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Coolitude

Le kusamono, le jardinage qui a une âme

Après le bonsaï, cet art de la miniaturisation en pot d’arbres robustes et touffus, voici venue, toujours du Japon, et dans sa version adoucie, une nouvelle esthétique florale baptisée kusamono.

Le kusamono, le jardinage qui a une âme

Des compositions minimalistes inspirées du kusamono. Photo tirée du compte Instagram kusamonochoe

Tout le monde connaît le grand art du bonsaï, cette culture japonaise ultrasophistiquée issue du mot bon-saï signifiant littéralement « planté dans un pot ». Aujourd’hui, un cousin du genre, le kusamono (composition d’herbes), considéré comme le côté soft du bonsaï, devient tendance dans un monde en crise(s). Cet art japonais consiste à créer une esthétique en pot, non plus avec des arbres miniatures, mais avec des fleurs sauvages et des herbes souples et graciles. Les créateurs de ces œuvres florales, omniprésentes sur les réseaux sociaux, réussissent à donner aux plus communes des plantes un nouvel aspect, plus serein et plus aéré. Les assemblages kusamono sont apparus au Japon dans les années 1870. À l’origine, il s’agissait d’herbes poussant autour des arbres que l’on cueillait pour les mettre dans un pot destiné à être placé aux côtés d’un arbre, comme pour lui servir de compagnon. La coutume était aussi d’offrir ces pots à des hôtes de marque. Un présent porteur de deux indications : le lieu géographique où l’arbre avait poussé et la saison de la cueillette des herbes. Avec le temps, l’esthétique est entrée en jeu, mélangeant avec brio les fleurs aux herbes et produisant une forme d’art apparentée au bonsaï. Comme ce dernier, l’art du kusamono a eu droit de cité dans les musées, avant de remporter les faveurs du grand public de par son approche aisée, attrayante et reposante. Ces fleurs et ces herbes dites d’accent sont choisies pour leur belle silhouette, leur port et leur élégance. Young Choe, une horticultrice américano-coréenne, qui cultive ces arrangements minimalistes d’un nouveau genre, explique : « Prises hors de leur contexte, les plantes sauvages offrent de grandes possibilités de stylisation. Ainsi, une herbe commune, tel le Pennisetum, qu’on ne remarque même pas en général, peut devenir une sculpture cinétique, tandis qu’un bouquet de géranium a tout pour ressembler à une grotte fleurant l’optimisme. » Ce travail conjugue virtuosité, minutie et poésie. Si le bonsaï est un arbre qui s’est miniaturisé en s’adaptant à la taille de son espace de terre, de son pot et du savant découpage de ses racines et de ses branches, dans les compositions kusamono, on ne pense pas miniature mais plutôt formes minimalistes et métamorphoses artistiques.


Des compositions minimalistes inspirées du kusamono. Photo tirée du compte Instagram kusamonochoe


De belles silhouettes

Pour cela, il suffit de suivre la technique suivante : tailler les tiges et leur donner diverses formes au fur et à mesure de leur croissance, un processus qui peut prendre deux à quatre ans pour atteindre une perfection zen. Les fleurs et les plantes ainsi ouvragées hors de leur contexte naturel et placées dans des pots spécifiques prennent une dimension plus valorisante et plus artistique. « En kusamono comme dans la vie, le contexte mène à des révélations », dit Young Choe. Il s’agit donc de concevoir un jardinage qui a une âme.

Selon Anthony Pancotti, propriétaire d’une pépinière spécialisée dans le kusamono, des concours haut de gamme de bonsaï appartenant à des personnes aisées se déroulent régulièrement au Japon. « Le kusamono est un moyen plus accessible de parer les plantes de qualités zen, précise-t-il. De plus, dans ce pays, au lieu de mettre un vase de fleurs sur la table de la salle à manger, les Japonais ont tendance à déposer ces compositions. » Néanmoins, ces arrangements floraux ne sont pas des plantes d’intérieur. Ils doivent être placés la plupart du temps à l’extérieur, avant de les mettre en intérieur dans un but décoratif. D’autant que leurs composantes sont saisonnières. Au printemps, les artistes misent sur les fleurs des elfes, les iris et les lys de la vallée. L’été prend les couleurs des lobélies, des hortensias et des persicaires. L’automne donne la vedette aux géraniums et aux chrysanthèmes. Le kusamono a en partage avec le bonsaï un élément essentiel : l’importance d’harmoniser le pot avec la plante. Comme dans les Correspondances baudelairiennes, ici ce sont la forme, la taille, la couleur du pot et la floraison qui doivent communiquer.

Selon le site bonsai-lauragais.org, le kusamono reste, surtout en ces temps difficiles, un loisir très apprécié, presque une thérapie, en raison de la relative facilité à trouver du matériel végétal adéquat et de la flexibilité des composantes de cet art. De plus, il n’est pas nécessaire de posséder des outils spécialisés pour la création de ces œuvres florales. Une paire de ciseaux et une baguette sont les seuls outils nécessaires. Et de l’inspiration…



Tout le monde connaît le grand art du bonsaï, cette culture japonaise ultrasophistiquée issue du mot bon-saï signifiant littéralement « planté dans un pot ». Aujourd’hui, un cousin du genre, le kusamono (composition d’herbes), considéré comme le côté soft du bonsaï, devient tendance dans un monde en crise(s). Cet art japonais consiste à créer une esthétique en pot,...

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