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Société - Coronavirus

Maintenir le confinement pour éviter le pire

« Si les mesures de fermeture se poursuivent, une réduction des contaminations pourrait être perceptible dès le début de la semaine prochaine », espère le docteur Firas Abiad, alors que des manifestations contre le bouclage ont éclaté en soirée, notamment à Tripoli.

Maintenir le confinement pour éviter le pire

Un groupe de contestataires hier à la place Élia à Saïda. Photo Mountasser Abdallah

« La fatigue générale du confinement est notoire (…). Malgré cette fatigue, un assouplissement prématuré des mesures entraînerait la perte de tout bénéfice réalisé (…). » C’est par ce tweet que Firas Abiad, directeur de l’hôpital gouvernemental universitaire Rafic Hariri, a mis en garde hier, au premier jour du prolongement du confinement imposé jusqu’au 8 février, contre une nouvelle hausse des contaminations au Covid-19 que pourraient produire les violations des consignes de fermeture et l’indulgence des responsables à l’égard de ces infractions.

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Après plus de dix jours de confinement (décrété le 14 janvier), le défi est double, affirme le Dr Abiad à L’Orient-Le Jour : les responsables doivent continuer à imposer de manière drastique les mesures mises en place, et la population doit parvenir à maintenir le cap. « Ne nous pressons pas d’abandonner, alors que nous avons déjà parcouru une bonne distance pour arriver à des résultats acceptables », prône le spécialiste, appelant autant les autorités que les Libanais à « poursuivre leurs efforts » pour éviter une montée en flèche de la courbe d’évolution de la pandémie. Tout en reconnaissant « la gravité de la situation économique qui met en colère, à juste titre, une grande partie de la population », il exhorte l’État à « ne pas céder aux pressions des acteurs économiques, comme il l’avait fait à l’occasion des fêtes de fin d’année ». « Si le gouvernement cède en augmentant les exemptions ou en ordonnant la réouverture, on s’orienterait vers une flambée du nombre de contaminations et de décès qui serait difficile à contenir », met-il en garde, estimant au contraire que « si les mesures de fermeture se poursuivent, une réduction des contaminations serait perceptible dès le début de la semaine prochaine ».

Tripoli se rebelle

Si le confinement a dans l’ensemble été assez bien respecté jusqu’à présent, une flambée de violence s’est produite hier soir à Tripoli, où des affrontements ont opposé des manifestants protestant contre le bouclage et la détérioration de leur situation économique aux forces de sécurité. Sur la place al-Nour, haut lieu de la révolte populaire du 17 octobre 2019, les forces de l’ordre ont lancé des grenades lacrymogènes pour disperser les manifestants, alors que d’autres heurts avec la police ont été signalés dans des quartiers intérieurs de Tripoli. Auparavant, une poignée de protestataires venus de Tripoli s’étaient dirigés vers Beyrouth, où ils ont manifesté sur le Ring, mettant le feu à des bennes à ordures, à coups de slogans antipouvoir. Des routes ont également été bloquées.À Saïda également, un petit groupe de manifestants s’est rassemblé sur la place Élia pour protester contre le bouclage, et l’autoroute du Sud s’est vue bloquée au niveau de Barja par des protestataires en soirée.

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Mais le confinement est dans l’ensemble respecté à 95 %, selon une source municipale de la ville, citée par notre correspondant Mountasser Abdallah, qui note que « les magasins sont fermés dans les rues principales et même dans les rues intérieures ». Selon lui, les forces de l’ordre sont déployées notamment sur les ronds-points pour verbaliser les contrevenants. Dans la Békaa – où des troubles ont également été signalés hier soir – le confinement est mieux respecté que lors des fermetures précédentes, affirme notre correspondante Sarah Abdallah, constatant toutefois que « les gens empruntent des routes secondaires pour ne pas être repérés par les barrages des forces de l’ordre ».

Les manifestants sur le Ring, hier soir, à Beyrouth. Photo Hussam Chbaro

Ruses

D’ailleurs, à travers tout le pays, les ruses sont fréquentes pour contourner les règles. Pour voir la famille ou des amis, on inscrit sur les formulaires d’autorisation de déplacement qu’on veut aller à la pharmacie ou chez le médecin. Afin de passer une journée en montagne, on demande une dérogation pour se rendre à sa résidence secondaire. La chaîne LBCI a même rapporté l’existence d’un groupe WhatsApp, dont les membres échangent des indications pour éviter les barrages des forces sécuritaires.

