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Lifestyle - Biennale d’architecture de Venise 2021

La scénographie du Pavillon libanais dévoilée au grand public

L’installation « A roof for silence » de l’architecte et curatrice Hala Wardé frôle l’œuvre d’art.

La scénographie du Pavillon libanais dévoilée au grand public

Extrait du film d’Alain Fleischer, « Les oliviers, piliers du temps, » 2020, dans le cadre de l’installation « A Roof for silence », du Pavillon libanais conçu par Hala Wardé pour la 17e Biennale d’architecture de Venise. © HW Architecture/Photo Alain Fleischer

C’est dans la nef secrète des Magazzini del Sale (magasins de sel), un complexe de style gothique construit au XVe siècle, aux Zattere, en marge des Giardini et de l’Arsenale, qui abritent la Biennale d’architecture de Venise, qu’a été inauguré vendredi dernier le Pavillon libanais, réalisé par l’architecte et curatrice franco-libanaise Hala Wardé. Cette cérémonie officielle s’est déroulée en présence d’une centaine de personnalités du monde de l’art et de l’architecture, ainsi que d’institutionnels dont la ministre de la Culture des Émirats arabes unis Noura al-Kaabi, le président de l’Institut du monde arabe, Jack Lang, l’ambassadeur du Liban en France, Rami Adwan, l’ancienne directrice exécutive de la Biennale Manuela Luca Dazio et, bien sûr, le commissaire général de cette 17e édition de la Biennale, l’architecte libanais Hashim Sarkis. Pour la première fois dans son histoire, la participation libanaise à la Biennale a été initiée sur la base d’un concours national organisé conjointement par le ministère de la Culture et l’ordre des ingénieurs et architectes libanais. Le 16 octobre 2019, parmi 32 projets présentés, celui conçu par Hala Wardé a été sélectionné pour représenter le pavillon libanais. « Merci d’avoir fait en sorte que ce pavillon existe. Vous avez travaillé très dur pour amener le Liban à Venise, en dépit de toutes les difficultés. Le fait même de réaliser cela et de montrer au monde la beauté et le talent qui peuvent émaner de Beyrouth, malgré tout, est en soi un acte de poésie. Merci pour cela », a déclaré Hashim Sarkis lors de la cérémonie.

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À la question « How will we live together ? » (comment vivrons-nous ensemble ?) posée par Hashim Sarkis, Hala Wardé répond par... le silence. « Il est à mon sens une condition pour s’entendre ou vivre avec l’autre, la pandémie nous l’a d’ailleurs durement rappelé. J’ai donc imaginé des formes qui génèrent des lieux de silence et de recueillement », précise-t-elle.

La symbolique de l’olivier

A roof for silence (Un toit pour le silence) offre une installation « révélationnaire », selon la formule du célèbre penseur et urbaniste Paul Virilio. Elle s’articule autour des notions du vide et du silence, et fait dialoguer architecture, peinture, musique, poésie, vidéo et photographie, créant un univers sensible et émotionnel. Le résultat est une captivante partition dont les blancs et les silences happent le visiteur. Le projet s’appuie sur un ensemble de seize oliviers millénaires du Liban. Figures tutélaires du Pavillon libanais, ces arbres légendaires, dont les creux abritent la vie de différentes espèces, deviennent des lieux de recueillement ou de rassemblement. « Nous avons ancré ce projet dans la nécessité du vide et la vie qui peut l’habiter comme un silence », avance Hala Wardé, avant de nous détailler l’installation à laquelle ont collaboré la poétesse et artiste libano-américaine Etel Adnan, le photographe et cofondateur de la Fondation Arab Image Fouad Elkoury, le cinéaste Alain Fleischer, les artistes sonores de Soundwalk Collective et le souffleur de verre Jeremy Maxwell Wintrebert.

