Des membres d’équipage posent à côté de leur avion à l’aéroport de Qleyaat, dans la province la plus septentrionale du Liban, Akkar, le 6 juin 2026. Le Liban a lancé la réhabilitation de son deuxième aéroport, situé à l’extrême nord, le 6 juin, en vue d’une ouverture dans les mois à venir. Photo Ibrahim Chalhoub/AFP
Après des décennies de retard, les travaux de réhabilitation de l’aéroport René Moawad de Qleyaat (Akkar) ont enfin commencé lundi, à la suite d’une inauguration en grande pompe organisée deux jours plus tôt. Cette étape marque une avancée notable, suite à l’annonce du 19 mai par le ministre des Travaux publics et des Transports, Fayez Rassamny, de l’attribution de l’appel d’offres à Sky Lounge Services pour relancer le site, l’un des projets emblématiques du gouvernement de Nawaf Salam. Calendrier, destinations, contrat… L’Orient-Le Jour vous explique tout ce qu’il faut savoir sur ce projet.
Quand les vols pourront-ils commencer et vers quelles destinations ?
Selon Fayez Rassamny, dans le cadre du programme de travail actuel, « le premier vol devrait avoir lieu après 90 jours », une fois la phase de réhabilitation achevée. Cela situerait le lancement prévu autour de la mi-septembre, à condition que les travaux et les autorisations progressent comme prévu.
Mohammad Aziz, président de l’Autorité générale de l’aviation civile, a indiqué que, dans sa configuration actuelle, l’aéroport pourrait accueillir entre 2 000 et 3 000 passagers simultanément. Les projections tablent actuellement sur environ 100 000 passagers pour la première année, puis jusqu’à 600 000 la quatrième année.
D’après lui, aucune compagnie aérienne ne s’est pour l’instant engagée formellement à opérer depuis Qleyaat, à l’exception d’IBEX, une compagnie libanaise qui proposait jusqu’à présent des vols charter et qui œuvre désormais pour passer à des vols réguliers.
Les autorités ont déjà identifié plusieurs destinations qu’elles espèrent desservir dès que l’aéroport sera opérationnel. Le ministère a cité Mersin (Turquie), Istanbul et Dubaï parmi les axes susceptibles d’être lancés lors d’une première phase, tandis que Médine, Le Caire et Athènes font également l’objet d’études.
Le gouvernement cherche par ailleurs à attirer des compagnies à bas coût. Parmi celles mentionnées par le ministère figurent AJet, Pegasus et Air Arabia. Des partenariats éventuels sont également à l’étude avec des compagnies européennes, notamment Ryanair via Paphos, à Chypre, et Aegean Airlines via Athènes, ce qui pourrait permettre aux voyageurs libanais d’accéder à moindre coût à des destinations européennes.
Les discussions avec les compagnies aériennes restent toutefois préliminaires, les autorités devant d’abord s’assurer de la capacité opérationnelle finale de l’aéroport, notamment en ce qui concerne la piste, le tarmac et le terminal.
Toujours selon Mohammad Aziz, des discussions sont aussi en cours avec les autorités syriennes en raison de la proximité de l’aéroport avec la frontière. L’une des options étudiées serait de permettre à Qleyaat de desservir des passagers venus de Syrie, bien que cette proposition reste à un stade préliminaire et qu’aucun accord formel n’ait été annoncé.
Quels sont les autres projets prévus pour ce site ?
Au-delà du trafic passagers, Fayez Rassamny présente Qleyaat comme un projet économique et logistique d’ampleur pour le Akkar et le Liban-Nord.
Le ministère espère que l’aéroport créera des emplois directs et indirects, et stimulera l’activité dans les secteurs du transport, du tourisme, de l’hôtellerie, de la logistique et du commerce. Les plans envisagent également la création future d’une zone de fret, ainsi que le renforcement des liens avec le port de Tripoli afin d’intégrer les réseaux de transport aérien et maritime.
L’accès à l’aéroport est également intégré dans le projet. Le ministère œuvre à la réhabilitation d’environ quatre kilomètres de route reliant l’aéroport à l’autoroute Abdeh-Arida, y compris l’entrée principale et les axes d’accès périphériques.
Le ministre a ajouté que le développement de liaisons en transport public était à l’étude afin de garantir que les coûts d’accès à l’aéroport demeurent abordables.
Qui est Sky Lounge et que prévoit le contrat ?
Sky Lounge Services a été sélectionnée pour réhabiliter et exploiter l’aéroport René Moawad dans le cadre d’une première phase transitoire. Cette entreprise libanaise de services aéronautiques, présente à l’aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth depuis 2008, propose notamment des services d’assistance au sol et d’aviation privée.
La société est présidée par Ziad el-Monla et appartient à MG Holding, un groupe multidisciplinaire actif dans plusieurs pays.
Le contrat s’étend sur une période de quatre ans. Dans ce cadre, Sky Lounge financera et effectuera les premiers travaux nécessaires à la remise en service de l’aéroport, comprenant la réhabilitation de la piste et du tarmac, ainsi que la construction d’un terminal temporaire à proximité de la tour de contrôle. Selon Ziad el-Monla, le terminal existant est vétuste et trop exigu.
Le projet global prévoit par ailleurs des améliorations des infrastructures, des systèmes de navigation et des équipements techniques.
L’investissement initial pour cette première phase est estimé entre 10 et 15 millions de dollars, a indiqué Ziad el-Monla à L’Orient-Le Jour. Les infrastructures financées et construites par l’entreprise durant cette période resteront la propriété de l’État libanais.
L’État percevra 10 % du chiffre d’affaires de l’opérateur à partir de la troisième année du contrat, les deux premières années étant exemptées afin de permettre à Sky Lounge de récupérer une partie de son investissement initial. Le gouvernement percevra en outre 100 % des redevances aéronautiques imposées par la réglementation en vigueur. Selon Mohammad Aziz, les recettes pour l’État pourraient à terme dépasser un million de dollars par an.
Fayez Rassamny précise que le gouvernement « agit dans le cadre de la loi sur les partenariats public-privé » pour l’aéroport René Moawad. Ce contrat ne constitue pas le modèle d’exploitation définitif prévu à long terme pour l’aéroport. Le ministre explique que Sky Lounge a été retenue pour gérer l’aéroport « dans l’immédiat », tandis que les phases postérieures viseront à attirer des investisseurs et entreprises spécialisés, dont éventuellement Sky Lounge ou d’autres candidats lors de prochains appels d’offres.
Cette démarche s’inscrit dans une réflexion plus globale du gouvernement sur les infrastructures aéroportuaires du pays. Le 4 juin, le Liban a signé un accord avec la Société financière internationale (IFC), la branche privée du Groupe de la Banque mondiale, afin de conseiller le gouvernement sur les partenariats public-privé dans le secteur aéroportuaire. L’IFC est chargée d’aider le gouvernement à structurer un PPP pour l’aéroport de Beyrouth et d’étudier la faisabilité du développement de Qleyaat comme deuxième aéroport international du Liban.


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