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Vivre ailleurs qu’au Liban

Vivre ailleurs qu’au Liban

Photo Bigstock

L’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs, même si nous vivons aujourd’hui sur une terre brûlée. Une terre calcinée par un régime qui a tout détruit. L’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs parce que les crises économiques, sociales, écologiques, politiques et sanitaires, surtout, ont écrasé l’ensemble de la planète. Certes, des parcelles d’espaces verts sont toujours florissantes, mais il s’agit de niches ou de microcosmes, des cas particuliers qui permettent de continuer à vivre normalement. Ou pseudo normalement.

Le monde va mal, et les humains, quand ils ne vivent pas en dessous de l’équateur et dans des régions d’une pauvreté immense, vont mal. Ils oscillent entre maladie et couvre-feu ; pandémie ou famine ; chômage partiel ou total, et fermeture définitive de compagnies ou de commerces ; racisme et discrimination ; écroulement social et médical ; absence d’opportunités ; manifestations et violence ; guerres physiques et technologiques ; alliances et mésalliances. En gros, c’est le bordel partout, et au Liban, comme d’habitude, la situation est exacerbée. Nous sommes un petit pays d’overdose où tout a toujours été amplifié, et encore plus aujourd’hui. Nous, nous oscillons entre pandémie et effondrement économique ; crise politique et prise d’otages ; capital control et famine ; lockdown inefficace et trauma postexplosion ; et j’en passe. Mais nous oscillons surtout entre doutes et craintes. Et évidemment, le désir de quitter cette terre maudite se fait de plus en plus pressant pour un grand nombre de Libanais.

Mais comment faire quand on a les poings et les pieds liés ? Comment, quand notre passeport est un titre de transport de paria, quand on n’a pas d’argent à l’étranger, quand on n’a pas de double nationalité, quand on ne peut pas transférer la somme nécessaire pour s’assurer une vie décente, quand on n’a pas d’opportunité de travail ? Et surtout, comment faire quand, ailleurs, tout va mal ? On ne doit pas s’étonner que notre état psychologique soit au plus bas. Parce qu’on doit accepter une certaine fatalité et que nous sommes en proie aux politiques qui nous gouvernent et toutes les questions qui vont avec. Hariri revient-il ? Vont-ils accepter l’intervention du FMI ? Va-t-on perdre nos dollars ? La livre va-t-elle être dévaluée ? Le taux officiel va-t-il être fixé à 4 000 LL ? Vont-ils nous restreindre nos retraits ? Vont-ils continuer à nous oppresser, à menacer la liberté d’expression et poursuivre les citoyens pour cause de propos contre eux ? Trump va-t-il gagner ? Et sinon, que va-t-il nous arriver ? Et si oui, va-t-il entreprendre quelque chose ? Va-t-il y avoir d’autres sanctions ? Vont-ils s’en sortir une fois de plus ? Tant de questions sans réponses. Et l’herbe n’est toujours pas plus verte ailleurs. Sauf en Nouvelle-Zélande peut-être. Et c’est loin.

La question qui se pose donc, c’est tout naturellement : quoi faire ? Quoi faire puisqu’on est soit coincés ici, soit on n’a pas envie de partir ? Évidemment, c’est facile de penser qu’il faut se réinventer quand on n’a plus de ressources. De dire aux autres de manifester quand on est épuisés. D’accepter un job payé en lollars quand on ne peut pas retirer plus qu’une certaine somme et que la plupart des gens n’acceptent plus les chèques en dollars. De se dire qu’on doit être patients parce qu’ils ne sont pas immuables et qu’une dictature ne reste pas éternellement. Mais a-t-on le choix ? A-t-on un autre choix que de se battre chacun à sa façon ? En comprenant aujourd’hui que la thaoura a pris une autre forme. Qu’elle est désormais politique, sociale et économique. Qu’on ne doit plus accepter cet asservissement et qu’on a plusieurs moyens de s’opposer. Parce que nous sommes nombreux, non pas dans les rues, mais dans nos maisons, à n’en plus pouvoir. Qu’on ne veut plus être résilients en trouvant des solutions provisoires. Et qu’on ne veut et ne peut plus continuer à vivre comme ça. Nous ne sommes pas des animaux à qui on jette quelques dizaines de dollars pour nous faire taire et gagner les élections. Certes, il y a encore des Libanais à la merci de leurs zaïms par peur de quitter leur zone de confort et par peur de se perdre dans un système qui leur est inconnu.

Notre seule et unique solution à l’aube de 2021, c’est de s’entraider. D’aider ceux qui n’ont plus rien ou si peu, même si d’aucuns pensent que l’aide humanitaire empêche les gens de se révolter. D’aider ceux qui ont perdu espoir. De donner, prêter, accueillir, réconforter, soutenir. Parce que, aussi chaotique soit-il, le Liban, c’est, quoi qu’on dise, notre zone de confort.


L’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs, même si nous vivons aujourd’hui sur une terre brûlée. Une terre calcinée par un régime qui a tout détruit. L’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs parce que les crises économiques, sociales, écologiques, politiques et sanitaires, surtout, ont écrasé l’ensemble de la planète. Certes, des parcelles d’espaces...

commentaires (5)

Le monde entier traverse une période on ne peut plus difficile et les citoyens du monde sont aussi déprimés que nous pour à quelque chose près les mêmes raisons que nous. Si ça peut nous consoler, évidemment pas mais au moins on sait que la vie ne continue sans nous et qu’elle s’est peut être arrêtée pour nous attendre, le temps qu’on retrouve notre pays libre souverain et qu’on recommence à vivre sans avoir raté grand chose. Nous rattraperons le temps que nous avons passé à espérer en essayant de sauver notre nation et que peut être arriverons nous à la fin et alors ce ne sera pas du temps perdu.

Sissi zayyat

18 h 59, le 24 octobre 2020

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Commentaires (5)

  • Le monde entier traverse une période on ne peut plus difficile et les citoyens du monde sont aussi déprimés que nous pour à quelque chose près les mêmes raisons que nous. Si ça peut nous consoler, évidemment pas mais au moins on sait que la vie ne continue sans nous et qu’elle s’est peut être arrêtée pour nous attendre, le temps qu’on retrouve notre pays libre souverain et qu’on recommence à vivre sans avoir raté grand chose. Nous rattraperons le temps que nous avons passé à espérer en essayant de sauver notre nation et que peut être arriverons nous à la fin et alors ce ne sera pas du temps perdu.

    Sissi zayyat

    18 h 59, le 24 octobre 2020

  • J'admire votre courage et votre capacité de résilience. On ne peut s'éloigner de notre si beau pays (le Liban) quelque soit nos histoires et nos localisations.

    TAHA Hicham

    11 h 37, le 24 octobre 2020

  • Terriblement realiste mais necessaire ....bravo et merci chère Medea (vous permettez ?) , votre billet du samedi est la plus belle des entraides ! Tous pour le Liban....

    Madi- Skaff josyan

    10 h 42, le 24 octobre 2020

  • très bel article.VRAI.

    Marie Claude

    08 h 41, le 24 octobre 2020

  • L’avantage c’est que les libanaises et les libanais parlent maintenant anglais avec l’accent philippin et sri-lankais, et qu’ils pourront donc aller chercher du travail dans ces pays contre des vrais dollars pour nourrir leurs familles...

    Gros Gnon

    08 h 15, le 24 octobre 2020