Une vue de l’installation « A roof for silence » de l’architecte et curatrice Hala Wardé à la 17e Biennale d’architecture de Venise. © HW Architecture/Photo Alain Fleischer

Les temps forts

L’œuvre a été conçue à partir d’un poème-en-peinture d’Etel Adnan, et des tableaux Antiformes de Paul Virilio, une « exploration de l’espace et de la matière absente qui exprime ces notions d’entre-deux, de vide et du plein ». Ces huiles sur toile empruntées au Centre Pompidou sont mises en regard avec les relevés photogrammétriques des arbres millénaires. Les oliviers de Bchaaleh, seize magnifiques tirages photographiques en noir et blanc signés Fouad Elkoury portent « le témoignage de la rencontre entre le passé et le présent ».

Une traînée de verre au sol accompagne ce chemin vers le silence. Des métamorphoses de formes fractales, créées en collaboration avec le souffleur Jeremy Maxwell Wintrebert. « De l’empreinte de la déflagration du 4 août 2020 à la photogrammétrie d’un arbre, en passant par l’antiforme, elle se matérialise en une pièce architecturale centrale et essentielle : un toit pour le silence », explique Hala Wardé.

Le visiteur plonge ensuite dans une captivante projection en triptyque. Les oliviers, piliers du temps, filmés dans l’obscurité de la nuit par Alain Fleischer, offrent une expérience sensible du vide et de la lumière. Ce film est accompagné d’une composition sonore envoûtante, intitulée Falling into time, de Soundwalk Collective.

Pour mémoire

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Enfin l’installation trouve sa clef de voûte dans une pièce centrale, lieu ultime de l’expérience, conçue autour de l’œuvre d’Etel Adnan, Olivéa : hommage à la déesse de l’olivier. Ces peintures réalisées par l’artiste forment un cycle et sont indissociables les unes des autres. Elles sont installées dans un petit bâtiment, protégé par un toit et baigné de lumière. « Cette rotonde abritant l’œuvre d’Etel Adnan est conçue dans la logique cyclique de son poème-en-peinture et en couleurs », indique Hala Wardé. L’artiste y représente le sentiment que lui a inspiré cet arbre légendaire qui a accompagné les civilisations méditerranéennes. Ce bâtiment, de forme à la fois circulaire et octogonale, est couronné d’un toit semi-sphérique. Le revêtement extérieur est composé de différents verres texturés, alors que l’intérieur, comme une tente, est habillé de plusieurs couches textiles. « Le vide existe par ce qui l’entoure. Quant à la lumière, elle est au cœur de toute architecture », dit Hala Wardé.

Projet miraculé

La performance réalisée pour la Biennale de Venise s’avère d’autant plus remarquable que la crise financière libanaise et les conséquences de la catastrophe du 4 août 2020 auraient pu lui porter un coup fatal. C’est « l’aboutissement d’un long parcours, marqué par le paradoxe et l’incertitude. Au point que je peux dire, sans rien exagérer, que c’est un véritable miracle que nous soyons arrivés là où nous nous trouvons aujourd’hui. Il a fallu l’incroyable énergie de Hala Wardé et son obstination à continuer envers et contre tout pour que l’on voie aujourd’hui aboutir un projet auquel peu de monde croyait encore », avait souligné Jad Tabet, président de l’ordre des ingénieurs et architectes et commissaire du Pavillon libanais, lors d’une conférence de presse en mars dernier.

« Projet miraculé, il puise son énergie dans la culture, patrimoine immatériel et indestructible, comme dans les oliviers millénaires de Bchaaleh, qui ont dépassé l’âge de leur propre mort, et qui abritent au creux de leurs énormes troncs la possibilité de vivre ensemble et de rêver, en revendiquant le droit au silence », observe Hala Wardé.

