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Politique - Formation du gouvernement

Berry répond à Aoun : Vous n'avez pas le droit de refuser Saad Hariri

La prise de position du président de la Chambre provoque en soirée une réponse de Baabda, avant un nouvel échange de communiqués entre Ain el-Tiné et le bureau de presse de la présidence.
Berry répond à Aoun : Vous n'avez pas le droit de refuser Saad Hariri

Le président du Parlement libanais, Nabih Berry, prononçant un discours à Aïn el-Tiné, le 24 mai 2021. Photo Hassan Ibrahim / Parlement libanais

Le président du Parlement libanais, Nabih Berry, a réagi avec virulence mercredi aux critiques lancées la veille contre lui par Baabda, qui l'accusait "d'ingérence" dans le processus de formation du gouvernement, affirmant qu'il n'était pas du "droit" du chef de l'Etat de refuser que le Premier ministre désigné, Saad Hariri, dirige le futur cabinet. Dans un communiqué acerbe, M. Berry a en outre déclaré que son initiative pour la mise sur pied du cabinet "se poursuit".  La prise de position de M. Berry a provoqué en soirée une réponse de Baabda, avant un nouvel échange de communiqués entre Ain el-Tiné et le bureau de presse de la présidence.

Le nouveau gouvernement est attendu depuis août 2020, lorsque l'équipe de Hassane Diab avait démissionné dans la foulée de la double explosion dans le port de Beyrouth. Saad Hariri avait été désigné en octobre et, depuis, il est empêtré dans un bras de fer avec le chef de l'Etat et son camp politique, dirigé par son gendre, Gebran Bassil. Pour tenter de sortir de la crise gouvernementale, M. Berry avait lancé, avec le leader druze Walid Joumblatt, une initiative, préconisant un cabinet de 24 (huit ministres pour chaque grand pôle politique) sans tiers de blocage. Cette initiative n'a toutefois toujours pas abouti et des informations se faisaient de plus en plus pressantes depuis la semaine dernière concernant une possible récusation de M. Hariri. C'est dans ce cadre que M. Berry s'était demandé lundi "quelle alternative crédible" à Saad Hariri avaient les détracteurs du Premier ministre désigné, critiquant "la légèreté" avec laquelle le CPL, qui refuse de s’engager à ce que son groupe parlementaire accorde sa confiance au futur cabinet, traite le dossier gouvernemental. Cette prise de position avait irrité la présidence, qui avait invité M. Berry à "se baser sur la Constitution" et l'avait accusé de vouloir "ancrer de nouveaux usages". Michel Aoun tentait donc de se repositionner comme un passage obligé pour la naissance de l’équipe Hariri. 

"Vous n'avez pas le droit"
La réponse de M. Berry s'est faite cinglante. "La désignation du Premier ministre ne relève pas de la volonté du président de la République mais provient de la décision des députés, donc du pouvoir législatif. Et la personne qui mène les concertations parlementaires pour former le cabinet est le Premier ministre désigné (selon l'article 64 de la Constitution", a souligné M. Berry dans un communiqué. "J'ai donc le droit, à la demande du Premier ministre désigné, de l'aider", a-t-il estimé, ajoutant qu'il revient au chef de l'Etat "la prérogative de signer le décret de formation du gouvernement, en accord avec le président du Conseil". Indiquant que le chef de l'Etat avait montré sa "volonté" qu'aboutisse l'initiative qu'avait présentée M. Berry, le chef du législatif rappelle que "les personnes concernées étaient satisfaites" de la formule proposée dans cette initiative "à condition que le nombre de ministres passe à 24". 

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Il a encore critiqué la revendication du chef de l'Etat de vouloir nommer deux ministres en plus des huit portefeuilles accordés au tandem Baabda/Courant patriotique libre, ce qui leur donnerait le tiers de blocage (8+1), soulignant que le président n'a constitutionnellement pas le droit de voter en Conseil des ministres "alors pourquoi bénéficierait-il de voix indirectes". "Tout est bloqué, le pays s'effondre, les institutions s'effritent, le peuple se débat et les murailles de Constantinople s'écroulent avec le refus d'une initiative acceptée autant par l'Occident que l'Orient et toutes les parties libanaises, à l'exception d'une seule", a fustigé le chef du Parlement, en référence aux aounistes. "Dans votre communiqué de hier, vous dites clairement que vous ne voulez pas que Saad Hariri préside le gouvernement. Mais vous n'avez pas le droit de le refuser. La désignation ne vient pas de vous", a-t-il ajouté, martelant en conclusion que son "initiative se poursuit". 

Baabda répond, Berry riposte

En soirée, le bureau de presse du palais présidentiel a publié un communiqué affirmant que le "communiqué de M. Berry a adopté un style inhabituel dans la forme et le fond" et que "la réaction du président de la Chambre est inattendue". "Dire que le président n'a pas le droit d'avoir même un seul ministre confirme que le véritable objectif des campagnes contre lui est de neutraliser son rôle de surveillance et de l'empêcher d'assumer ses responsabilités", souligne le communiqué. "Le président de la République a toléré de nombreux abus et insultes à la présidence et à sa personne afin de faciliter la formation du gouvernement malgré la tentative d'inventer de nouvelles normes constitutionnelles", ajoute le texte.

