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Nos Lecteurs ont la Parole

Et la montagne accoucha d’une souris : Hamlet et le TSL

Le vendredi 27 mars 2020, j’ai publié dans les colonnes de L’Orient-Le Jour une tribune sur le verdict du Tribunal spécial pour le Liban (TSL) et la vérité. J’ai insisté sur la valeur thérapeutique de la vérité : « La Vérité va pacifier les Libanais, même ceux qui la rejettent. » Mon argument s’est basé sur l’expérience du deuil, impossible depuis le 14 février 2005 pour une grande frange des Libanais, toutes confessions, origine sociale, tous âges confondus. L’expérience de la Commission de la vérité et de la réconciliation en Afrique du Sud (1996-1998) a montré qu’une « amnistie pleine et entière des crimes commis en échange de leur confession publique » était possible. L’élément moteur était le dévoilement de la vérité sur des crimes, connus parfois seulement par leurs auteurs.L’aveu par les ex-tortionnaires et meurtriers du régime de l’apartheid permettait aux familles de commencer leur deuil, et par là de pouvoir pardonner. En ce qui nous concerne, au Liban, notre deuil est suspendu depuis le 14 février 2005, suspendu à la connaissance de la vérité. Nous aurions pu attendre 15 ans de plus, pourvu qu’à l’arrivée la vérité éclate. Depuis le verdict du 18 août, nous assistons au dévoilement d’une demi-vérité.

Que l’on applaudisse le professionnalisme du tribunal ou qu’on l’accuse encore d’être politisé, nous avons eu droit à une demi-vérité. En l’acceptant, nous ne rendons pas son dû à Rafic Hariri. Quelque chose reste « pourri au Royaume du Liban ». Nous n’avons pas encore compris le message de Hamlet.

Mis au courant, dès le début de la pièce, par le spectre du roi Hamlet, son père, le jeune Hamlet sait que son père a été assassiné par son propre frère, Claudius, qui a épousé Gertrude, la mère de Hamlet, et spolié la couronne du Danemark. Le spectre du roi demande à son fils de le venger. Ce que le jeune Hamlet, tout au long de la pièce, ne pourra pas faire, inhibé par la procrastination. À la fin, Hamlet finit par tuer son oncle mais il est trop tard : sa mère meurt également ainsi que Hamlet lui-même.

Voilà ce qui arrive quand on n’honore pas la mémoire du mort. Surtout quand le mort est un homme d’État, un personnage public, de la stature de Rafic Hariri et qui fait figure de père.

Depuis l’assassinat de Kamal Joumblatt et de toutes les figures paternelles qui ont suivi, les Libanais ont incarné Hamlet. Ce qui a permis à l’assassin, toujours le même, de continuer à les assassiner.

On a espéré qu’après l’assassinat de Rafic Hariri, la vérité allait enfin éclater et qu’on aurait pu, enfin, commencer notre deuil. Surtout que le tribunal était international, échappant de fait à la non-justice libanaise.

Hasard du calendrier, la catastrophe du port de Beyrouth montre que l’assassin a encore le champ libre pour faire de la surenchère. Tant que nous n’aurons pas respecté nos morts, la mort nous attendra au tournant.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


Le vendredi 27 mars 2020, j’ai publié dans les colonnes de L’Orient-Le Jour une tribune sur le verdict du Tribunal spécial pour le Liban (TSL) et la vérité. J’ai insisté sur la valeur thérapeutique de la vérité : « La Vérité va pacifier les Libanais, même ceux qui la rejettent. » Mon argument s’est basé sur l’expérience du deuil, impossible depuis le 14...

commentaires (1)

encore une fois nous avons ete bernes-aveugles que nous sommes ! des lors qu'il etait declare que le TSL n'avait pas le droit de poursuivre les groupes, les partis et les pays, encore moins de les accuser - il fallait s'attendre a cet acte final IMBECILE de ce tribunal. j'espere seulement que le TSL aura la decence de faire de sorte qu'il s'arrete la. Ils en ont deja -SOUTIRE_assez de $ inutilement. et dire que nous crions a la corruption chez nous ?

gaby sioufi

10 h 47, le 20 août 2020

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Commentaires (1)

  • encore une fois nous avons ete bernes-aveugles que nous sommes ! des lors qu'il etait declare que le TSL n'avait pas le droit de poursuivre les groupes, les partis et les pays, encore moins de les accuser - il fallait s'attendre a cet acte final IMBECILE de ce tribunal. j'espere seulement que le TSL aura la decence de faire de sorte qu'il s'arrete la. Ils en ont deja -SOUTIRE_assez de $ inutilement. et dire que nous crions a la corruption chez nous ?

    gaby sioufi

    10 h 47, le 20 août 2020

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