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Nos Lecteurs ont la Parole

Le Liban a besoin d’une période de convalescence

Le Liban se meurt. Il est vrai que le peuple libanais refuse de mourir et est connu pour sa résilience et son obstination légendaire à s’accrocher à la vie. Cependant, le fait est qu’aujourd’hui, le Liban ressemble davantage à un territoire sous occupation iranienne plutôt qu’à un pays, laquelle occupation a soumis une classe politique corrompue et défaillante, composée de collaborateurs et de soi-disant opposants.

La nature de cette classe politique morbide plonge ses racines dans la structure socio-politique libanaise, décrite de façon fleurie par le dernier moutassaref du Mont-Liban Ohannes Pacha Kouyoumjian comme étant un mélange hybride de féodalisme aryen et de tribalisme sémitique. Les instruments de pouvoir qu’elle contrôle sont aussi variés qu’efficients. Elle possède des armes légales aussi bien que des armes illégales. Elle a le contrôle total de l’État profond avec ses institutions constitutionnelles, administratives, sécuritaires et même judiciaires, et ce à tous les niveaux. Elle a entre les mains d’importantes sommes d’argent obtenues par le pillage systématique des deniers publics durant des décennies et par les subsides de leurs patrons régionaux. Elle possède de surcroît des structures partisanes bien huilées qui lui permettent de bien contrôler la ferveur des adorateurs de ses « leaders » et de triturer des élections tenues suivant des lois alambiquées.

Oui, la révolution est en marche et continuera. Sa dynamique devrait être activée pour exhiber la volonté du peuple libanais de se débarrasser de l’occupation, de l’oppression et de la corruption.

Néanmoins, il faut reconnaître que la voie du changement est bloquée via les processus constitutionnels, même si les forces révolutionnaires s’unissent et forment un leadership sage et rationnel, quels que soient les programmes proposés, le nombre des révolutionnaires et les moyens d’action de son mouvement. Le sujet a trait à l’équilibre des forces internes, régionales et internationales, aussi bien politiques que militaires.

Quant au gouvernement Adib, s’il naît, et tout autre gouvernement qualifié à tort ou à raison d’indépendant, propre et efficient, il sera au mieux une pilule d’aspirine destinée à traiter un patient affligé d’un cancer.

Pourquoi ? Parce que ce gouvernement sera constitutionnellement enchaîné par la présidence et le Parlement, tous deux aux mains du Hezbollah, et pratiquement par les armes et l’État profond. Son sort est forcément un échec, quels que soient les bonnes intentions et le soutien de la France et du président Macron, et quoi que fasse l’administration américaine via l’application de sanctions à l’encontre de la classe politique corrompue. Pourquoi ? Parce que la prise de décision mise en œuvre par le Hezbollah au Liban s’opère en réalité à Téhéran et que le régime iranien idéologique, flexible et solide à la fois, est caractérisé par la continuité de son pouvoir, contrairement à ses rivaux occidentaux.

Quant au changement via des élections législatives anticipées ou pas, elles ne se tiendront que si le Hezbollah considère qu’elles lui produiraient une majorité parlementaire, comme c’est le cas avec le Parlement actuel. Les élections partielles ont été reportées. C’est une indication de ce qui se passera si le Hezbollah conserve ses armes : le mandat du Parlement actuel sera prorogé sous le prétexte fallacieux d’une situation sécuritaire qu’il aurait lui-même créée… Du « déjà-vu » durant les années de guerre au Liban.

Le Liban a perdu les caractéristiques qui le singularisaient en tant qu’entité et « message ». Il s’est enlisé dans une crise financière, économique, sociale, culturelle, sanitaire, environnementale, éthique, morale et humanitaire.

Par ailleurs, le Liban est dans une situation de non-État. L’accord de Taëf (qui est un pacte national, un accord souverain, réformateur et constitutionnel) est suspendu dès le début de sa mise en œuvre car, internationalement et régionalement, il a été offert en pâture à la dictature syrienne des Assad. Ultérieurement, la classe politique s’en est emparée. Aujourd’hui, le jeu de querelles « don-quichottistes » tourne autour du contenu du pacte national et de la redéfinition de la nature du régime politique, mais il a réellement pour but de détourner l’attention de l’essence du conflit et de saper la révolution du peuple libanais.