Le bureau de presse précise en outre que "le président de la République n'a pas demandé de nommer deux ministres de plus que les huit". "Il n'a pas non plus demandé le tiers de blocage, bien que rien ne l'en empêche", ajoute-t-il.

"Le président de la République cherche de toutes ses forces une solution à la crise gouvernementale compliquée par les volontés de marginaliser son rôle et limiter ses pouvoirs et responsabilités", affirme encore la présidence avant d'ajouter que "le seul élément positif dans la déclaration de M. Berry est le désir de poursuivre ses efforts". "Mais il a abandonné la fonction de +médiateur+ et le droit d'agir +au nom du peuple libanais+", poursuit le communiqué. Enfin, le bureau de presse de M. Aoun assure que le "président de la République veille à la mise en place d'un pouvoir exécutif à travers un gouvernement de sauvetage capable d'apporter des solutions aux crises qui sont devenues une menace pour la vie et les moyens de subsistance des Libanais".

Sans tarder, le bureau de presse de Nabih Berry a brièvement répondu au communiqué de la présidence rappelant que c'est le président Michel Aoun qui avait dit que son prédécesseur, le président Michel Sleiman "n'avait droit à aucun portefeuille ministériel et à aucun ministère". "Passons à la solution", conclu le communiqué.

Le bureau de presse de la présidence a alors répondu que "le président Sleiman ne bénéficiait pas du soutien du plus grand groupe parlementaire et malgré cela il a obtenu au moins trois ministres au sein des gouvernements jusqu'à la fin de son mandat". "Puisque c'est comme cela pourquoi le groupe parlementaire aouniste a-t-il annoncé qu'il ne participera pas au gouvernement et ne lui accordera pas sa confiance?, a alors demandé M. Berry.


Crime flagrant

Plus tôt dans la journée, le groupe parlementaire joumblattiste a qualifié de "crime flagrant contre les Libanais" le blocage gouvernemental. accordées sur les importations de certains produits essentiels.

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"L'impasse gouvernementale actuelle est un crime flagrant contre les Libanais qui traversent l'une des crises socioéconomiques les plus graves et difficiles du monde", ont affirmé les députés joumblattistes dans un communiqué publié à l'issue d'une réunion présidée par le chef du groupe, Taymour Joumblatt. "Il n'est pas permis de jouer avec les sensibilités confessionnelles, qu'elles soient chrétiennes ou musulmanes", ont-ils ajouté, déplorant que cette impasse réduise "les opportunités de mettre un terme à l'effondrement". "Nous appelons les personnes concernées à mettre immédiatement sur pied le gouvernement, sur la base des idées proposées par Walid Joumblatt et reprises dans l'initiative du président de la Chambre, Nabih Berry", ont-ils exhorté.

En soirée, M. Berry a reçu à Aïn el-Tiné M. Joumblatt et l'ancien ministre Ghazi Aridi. La rencontre a duré une trentaine de minutes et la discussion a porté sur "la situation générale, les derniers développements politiques et le dossier gouvernemental", rapporte notre correspondante Hoda Chédid. M. Joumblatt est parti sans faire de déclaration. 

En outre, le courant du Futur, que dirige Saad Hariri, a appelé "les Libanais en général et son public en particulier" à respecter l'appel à la grève lancé pour jeudi par la Confédération générale des travailleurs du Liban (CGTL) afin de protester contre "ceux qui exploitent l'effondrement du pays afin de protéger leurs intérêts étroits, au détriment du peuple libanais, et qui entravent la formation d'un gouvernement de mission qui puisse sauver le pays de l'enfer". En septembre, le président Aoun avait estimé que si un gouvernement n'était pas rapidement formé, le Liban se dirigeait "vers l'enfer". 

Le Courant patriotique libre a également appelé ses partisans à se mobiliser "pour faire pression et qu'un gouvernement soit formé immédiatement". "Il faut que le cabinet soit mis sur pied sans perdre encore plus de temps et sans inventer de nouveaux usages", a indiqué la branche du parti s'occupant des affaires des travailleurs.


Le président du Parlement libanais, Nabih Berry, a réagi avec virulence mercredi aux critiques lancées la veille contre lui par Baabda, qui l'accusait "d'ingérence" dans le processus de formation du gouvernement, affirmant qu'il n'était pas du "droit" du chef de l'Etat de refuser que le Premier ministre désigné, Saad Hariri, dirige le futur cabinet. Dans un communiqué acerbe, M. Berry a...

commentaires (13)

Notez bien que toutes les canailles politichiennes corrompues ont appele a soutenir la greve de demain contre la corruption. LOL ???

