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Politique - Focus

L’idée d’un « gouvernement d’élections » commence à faire son chemin

Le cabinet pourrait voir le jour à l’automne et aurait pour unique tâche de superviser les prochaines législatives.

L’idée d’un « gouvernement d’élections » commence à faire son chemin

Le président du Parlement libanais, Nabih Berry (d.), le 21 mai 2021 au palais de l’Unesco. Photo Hassan Ibrahim/Parlement libanais

Pas d’essence, pas de médicaments, pas de dollars et… toujours pas de gouvernement. La situation a beau se dégrader à vitesse grand V depuis quelques jours, cela ne semble avoir aucun effet sur les tractations politiques en cours en vue de former un nouveau cabinet.

Le Premier ministre désigné Saad Hariri n’est pas pressé de prendre le taureau par les cornes. Il sait qu’il devrait gérer la question de la levée des subventions et assumer la responsabilité politique qui en découle. « Il est évident que cela risque d’affecter sa popularité », dit un proche du chef du courant du Futur. De l’autre côté de l’échiquier, le chef du Courant patriotique libre (CPL), Gebran Bassil, essaie de pousser Saad Hariri dans ses derniers retranchements. Il lui a fait une nouvelle offre, assurant qu’il était prêt à soumettre une proposition de loi au Parlement pour trancher la question des subventions s’il obtient en contrepartie tout ce qu’il souhaite au sein du nouveau gouvernement. Un « Donne-moi les clés et je paye l’assurance », en somme. « Hariri pense que c’est un nouveau piège », dit la source précitée.

En résumé : non seulement l’impasse est totale pour former le gouvernement, mais tous les acteurs politiques ont en plus conscience que même si cette étape est franchie, il sera impossible au nouveau cabinet de mettre en œuvre les réformes attendues par la communauté internationale. C’est dans ce contexte que l’idée d’un gouvernement dont la principale mission serait de préparer les prochaines élections législatives prend de l’ampleur. « Même si un cabinet est formé, Hariri ne pourra pas mener de réformes économiques ni organiser des législatives anticipées en raison de l’opposition du Hezbollah », dit le proche du Premier ministre désigné. « Autant faire un gouvernement sans Hariri pour superviser les élections », affirme de son côté un responsable au sein du CPL.

Plusieurs noms circulent

Même les Français se seraient convertis à ce scénario. Constatant l’échec de leur plan A – un gouvernement réformiste –, ils misent désormais tout sur les prochaines élections espérant que celles-ci favorisent l’émergence d’une nouvelle classe politique. « Toutes les grandes chancelleries ont les yeux tournés vers cette échéance », confirme un diplomate occidental, sous couvert d’anonymat. « Ce sera au gouvernement qui en résultera d’entreprendre les grandes réformes », ajoute-t-il. Du côté des pays arabes, ceux qui soutiennent Saad Hariri, à savoir l’Égypte et les Émirats arabes unis, l’encouragent à ne rien céder pour arriver aux élections dans une position plus confortable. Ceux qui, au contraire, espèrent le voir disparaître de la scène politique, à l’instar de l’Arabie saoudite, misent aussi sur les élections pour changer la donne et faire émerger de nouvelles forces. Même le bras de fer entre Michel Aoun et Saad Hariri se déroule désormais dans cette perspective, chacun voulant se positionner comme le champion de son camp afin de renforcer sa popularité.