Après le drame de la double explosion du port, il y a plus de quarante jours, nous avons eu droit d’assister au spectacle incendiaire du port. Nul besoin d’enquête internationale ou locale. L’affaire est claire. Il s’agit du port de la « résistance » d’où s’échappent les marchandises sans se soumettre aux douanes, où prolifèrent les contrebandes de toutes sortes et le va-et-vient continu d’armements. Ces opérations illégales sont certainement connues des responsables qui pratiquent la politique de l’autruche.

Le peuple libanais ne demande que son salut. La politique des petits pas de la communauté internationale est insuffisante pour résoudre une situation libanaise explosive. Par conséquent, il est impératif qu’elle offre au Liban une période de convalescence pour retrouver son souffle. Il ne s’agit pas seulement de la nécessité d’une aide humanitaire, mais aussi et surtout de la nécessité d’une stabilité régionale et une paix mondiale. Le Liban contient le plus fort des détonateurs des conflits dans la région : le Hezbollah. Ce qu’il faut donc, c’est une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU sous le chapitre sept qui placerait le Liban sous l’autorité politique et militaire des Nations unies. Cette question concerne les pays participants au Conseil de sécurité, en particulier ses cinq membres permanents. Ce sont eux qui doivent s’en saisir.

Après la période de convalescence, le Liban pourrait refonctionner conformément à la Constitution, sous supervision internationale dans un premier temps, la voie du changement devenant plus claire après que le pays se sera débarrassé de l’occupation et de la classe politique de voyous.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


Le Liban se meurt. Il est vrai que le peuple libanais refuse de mourir et est connu pour sa résilience et son obstination légendaire à s’accrocher à la vie. Cependant, le fait est qu’aujourd’hui, le Liban ressemble davantage à un territoire sous occupation iranienne plutôt qu’à un pays, laquelle occupation a soumis une classe politique corrompue et défaillante, composée de...

commentaires (2)

Je proposerai 5 prix Nobels de la paix aux 5 pouvoirs principaux pendant une période de transition de 5 ans sous l'égide du conseil de sécurité (de la paix) de l?ONU : Les 3 présidences, le ministère des affaires étrangères et le général en chef des armées. Les ministres tous libanais / tous indépendants, tous pour un mandat de 5 ans. Mandat pour les points suivants: 1 - Changement de la loi électorale, 2 - Création du conseil supérieur de la magistrature de 25 membres éligibles pour 2 mandats de 4 ans dont les deux roles sont a- Ecrire la nouvelle constitution de la confédération du Liban et ensuite pour le role est de vérifier la constitutionnalité des lois parlementaires 3- Ecriture par le conseil constitutionnel de la nouvelle constitution 4- Vote de la nouvelle Constitution au suffrage universel direct. 5- Organiser et réaliser les élections du parlement qui a son tour élira les 2 présidences. La troisième; celle du premier ministre est acceptée par le vote de confiance au gouvernement nommé par le président de la république sur proposition du président du parlement.

Achikbache Dia

23 h 46, le 15 septembre 2020

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Commentaires (2)

  • Je proposerai 5 prix Nobels de la paix aux 5 pouvoirs principaux pendant une période de transition de 5 ans sous l'égide du conseil de sécurité (de la paix) de l?ONU : Les 3 présidences, le ministère des affaires étrangères et le général en chef des armées. Les ministres tous libanais / tous indépendants, tous pour un mandat de 5 ans. Mandat pour les points suivants: 1 - Changement de la loi électorale, 2 - Création du conseil supérieur de la magistrature de 25 membres éligibles pour 2 mandats de 4 ans dont les deux roles sont a- Ecrire la nouvelle constitution de la confédération du Liban et ensuite pour le role est de vérifier la constitutionnalité des lois parlementaires 3- Ecriture par le conseil constitutionnel de la nouvelle constitution 4- Vote de la nouvelle Constitution au suffrage universel direct. 5- Organiser et réaliser les élections du parlement qui a son tour élira les 2 présidences. La troisième; celle du premier ministre est acceptée par le vote de confiance au gouvernement nommé par le président de la république sur proposition du président du parlement.

    Achikbache Dia

    23 h 46, le 15 septembre 2020

  • Le problème c’est que les Russes et les Chinois mettent un veto systématiquement dès qu’il s’agit de cette région.

    Saleh Issal

    17 h 39, le 15 septembre 2020