Alors que les responsables sont censés donner l’exemple, au Akkar, le ministre sortant de l’Agriculture et de la Culture, Abbas Mortada, a assisté dimanche aux funérailles d’un habitant au milieu d’une foule dense qui se pressait sans distanciation physique. Interrogé par la chaîne al-Jadeed sur la raison pour laquelle il n’a pas obtempéré aux consignes de confinement, M. Mortada a argué qu’il se trouvait dans la région pour exprimer sa solidarité aux agriculteurs dont les cultures avaient subi de graves dégâts lors de la dernière tempête.

Mourir de Covid-19 ou de faim

Joseph Moussallem, chef du département des relations publiques des FSI, affirme à L’OLJ que le taux moyen du respect du confinement s’élève à 90 %, assurant que l’institution poursuit sa mission « avec fermeté ». « Nos patrouilles œuvrent en permanence sur le territoire. En onze jours de confinement, environ 11 000 procès-verbaux ont été dressés », indique-t-il. « Les FSI vont continuer à faire respecter les règles en ayant à l’esprit la protection de la population », ajoute l’officier. Évoquant les attestations de déplacement dérogatoire, il affirme que des efforts sont fournis pour les rendre plus performantes. « Les failles qui les entachent sont dues au fait qu’elles ont été mises en place en seulement quelques jours », rappelle-t-il. Et de détailler : « Au départ, ceux qui voulaient se rendre dans leurs résidences secondaires disposaient d’un délai allant jusqu’à minuit. Les dérogations sont à présent livrées pour une durée de 3 heures. » Relevant que « les gens ont un désir d’évasion accru par la morosité de la situation », M. Moussallem souligne que les réfractaires se situent essentiellement dans les quartiers pauvres, notamment à Tripoli, où « les habitations sont si exiguës que leurs habitants sont forcés d’en sortir ». « Ils cherchent en outre à gagner leur pain, sachant qu’ils n’ont pas de ressources lorsqu’ils ne travaillent pas », note-t-il, avant d’ajouter : « Il est souhaitable que toutes les familles pauvres reçoivent chacune les aides alimentaires mensuelles de 400 000 LL prévues dans le plan d’aide aux plus démunis. »

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À ce sujet, l’ancien ministre Achraf Rifi, joint par L’OLJ, dénonce l’insuffisance des aides en nature attribuées par l’État. « Les aides ne suffisent pas à rassasier une famille de quatre personnes pendant plus de dix jours », déplore-t-il, déplorant leur « irrégularité ». « Certaines familles ne les reçoivent que tous les deux ou trois mois. » Il propose l’alternative d’offrir « des aides mensuelles de 300 dollars en espèces à 550 000 familles, parmi lesquelles 23 % sont en état d’extrême pauvreté ». À la question de savoir comment ces fonds pourraient être pourvus au vu du manque de moyens financiers de l’État, M. Rifi estime que « de telles aides coûteraient moins cher que la subvention des carburants et le gaspillage de l’électricité, lesquels profitent à la contrebande et à la corruption ». « Si un minimum n’est pas fourni aux plus pauvres, ceux-ci continueront à braver le confinement, préférant mourir du Covid-19 plutôt que de faim », lâche-t-il.


« La fatigue générale du confinement est notoire (…). Malgré cette fatigue, un assouplissement prématuré des mesures entraînerait la perte de tout bénéfice réalisé (…). » C’est par ce tweet que Firas Abiad, directeur de l’hôpital gouvernemental universitaire Rafic Hariri, a mis en garde hier, au premier jour du prolongement du confinement imposé jusqu’au 8...

commentaires (3)

Ces mêmes libanais tout affamés qu’ils sont descendent dans  la rue dès que l’un de leurs zaims est en difficulté pour le soutenir alors qu’aucun n’en a cure de leur malheur ni de leur quotidien. Comment expliquer ce phénomène?

Sissi zayyat

13 h 06, le 26 janvier 2021

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Commentaires (3)

  • Ces mêmes libanais tout affamés qu’ils sont descendent dans  la rue dès que l’un de leurs zaims est en difficulté pour le soutenir alors qu’aucun n’en a cure de leur malheur ni de leur quotidien. Comment expliquer ce phénomène?

    Sissi zayyat

    13 h 06, le 26 janvier 2021

  • Oui, et? Les futurs morts de faim, suicidés, prostitués on en fait quoi????

    Je partage mon avis

    11 h 02, le 26 janvier 2021

  • "« Certaines familles ne les reçoivent (les aides s'Etat) que tous les deux ou trois mois. ». Cela signifie qu'entre temps, quelqu'un a empoché l'argent! On comprend que les gens préfèrent mourir du covid plutôt que de faim car le covid est un risque alors que la faim est une certitude.

    Yves Prevost

    07 h 06, le 26 janvier 2021

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