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Musique

Cyrille et Cy (Najjar), à pile ou face

De l’architecture à la musique, avec un arrêt obligé sur le design « utile » et des « solutions intelligentes », Cyrille Najjar a plus d’une corde à sa guitare. À l’occasion de la sortie de son album « Be Your Own Hero », il revient, dans une rencontre virtuelle, sur son enfance, le Liban, ses inspirations, la paternité et le 4 août.

Cyrille et Cy (Najjar), à pile ou face

Cy Najjar, côté « face ». Photo Luke Nugent

Son CV est chargé : des études d’architecture à l’ALBA, de design industriel au Royal College of Art à Londres, de pédagogie d’enseignement à UAL pour finir avec l’entrepreneuriat à UCL et à Babson College. Un côté premier de la classe qu’il casse volontiers en troquant le costume de professeur et d’inventeur contre un jeans et une guitare. Cyrille contre Cy. La voix profonde, la présence imposante, Cyrille Najjar poursuit à l’international un parcours sans faute, qui a démarré fort avec une start-up, White Lab, fondée avec sa femme Ève et qui a permis au couple de concevoir un capteur électronique de pollution en temps réel, le premier dispositif du genre, qui permet la détection des pathogènes dans l’air. Baptisée Sensio Air, l’invention a valu au couple un prix de l’innovation CES (Consumer Electronics Show), dans la catégorie Tech for a Better World, à Las Vegas. Une application mobile gratuite a suivi, qui permet aux patients souffrant d’allergies et autres problèmes respiratoires de comprendre leurs symptômes et prévenir de futures crises. Avec force et une sensibilité sous-jacentes, Cyrille, pour ses collègues et ses élèves, Cy pour ses fans, revient sur son enfance, son côté pile, son côté face, à l’occasion de la sortie de son album Be Your Own Hero dont il est le compositeur, auteur et producteur. Neuf titres qui vacillent entre rock alternatif et pop, guitare acoustique et électrique, puisés dans son vécu.

Cyrille Najjar, côté « pile ». Photo Alex F.

Les souvenirs d’enfance ?

Le Liban a toujours été un pays qui m’attache et me recrache, une source de beaucoup de bonheur et autant de souffrance. J’ai commencé ma scolarité à Jamhour, mais en raison des bombardements, mes parents ont décidé de nous garder plus proches d’eux et nous ont inscrit au Lycée français de Achrafieh.

Dès mon enfance, le Liban a été le pays des abris et des nuits blanches passées à écouter les « départs-arrivées » des obus. Celui, aussi, des moments vécus avec les amis, où l’on jouait aux cartes sans se soucier de la guerre. Mon enfance a été accompagnée de l’odeur du béton humide et des sacs de sable, du son sourd des obus qui s’abattaient sur nos têtes. Nos parents ont le mérite de nous avoir fait vivre dans un monde illusoire, loin des horreurs de la guerre. J’ai grandi entre Beyrouth et Paris, et mes premiers souvenirs du centre-ville de Beyrouth ne datent que de mes 18 ans, âge où j’ai osé pour la première fois mettre les pieds dans ce « no man’s land ».

L’album de Cy Najjar, « Be your Own hero », qui vient de sortir.

La carrière ?

Au niveau professionnel, j’ai toujours eu deux casquettes : la première est celle de professeur. J’ai enseigné au Liban à l’ALBA et à la LAU, puis par la suite en Angleterre, à l’UCL à Londres et à Cambridge University. Actuellement je donne des séminaires à Start X, l’incubateur de Stanford University en Californie.

Ma seconde casquette est celle de designer industriel et de directeur d’entreprise. J’ai fondé plusieurs sociétés donc la plus récente est Sensio Air, une start-up qui continue de grandir. Aujourd’hui, nous commercialisons principalement au Japon, aux États-Unis et en Europe.

La musique ?

La musique a été la seule constante depuis mon enfance. Pour moi, elle a toujours été un moyen d’expression, aussi efficace que le dessin ou le design, qui me permet de partager beaucoup d’informations avec très peu d’efforts. Le design, l’architecture, la musique, c’est un peu pareil… Ils me permettent de donner forme et vie à une idée. C’est une intention qu’on habille : que ce soit avec des mots, de la musique ou bien des couleurs, des matériaux, des fonctions. L’algorithme de base est le même : un besoin, une architecture, une structure et un design. Cela fait 20 ans déjà que je conçois des produits et des espaces, et 25 ans que je fais de la musique, et l’un a toujours aidé l’autre. Au final, c’est la quête d’une expression entourée de grâce et de beauté, une recherche émotionnelle de la solution et de la communication qui font du « produit final » quelque chose de plaisant.

La naissance de cette aventure musicale ?

