a abandonné le rôle de médiateur et le droit d’agir au nom du peuple libanais. (…) »
Ce texte a été suivi d’une échange de communiqués et de contre-communiqués.

Désormais, la guéguerre politicienne articulée autour de la formation du prochain gouvernement n’est plus entre le président de la République Michel Aoun et son camp, d’une part, et le Premier ministre désigné Saad Hariri, de l’autre. Le conflit oppose le chef de l’État au président de la Chambre Nabih Berry, qui multiplie depuis quelques jours les signes de son soutien...

commentaires (11)

Je l’ai toujours dit et je le répète à souhait, Aoun souffre d’IMPERITIE chronique …Que fait-il à ce poste ? Son gendre et lui ne cessent de se présenter en défenseurs des Chrétiens, ils vont finir par nous faire perdre toute légitimité à la Présidence de la République du Liban. A force de tergiverser et de rejeter la faute aux autres, il a perdu ses anciens alliés, et se retrouve esseulé dans le palais de la République qu’il croit lui appartenir de droit. Même Joumblatt girouette par excellence lui a tourné le dos, rien qu’à voir la photo comment il est assis en constate qu’il est tordu de corps et d’esprit. Quant à Berry le vieux briscard de la politique, rien ne lui échappe, il réagit en littéraire et historien quand cela l’arrange, il note la moindre virgule, il refait vivre le passé des uns et des autres, ainsi que leurs réflexions à la mords-moi le nœud. Je le cite : Aoun lui-même avait refusé que des portefeuilles ministériels relèvent du lot de Michel Sleiman, ancien chef de l’État. Ce qui est vrai pour les autres ne l’est pas pour Aoun et Iznogoud. Son combat se résume par sa volonté de laisser sa place au gendre, qui se croit l’héritier pour terminer le travail de démolition de notre cher pays du Majestueux CEDRE plusieurs fois millénaires !

Le Point du Jour.

22 h 07, le 17 juin 2021

Tous les commentaires

Commentaires (11)

  • Je l’ai toujours dit et je le répète à souhait, Aoun souffre d’IMPERITIE chronique …Que fait-il à ce poste ? Son gendre et lui ne cessent de se présenter en défenseurs des Chrétiens, ils vont finir par nous faire perdre toute légitimité à la Présidence de la République du Liban. A force de tergiverser et de rejeter la faute aux autres, il a perdu ses anciens alliés, et se retrouve esseulé dans le palais de la République qu’il croit lui appartenir de droit. Même Joumblatt girouette par excellence lui a tourné le dos, rien qu’à voir la photo comment il est assis en constate qu’il est tordu de corps et d’esprit. Quant à Berry le vieux briscard de la politique, rien ne lui échappe, il réagit en littéraire et historien quand cela l’arrange, il note la moindre virgule, il refait vivre le passé des uns et des autres, ainsi que leurs réflexions à la mords-moi le nœud. Je le cite : Aoun lui-même avait refusé que des portefeuilles ministériels relèvent du lot de Michel Sleiman, ancien chef de l’État. Ce qui est vrai pour les autres ne l’est pas pour Aoun et Iznogoud. Son combat se résume par sa volonté de laisser sa place au gendre, qui se croit l’héritier pour terminer le travail de démolition de notre cher pays du Majestueux CEDRE plusieurs fois millénaires !

    Le Point du Jour.

    22 h 07, le 17 juin 2021

  • Je crois qu’aujourd’hui ses "appuis" lui ont fait comprendre qu'il doit retourner jouer dans la cour des tous petits, à quand un audit sur ses billes?

    Je partage mon avis

    19 h 37, le 17 juin 2021

  • Je n'ai jamais vu le Liban aussi bas , mon Dieu sauvez ce pays ....

    Eleni Caridopoulou

    18 h 53, le 17 juin 2021

  • Si le ridicule (par ailleurs inépuisable) tuait, nous l’aurions sans doute remarqué.

    Ayoub Elie

    17 h 58, le 17 juin 2021

  • QUI DIT VRAI QUI DIT FAUX M'EN FOUT ROYALEMENT OH QUELLE BELLE SAISON OU J'AI FINALEMENT PU LIRE UNE ADMONESTATION CLAIRE, NETTE SANS EQUIVOQUE DU 2e POUVOIR A L'ADRESSE DU 1er. OH QUE C'EST GENIAL.

    gaby sioufi

    16 h 45, le 17 juin 2021

  • FAUT SE DEBARRASSER DES DEUX BELIERS BISCORNUS DE LA BERGERIE MARONITE ALLIES DES MERCENAIRES IRANIENS QUI AUJOURD,HUI SE LAVENT LES MAINS DE CE DUO RESPONSABLE DIRECTEMENT DE TOUTES LES CATASTROPHES QUI FRAPPENT LE PAYS ET PARTICULIEREMENT LES CHRETIENS MARONITES ET AUTRES QUI EMIGRENT PAR MILLIERS. SEUL LEUR DEPART SAUVERA LE PAYS ET LE PEUPLE.