Michel Trad

00 h 08, le 17 juin 2021

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Commentaires (13)

  • Notez bien que toutes les canailles politichiennes corrompues ont appele a soutenir la greve de demain contre la corruption. LOL ???

    Michel Trad

    00 h 08, le 17 juin 2021

  • Bcharafkoun OLJ: la traduction de l'arabe des propos de béri en réponse au toit en acier contenait elle des Vous et des Votre ou des tu toi et ton et ta???

    Wlek Sanferlou

    22 h 10, le 16 juin 2021

  • On dirait que le président est seul avec son Gendron et hassouna ha ha ha ......

    Eleni Caridopoulou

    20 h 11, le 16 juin 2021

  • Coûte que coûte, il faut terminer l'ère Aoun au plus tôt.

    Esber

    19 h 04, le 16 juin 2021

  • sur un autre chapitre , depuis 2 -3 jrs l'OLJ est critique par qqs lecteurs quant a une nouvelle politique qui certains insistent serait devenue pro aoun ? vraiment je relis les paiers ecrits par les uns et les autres dans son equipe je n'y vois rien de la sorte. ou alors je serais devenu aveugle, naif peut etre insensible aux nuances que ces personnes, elles, voient de facon claire ?

    Gaby SIOUFI

    17 h 18, le 16 juin 2021

  • OUF ! enfin un des 3 grands "joueurs" des affaires de la nation ose dire les choses telles quelles, ose enfin appeler les choses ET les hommes par leur noms ! BRAVO, c'est pt't un tres bon debut que ns esperions tous: NE PLUS CACHER LA VERITE ! ps. surement la verite telle qu'enoncee par N Berry deplait a certains mais c pas grave, c la vie ! NB. quant aux souhaits de taymour fils de walid, on s'en balance, puisqu'on a compris depuis toujours le role de walid dans ce mic mac

    Gaby SIOUFI

    17 h 13, le 16 juin 2021

  • Tiens nous, on vous refuse tout les trois dans le nouveau visage de la politique libanaise. L'un n' a pas su se faire une place dans la politique et a fait de nombreuses concessions à tort. L'autre est l'as de la corruption étatique et de détournement des lois, etc. et le dernier qui en tant que président a très peu de fonctions réellement (comparé au poste de premier ministre ou chef de parlement). Bref, jouez les garants de la stabilité du Liban pour vos propres intérêts est écœurant. Sachez que vous ne serez pas les solutions à long terme car les pays externes ne vont pas garder les sources de cette crise

    Alors...

    16 h 37, le 16 juin 2021

  • Du nerf et un peu de résistance L’OLJ on ne défend pas son pays en se cloîtrant derrière le politiquement correct avec des politiciens et des politiques aussi irrespectueux que nuls.

    Sissi zayyat

    15 h 43, le 16 juin 2021

  • LA MAFIA SE PROMÈNE ENCORE DANS LES RUES À VISAGE DÉCOUVERT AVEC LEURS GARDES DE CORPS. MAIS POUR COMBIEN DE TEMPS ENCORE ?

    Gebran Eid

    15 h 39, le 16 juin 2021

  • Il faudrait un référendum sur l’integration du Liban en tant que dom Tom français. Sûrement qu’il y aurait plébiscite ! Dans 100 ans on remettra la question de l’indépendance sur le tapis. Pour l’instant le pays est ingouvernable et les libanais incapables de gérer quoi que ce soit en commun, avec des petits cheffaillions de quartier qui s’agitent dans tous les sens , entourés d’une milice qui fait la loi. Il leur faut une vraie autorité qui remette chacun à la place qui lui revient…. Tous au plus maire ou préfet !

    LeRougeEtLeNoir

    15 h 13, le 16 juin 2021

  • Depuis des mois, il fallait cette position claire. Continuer, et voter pour juger ce président, qui lit et applique sa constitution, est un devoir national, très en retard après la destruction du pays.

    Esber

    14 h 48, le 16 juin 2021

  • Mabrouk au peuple qui voulait le changement en octobre 2019 . mais qui depuis a été malheureusement , pris à l'usure . Berri le ''père /parrain politique de Hariri '', et lui -mème , depuis plus de 30 ans à la tête du législatif et Hariri son allié le serait du coup éternellement aussi comme il semble . Seule la Présidence de la République serait ainsi changée . Ben ne nous leurrons pas , changeons /alignons le système politique à ces pratiques . Et de grâce , oublions le CPL et Aoun pour une fois .

    Lecteurs OLJ 2 / BLF

    14 h 12, le 16 juin 2021

  • Mais le CPL se fout totalement que le pays se désintègre ou pas. Rappelez vous les blocages successifs lors de la formation de précédents gouvernements avec la fameuse phrase pour les beaux yeux du gendre. Et ensuite le blocage de l’élection présidentielle : c’est moi ou personne. Le gendre suit la même voix car dans ses fantasmes avoués, il rêve d’être le prochain président peu importe si c’est sur un tas de ruines

    Censuré par l’OLJ

    13 h 47, le 16 juin 2021

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