Une traînée de verre au sol accompagne ce chemin vers le silence qu’est l’installation « A roof for silence » de l’architecte et curatrice Hala Wardé à la 17e Biennale d’architecture de Venise. © HW Architecture/Photo Alain Fleischer

Tribune, disque et publication

Après la Biennale, A roof for silence poursuivra son itinérance culturelle dans différentes villes du monde. En première étape, il fera l’objet d’une exposition temporaire au musée national de Beyrouth, à l’occasion de l’inauguration de sa nouvelle aile construite par la Fondation nationale du patrimoine pour la promotion du patrimoine architectural et artistique. Il fera également une halte à l’Abbaye de Jumièges (dans le département de la Seine-Maritime), et au palais de Tokyo à Paris. La création musicale de Soundwalk Collective est enregistrée dans un vinyl 33 tours (artist edition LP), publié par The Vinyl Factory qui sera vendu en ligne. De même la publication d’un livre A roof for silence est prévue pour juin. L’ouvrage, qui sera disponible en version bilingue, française et anglaise, raconte l’histoire du Pavillon libanais et explique les intentions et concepts à l’origine de l’organisation spatiale de l’exposition.

Le projet revêt par ailleurs une dimension sociale et patrimoniale. Des initiatives et campagnes de mobilisation seront organisées durant les six mois de la Biennale pour sensibiliser l’opinion et la communauté internationale des experts et des architectes, autour de la réhabilitation du patrimoine architectural et culturel endommagé de la ville de Beyrouth. Le Pavillon libanais offre ainsi une tribune à la Beirut Heritage Initiative (BHI), structure indépendante et inclusive œuvrant à fédérer les compétences et initiatives pour réhabiliter les quartiers détruits par l’explosion du port de Beyrouth le 4 août 2020. Pour que le silence et le recueillement cèdent à nouveau la place au dialogue.

Carte de visite

Née à Beyrouth, Hala Wardé a suivi une formation d’architecte à l’École spéciale d’architecture de Paris où elle a étudié avec Paul Virilio, Bernard Tschumi et Jean Nouvel, avec qui elle a travaillé pendant plus de 20 ans. En 2008, elle crée son agence HW Architecture et poursuit sa collaboration avec les Ateliers Jean Nouvel dans le cadre d’un partenariat privilégié. Hala Wardé était en charge du projet de bureau et de vente au détail One New Change à Londres, livré en 2010, et du musée emblématique du Louvre Abou Dhabi qu’elle a dirigé depuis sa création en 2006 jusqu’à sa livraison en 2017. En 2016, elle remporte le concours d’architecture pour le BeMA (Beirut Museum of Art), futur musée emblématique de la capitale libanaise. En 2018, son atelier a été sélectionné pour concevoir « Le Mirabeau » dans le quartier maritime de Marseille, actuellement en construction. En 2019, elle remporte avec Jean Nouvel le concours du complexe Sharaan situé à proximité du site historique d’al-Ula en Arabie saoudite. En parallèle, Hala Wardé collabore régulièrement avec des artistes, pour des interventions in situ en relation avec les environnements bâtis, comme Giuseppe Penone, Nan Goldin ou Etel Adnan.


C’est dans la nef secrète des Magazzini del Sale (magasins de sel), un complexe de style gothique construit au XVe siècle, aux Zattere, en marge des Giardini et de l’Arsenale, qui abritent la Biennale d’architecture de Venise, qu’a été inauguré vendredi dernier le Pavillon libanais, réalisé par l’architecte et curatrice franco-libanaise Hala Wardé. Cette cérémonie officielle...

commentaires (2)

excellent article May la presentation de Hala est émouvante . c'était un honneur d'etre sur place.

Naila Kettaneh-kunigk

09 h 58, le 25 mai 2021

Tous les commentaires

Commentaires (2)

  • excellent article May la presentation de Hala est émouvante . c'était un honneur d'etre sur place.

    Naila Kettaneh-kunigk

    09 h 58, le 25 mai 2021

  • Très éloquent et très beau, merci Hala Wardeh .

    Je partage mon avis

    07 h 30, le 25 mai 2021

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