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Portrait d’artiste

Elias Elias, les textes d’abord

L’auteur-compositeur libano-canadien Elias Maroun lance son premier album, personnel et intime, le 27 novembre, sur toutes les plateformes numériques.


Elias Elias, les textes d’abord

Elias Maroun : sa musique est son outil de résistance. Photo Sandra Fayad

Il y a dans l’allure et le parcours d’Elias Maroun un rappel de L’Homme qui marche d’Alberto Giacometti. Est-ce une coïncidence que le cabinet d’architecture fondé par son père, avec lequel il collabore, porte leurs initiales pour former le logo « JEMarch » ? Elias Maroun a la silhouette longiligne et indolente, le dos légèrement courbé mais un pas résolu, presque (?) entêté. Il a également l’esprit de cet homme qui arpente la terre car si, dans la sculpture de Giacometti, on retrouve toutes ces questions philosophiques, artistiques sur la condition humaine, dans la tête de l’artiste se mêlent, toutes époques confondues, ses références à la poésie de Baudelaire et de Musset, à la musique de Saez et Raphael et les paroles qu’il emprunte aux vies des philosophes comme Montaigne et Spinoza. Elias Maroun rappelle aussi les romantiques du XIXe siècle. Son travail s’articule autour d’une introspection personnelle souvent mélancolique, où il sonde les émotions pour traduire en mots et en musique les différents chapitres de sa vie qui s’accumulent en strates faisant de lui, tout simplement, Elias Elias, le nom d’artiste qu’il s’est choisi.

Chapitre premier

Né de parents artistes, dans une ambiance d’artistes, il ne pouvait échapper à cette voie musicale qu’il emprunte un jour, même s’il choisit de faire des études d’architecture à l’Académie libanaise des beaux-arts (ALBA). Enfant, il bricole, fait des dessins, invente même des personnages, « je vivais déjà dans ma bulle », dit-il. Il a six ans quand, avec sa famille, il part au Canada. De retour au Liban à l’âge de 13 ans, il apprend tout seul à jouer ses premiers accords en grattant la guitare de son père et en suivant les conseils de sa mère : « Une chanson, c’est d’abord un texte. » Plus tard, après ses études universitaires, il prendra des chemins de traverse, les plus durs, les plus abrupts, défrichant les clichés et dépoussiérant les stéréotypes, mais interrogeant toujours ses choix et se remettant en question. Intransigeant envers son travail et entêté, il cherche toujours le meilleur. Sa musique devient vite son outil de résistance. Découvreur infatigable, il sonde le terrain. C’est à 21 ans que sa vie prend un autre tournant. « Une maladie impudique », dira-t-il plus tard dans sa chanson, emporte sa maman prématurément. Désormais, ses yeux bleus profonds s’embuent d’une tristesse opaque, sa guitare pleure (« gently weeps ») comme celle de George Harrison, et le jeune homme verrouille à double tour les volets de son cœur. En 2009, il reprend sa guitare pour participer à une compétition organisée par Radio Liban, se retrouve parmi les dix finaliste, mais c’est Mashrou’ Leila qui remporte le concours. Le chanteur réalise qu’il n’y a pas de place au Liban pour la chanson française. « J’étais trop jeune pour comprendre comment l’industrie marchait. » Déçu, il arrête de composer pour se trouver un autre créneau. Pendant dix ans, il va aider la scène musicale libanaise à émerger et s’établir en créant d’abord une plateforme rythmée de compétitions de musique qui le mène, quelques années plus tard, à ouvrir sa propre salle de spectacle Beirut Open Space. « J’étais entouré, dit-il, de 500 personnes, de 80 groupes de musique, et je gérais 20 partenaires. » Pris d’un vertige « social », il se rendra compte plus tard qu’il était entré dans ce monde « pour combler un vide ». « Je faisais ce qui plaisait aux autres et j’ai fini par m’oublier moi-même. »