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Dans ce contexte, le gouvernement « transitoire » devrait être présidé par une personnalité qui ne se présenterait pas aux prochaines élections. Face à ces calculs, de nombreuses personnalités ont commencé à se préparer à briguer le poste. Gebran Bassil, qui tente depuis des semaines de se rapprocher de l’Arabie saoudite pour écarter Saad Hariri, a déjà proposé plusieurs noms. Selon un diplomate arabe de haut rang, il a demandé à l’ambassadeur du Liban à Paris, Rami Adwan, dont il est très proche, de tenir une réunion avec l’ambassadeur saoudien dans la capitale française pour discuter de la possibilité de conclure un accord sur une personnalité qui prendrait la tête du gouvernement transitoire. Le nom de Jamal Kebbi, fonctionnaire de la Banque mondiale, a été suggéré. « Mais l’Arabie saoudite n’a donné aucune réponse », dit le diplomate précité. Si les partis ne semblent pas pressés de mettre en place ce cabinet spécial, qui pourrait voir le jour à l’automne, soit à quelques mois du scrutin prévu en mai 2022, la loterie des noms est déjà ouverte donc. Outre le nom de M. Kebbi, circule celui de l’ancien Premier ministre Nagib Mikati. Dans son entourage, on dément la rumeur et l’on assure qu’il est de toute façon trop tôt pour l’évoquer. Un autre nom qui a circulé est celui de l’ancien Premier ministre Tammam Salam, qui ne souhaite pas se présenter aux élections législatives à Beyrouth. Bien sûr, M. Salam ne voudrait pas diriger un gouvernement dans ces circonstances, selon ses dires, surtout sous le mandat de Michel Aoun. « Il pourrait y consentir s’il y a un consensus », nuance toutefois un responsable politique introduit dans ces milieux. « Personne ne lui a officiellement proposé pour l’instant », tempère un proche de M. Salam. Autre nom suggéré : celui de l’ancien ministre de l’Intérieur, Nouhad Machnouk, qui œuvre à la création d’un mouvement populaire indépendant du courant du Futur et qui a supervisé les précédentes élections. Il y a également l’option de l’actuel ministre de l’Intérieur, Mohammad Fahmi, capable lui aussi de superviser les élections, d’autant plus qu’il entretient de bonnes relations avec le président de la République et le Hezbollah, qui s’est rapproché du courant du Futur, et compte tenu du fait qu’il a été chargé de gérer de nombreux dossiers de sécurité avec l’Arabie saoudite et les pays du Golfe. Gebran Bassil, de son côté, est déterminé à trouver un remplaçant au Premier ministre désigné. Au cours de ces derniers jours, il a enchaîné les rencontres avec des personnalités sunnites : Fouad Makhzoumi, Fayçal Karamé, Jawad Adra et Abdel Rahman Bizri. Tout, dans son optique, plutôt que Saad Hariri.


Pas d’essence, pas de médicaments, pas de dollars et… toujours pas de gouvernement. La situation a beau se dégrader à vitesse grand V depuis quelques jours, cela ne semble avoir aucun effet sur les tractations politiques en cours en vue de former un nouveau cabinet. Le Premier ministre désigné Saad Hariri n’est pas pressé de prendre le taureau par les cornes. Il sait qu’il devrait...

commentaires (12)

Ils nous avaient promis un "Liban fort"...nous avons reçu beaucoup plus efficace= une double dictature maronite et chiite ! - Irène Saïd

Irene Said

08 h 09, le 13 juin 2021

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Commentaires (12)

  • Ils nous avaient promis un "Liban fort"...nous avons reçu beaucoup plus efficace= une double dictature maronite et chiite ! - Irène Saïd

    Irene Said

    08 h 09, le 13 juin 2021

  • Il faut demander la bénédiction du parti de Dieu ???

    Eleni Caridopoulou

    00 h 11, le 13 juin 2021

  • Egale a lui-même Mounir Rabih nous donne un éclairage total sur la situation actuelle du Liban, je dirai même qu’il fait le POINT DU JOUR ?à chaque analyse, lecture parfaite et bien expliquée. Tant que le duo Aoun/Bassil seront la clé de voûte de l’édifice de la République Libanaise, il n’y a rien à espérer de positif pour l’avenir du Pays. Ce sont des destructeurs ** moi ou le déluge a-t-il dit ** nous l’avons eu lui le déluge le gendre la gabegie et la famine. L’option totale pour une catastrophe annoncée. Le plus inquiétant est qu’ils veulent nous imposer six années de plus de calvaire soumissions famine faillites et tutti quanti...NON merci comme disait l’autre, nous avons déjà donné, trop donné, allez voir en Iran ou ailleurs si nous y sommes !

    Le Point du Jour.

    15 h 44, le 12 juin 2021

  • Espérons que Dieu fasse un miracle tant attendu.