J’ai appris le piano jeune, puis la guitare que je piquais à l’insu de mon frère. À l’âge de 16 ans, j’ai démarré avec un groupe de musiciens qui m’ont demandé de jouer avec eux, et nous avons participé à quelques premiers concerts au Liban et dans des endroits comme l’Olivia Valère, le Peak Hall, et petit à petit un public s’est formé. Par la suite, nous nous sommes produits dans plusieurs lieux comme la place des Martyrs et la Marina Joseph Khoury. Une chose entraînant l’autre, je me suis rapidement retrouvé en studio à enregistrer des albums avec des labels. J’ai longtemps produit, écrit et mixé de nombreux albums et titres. J’ai commencé par des choses plus complexes et recherchées, et finalement le temps m’a montré qu’une chanson agréable, c’est lorsqu’on ne pouvait plus rien élaguer.

Avec ma vie professionnelle, la musique a rapidement perdu sa place dans mon emploi du temps, alors avec un peu de discipline et l’aide de ma femme, j’ai pu consacrer quelques heures, chaque week-end à écrire, composer, enregistrer et mixer. Finalement au bout de 18 mois, j’ai pu finaliser cet album grâce à des talents exceptionnels rencontrés à Nashville et Los Angeles, des musiciens d’exception qui ont bien voulu travailler sur ma musique et mes paroles. Et notamment Andy Galucki pour la voix et Caleb Gilbreath pour la batterie. L’album a été mixé à Chicago par moi-même et Matt Dougherty de Side Door studios.

L’inspiration pour cet album ?

C’est avant tout une histoire personnelle mais aussi un parcours. Pour le faire, j’ai puisé dans les aventures que j’ai vécues. La chanson Be Your Own Hero raconte l’histoire d’un vétéran de guerre que j’ai rencontré à son retour au pays quand il a découvert qu’il avait tout perdu pendant son déploiement. Broken raconte l’histoire de toutes ces femmes battues, victimes de violences conjugales physiques ou morales – cette chanson a pris une dimension particulière lors du confinement. The Only One puise son inspiration dans cette vanité qui nous habite à travers Instagram et la frénésie des « likes », un monde dans lequel nous ne reconnaissons plus et qui devient creux.

Mais le déclencheur ultime a été cet instant où j’ai appris que je serais père : je voulais à tout prix que mon fils puisse un jour apprécier ma musique et tous les sentiments que j’ai ressentis. Communiquer avec un enfant d’un an est un exercice difficile, mais la musique a quelque chose de magique, et permet un échange évident et fluide, qu’on peut apprécier sans nécessairement en comprendre les mots.

Des concerts en vue, même virtuels ?

J’envisage quelques concerts, oui, essentiellement aux États-Unis, quand cela sera possible… Nous attendons l’allègement des restrictions liées au Covid-19. Je sais que de nombreuses personnes se demandent si un jour les concerts reviendront comme nous les avons connus. Je pense que oui, et nous serons prêts à tout braver pour revenir sur la scène... En ce qui concerne les concerts virtuels, personnellement je ne suis pas fan, j’aime le contact et l’échange avec le public que rien ne remplace.

Le Liban aujourd’hui après le 4 août ?

Le Liban ne souffre pas uniquement de ses dirigeants, il souffre à cause de son manque de conscience collective, d’unité et de fierté nationale. Quand les citoyens espèrent éviter les impôts, refusent de trier leurs déchets et se dérobent à leurs responsabilités, ils n’ont finalement que des gouvernants qui leur ressemblent.

J’étais avec ma famille au cœur de l’explosion du 4 août, nous avons survécu par miracle, tout s’est joué à quelques centimètres près. Nous avons été blessés et notre maison totalement dévastée. Le Liban a toujours été, et il sera toujours. Mais il est certain que le Liban du 4 août est un Liban dont personne ne veut et que nous voulons tous changer.

Nous avons un devoir de mémoire, de nos guerres, de nos erreurs, nous avons un devoir d’histoire et une responsabilité envers nos enfants. Le Liban que nous voulons ne pourra exister qu’avec une prise de conscience collective et la recherche de l’intérêt commun avant l’intérêt individuel.

Pour écouter Be Your Own Hero :

www.cy.band

Spotify : https://spoti.fi/36jyVBV

Apple Music : https://apple.co/3cCHPeQ


Son CV est chargé : des études d’architecture à l’ALBA, de design industriel au Royal College of Art à Londres, de pédagogie d’enseignement à UAL pour finir avec l’entrepreneuriat à UCL et à Babson College. Un côté premier de la classe qu’il casse volontiers en troquant le costume de professeur et d’inventeur contre un jeans et une guitare. Cyrille contre Cy. La...

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