Chapitre II

Alors, Elias Maroun abandonne ses rêves musicaux et revient à l’architecture pour seconder son père. Une phase interrompue par la thaoura et puis par la pandémie du coronavirus. Sa propre révolution, il l’avait faite bien avant que les Libanais ne descendent dans la rue. « Une révolution culturelle, mais aussi personnelle. » « Connais-toi toi-même » avant d’avancer, telle pourrait être sa devise. Le confinement qui le contraint à rester à la maison est une opportunité pour cet artiste (qui ne vit pas cette situation comme une punition) pour rentrer en soi et découvrir l’essentiel. « Le tombeau » dans lequel il avait enfoui son âme solitaire s’ouvre de nouveau aux notes de musique, aux paroles, mais également aux images. « Je n’avais plus envie de perdre du temps, dit-il, mais au contraire, rattraper ce temps perdu, le saisir et en faire quelque chose », dit-il. Alors, Elias Maroun lit, voire dévore les livres. Il voit des films, le plus souvent ceux de la Nouvelle Vague, mais aussi de Wim Wenders ou de Stanley Kubrick dont il s’inspirera pour marier certaines scènes à sa musique, « rendant les textes plus imagés, plus accessibles ». Il devient ainsi monteur de clips et même acteur. Bien qu’assis devant ses multiples écrans ou en studio – celui de Carl Ferneiné –, Elias Maroun est un homme debout qui sait où il va. Ce nouvel album qu’il confectionne et auquel collaboreront des amis, comme Cheryl Ghostine qui lui prête sa voix sur certains titres, s’intitulera Face B, peut être la face la plus intime que le musicien ait dévoilée jusqu’à présent. Sa voix cassée porte l’empreinte des ruptures passées et dépassées. Il parle, avec un mélange de tendresse et de dérision, de ce temps qui passe, de la mort, des relations amoureuses, mais pose aussi un regard critique sur la société moderne. Elias Maroun les estampille de son vécu. Cet album, composé de six titres et qui a été précédé par deux clips et trois lyrics videos sur YouTube, est « un bout de mon âme ». Face B est l’album de ses retrouvailles… avec lui-même.

2009

« Asile de flux » est le premier morceau enregistré en studio et sélectionné parmi les 10 finalistes du Concours de musique actuelle lancé par Radio Liban.

2010

La maison rose. Elias Maroun organise des rassemblements hebdomadaires dans une maison traditionnelle libanaise, quatre mois avant sa démolition, comme acte de résistance contre la destruction incessante du patrimoine architectural libanais.

2011

Pasteur. Elias Maroun crée un espace expérimental afin d’organiser des événements éclectiques dont le défi principal était de fuir la frivolité des soirées populaires.

2012

« Is the real moment still present ? » Elias Maroun lance une compétition d’arts visuels remettant en question l’urgence et la vitesse des temps modernes.

2013

« Beirut Open Stage ». Elias Maroun fonde une plateforme d’expression artistique mise à la disposition de talents locaux qui veulent et doivent pouvoir s’exprimer.

2014-2015

MusicHall. Trois événements « complets » au MusicHall pour célébrer les talents locaux. Une première pour la scène musicale locale indépendante.

2017

Beirut Open Space. Elias Maroun ouvre sa propre salle de spectacle, et y organise plus de 150 concerts et événements socioculturels.

2019-2020

« Face B » est le premier chapitre de son nouveau projet musical personnel.


Il y a dans l’allure et le parcours d’Elias Maroun un rappel de L’Homme qui marche d’Alberto Giacometti. Est-ce une coïncidence que le cabinet d’architecture fondé par son père, avec lequel il collabore, porte leurs initiales pour former le logo « JEMarch » ? Elias Maroun a la silhouette longiligne et indolente, le dos légèrement courbé mais un pas résolu, presque...

commentaires (1)

Très bel article, qui nous fait découvrir par des mots subtils et attachants, la très belle personnalité de Élias Élias!

Christian Samman

15 h 28, le 26 novembre 2020

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Commentaires (1)

  • Très bel article, qui nous fait découvrir par des mots subtils et attachants, la très belle personnalité de Élias Élias!

    Christian Samman

    15 h 28, le 26 novembre 2020