    Esber

    15 h 12, le 12 juin 2021

  • Aucun journaliste pour enquêter sérieusement sur les motivations du trio maléfique en exigeant des interviews avec des questions pertinentes comme c’est l’habitude en Occident ? Quitte à dénoncer et humilier ceux qui refusent de s’exprimer ? Où sont les journalistes qui se respectent ? Y’en à marre des journalistes de salons ! Personne pour enquêter sérieusement ? Le niveau des soi -disants journalistes est alarmant parce j’ai le sentiment que personne n’a le courage de confronter les prédateurs et pourtant il faut forcément s’y mettre .

    Wow

    14 h 08, le 12 juin 2021

  • Il s'agit maintenant de penser aux prochaines élections qui, inévitablement, reproduiront le schéma actuel .. a savoir un gouvernement réservé à une certaine " élite " qui s'octroiera a partir de la tambouille habituelle, tous les pouvoirs du fait que l'électeur Libanais n'est pas près de s'affranchir des chefs de tribu qui bénéficient d'une hérédité qui leur confèrent un prestige social important, ce qui leur permet de transmettre, uniquement par filiation, les clés d'un pouvoir qu'ils ne sauraient partager, ce que l'on pourrait assimiler a une forme de dictature, toute opposition étant bannie par le contrôle totalitaire de toutes ses instances. La Syrie " soeur" possède un dictateur, nous avons le privilège d'en posséder plusieurs...

    C…

    13 h 12, le 12 juin 2021

  • C'EST UNE BLAGUE ??????????????????????????????????????????????????????????????

    Cabbabe Nayla

    12 h 05, le 12 juin 2021

  • Gebran b déterminé à trouver un remplaçant a Hariri, il enchaîne les rencontres avec des personnalités sunnites,Makhzoumi, Karamé, Adra, Bizri. et on se demande comment aoun & son pti gendre ont encore a ce jour haut la main sur l'evolution de la destruction du liban: l'attrait du tabouret du sérail est aussi allechant que celui de baabda.

    Gaby SIOUFI

    11 h 34, le 12 juin 2021

  • On se demande qui insuffle les nouvelles propositions au gendron qui se croit malin et revient à la charge avec toujours des solutions qui ne font qu’aggraver le problème se prenant pour le seul décideur qui vaille dans ce pays. Allez on devrait procéder par priorité et la plus plus urgente qui s’impose est celle de traduire ce président qui a trahi son serment comme ça on n’entend plus parler de son son vice-président improvisé et la boucle sera bouclée.

    Sissi zayyat

    11 h 32, le 12 juin 2021

  • AH LA BLAGUE. LE NOUVEAU LAPIN . L'INUTILE PAS SERIEUSE INITIATIVE CREEE DE TOUTES PIECES SANS AUCUNE CHANCE DE REUSSITE

    Gaby SIOUFI

    11 h 01, le 12 juin 2021

  • Donc, ce sont encore et toujours les mêmes traîtres avec titres, criminels et corrompus qui veulent continuer leur "business" personnel, ingnorant l'enfer que vit le peuple au quotidien à cause d'eux, dont les noms sont cités dans cet article. Ils ont été incapables depuis des années de nous fournir les prestations normales d'un gouvernement: éléctricité, élimination des déchets ménagers, eau etc., mais ils ont l'indécence de continuer de prétendre à ceci ou cela. Notre Liban est devenu la risée du monde entier, déshonoré par ces soi-disant politiciens responsables !!! - Irène Saïd

    Irene Said

    09 h 20, le 12 juin 2021

  • Ainsi donc, il faudrait attendre les élections de mai prochain pour voir former enfin (combien de mois plus tard?) un gouvernement capable d'entreprendre des réformes, lesquelles permettront, si Dieu veut, de lancer le Liban sur la longue (combien longue?) voie du rétablissement! D'ici là, combien de libanais auront quitté le pays? Combien seront morts de faim ou faute de soins? Envisager de sang-froid un pareil scénario me semble véritablement criminel.

    Yves Prevost

    07 h 32, le 12 juin 2021

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