    L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    14 h 29, le 17 juin 2021

  • DANS CE CAS PRECIS IL FAUT QUAND MEME SOULIGNER QUE LE PRESIDENT MICHEL AOUN AVAIT CLAIREMENT DIT DANS UN DISCOURS LA VEILLE DES CONSULTATIONS QU'IL NE VOULAIT PAS DE HARRIRI ET AVAIT EXHORTE LES DEPUTES A NE PAS LE NOMMER. UNE FOIS NOMME IL NE LUI RESTAIT QU'A BLOQUE TOUTE FORMULE QUI NE DONNAIT PAS A SON BEAU FILS LE CONTROLE INDIRECTE DU CONSEIL DE MINISTRES MEME SANS Y PARTICIPER. ( on se rappelle que Bassil avait bien dit que le retour de Harriri sera seme d'ambuches et ne verra pas le jour )LA VERITE: LE SEUL QUI BLOQUE LA FORMATION D'UN MINISTERE C'EST GEBRAN BASSIL ET IL LE PAIERA TRES TRES CHER AUX PROCHAINES ELECTIONS CAR LE PEUPLE ( sauf les moutons irreductibles ) SE RAPPELERA DE SES ACTIONS ET IL EN PAYERA LE PRIX EN LUI REFUSANT MEME UN SIEGE DE DEPUTE. QUAND UNE PERSONNE MET SON INTERET PERSONNEL AVANT L'INTERET DU PEUPLE IL PERD AUTOMATIQUEMENT LE DROIT MEME D'AVOIR UN REGARD SUR LA POLITIQUE DU PAYS.vivement ces elections pour en finir de plus d'un

    LA VERITE

    13 h 26, le 17 juin 2021

  • Aoun s’est isolé tout seul en voulant suivre les recommandations et les caprices de son petit chouchou conseiller par les mêmes alliés. Le voilà au pied du mur démuni et ridiculisé par ses chers alliés qui ont détecté chez lui des le premier instant, la mollesse qui ne peut va pas de pair avec sa fonction et qu’ils ont toujours utilisé pour arriver à leur but qui est de l’écarter des décisions tout étant LE PRESIDENT FORT, titre pompeux et cher à son cœur. Il ne suffit pas d’occuper un fauteuil pour avoir de l’autorité et du pouvoir, il l’apprend à ses dépens mais hélas c’est le peuple qui paie le prix fort de son manque de compétence et de longueur de vue. On ne s’improvise pas président c’est un métier réservé aux grands de ce monde avec comme qualités premières: l’amour et le respect de sa nation et de son peuple, l’intelligence et l’autorité pour diriger un pays. Malheureusement il ne peut prétendre à aucune de ces vertus citées. Et à la fin je dirais que les besoins du plus grand nombre l’emportent sur celui d’un seul. Ici il s’agit en l’occurrence du gendron.

    Sissi zayyat

    10 h 55, le 17 juin 2021

  • Décidément...les réserves de ridicule, d'inefficacité et d'entêtement sont inépuisables chez nos responsables ! Ils ont été incapables de contruire un Etat, plongent le peuple dans la faim, la misère et la honte...mais ils continuent imperturbablement leur système de corruption, tout en refusant ou exigeant ceci ou cela...pour eux-mêmes ! - Irène Saïd

    Irene Said

    09 h 12, le 17 juin 2021

  • Hahaha des mois durant et on se réveillait pour suivre la formation du gouvernement de Hariri : qui a raison et qui a tort . C'est clair aujourd'hui . Ne nous leurrons plus , le législatif donne raison à son allié qui lui même dit Berri c'est moi et moi c'est Berri et ôtent tout pouvoir à la Présidence de la république . Quelle alliance et quelle Constitution fantastique . Entretemps le pays s'est enfoncé . Mabrouk pour nous .

    Lecteurs OLJ

    08 h 27, le 17 juin 2021

  • Aoun va finir par nous faire aimer Berry…! hahahaha….. Lui et son petit gendrissime de service..

    LeRougeEtLeNoir

    08 h 27, le 17 juin 2021

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