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Funérailles

« On a envoyé des pompiers éteindre une bombe atomique »

L’enterrement de Joe Noun, à Michmich (Jbeil), emblématique du sentiment de délaissement que ressentent les soldats du feu.

« On a envoyé des pompiers éteindre une bombe atomique »

Parvenu à destination, le cercueil tourne interminablement devant l’église paroissiale Mar Doumet de Michmich, comme refusant d’y entrer. Photos DR

Michmich (Jbeil), mercredi. Comme dans une procession de vendredi saint, la foule avance derrière le cercueil du pompier Joe Noun (27 ans), dont on a retrouvé des lambeaux et dont on tente de faire de l’enterrement un mariage. Les rues et places du village sont tendues de rubans blancs et des portraits géants rendent présent un homme englouti par une immense boule de feu. Un chœur de tambours, de flûtes et de pipeaux rythme la marche, tandis qu’un cercueil blanc danse à la surface d’une mer de bras qui va traverser un village qui s’étire en longueur. C’est ainsi qu’à

Michmich, on conduit le mort à l’église. Du chocolat sera offert un peu plus tard, à l’issue du service funèbre, présidé par l’évêque de Jbeil, un homonyme du président Michel Aoun.

L’arrivée du convoi s’est faite dans un boucan à réveiller un mort, avec des off-road pétaradants et des moteurs rugissants. Leurs détonations se sont mêlées à celles d’un jaillissement de feux d’artifice et des rafales nourries d’armes à feu, tirées des bois environnants. Puis la sirène d’une ambulance de la Défense civile s’est arrêtée, et l’on a descendu le cercueil, aux toutes premières maisons du village.

Enveloppée de noir, Zeina Noun n’a pas honte de son effondrement. La mort de son cadet l’a dévastée. C’est seulement aujourd’hui qu’elle a appris, et les Libanais avec elle, le sens du mot dévastation. Elle s’époumone à hurler « pourquoi ? ». Elle veut savoir comment, en toute inconscience, on a envoyé son fils à une mort certaine. « Pourquoi ? Comment ? » se retourne aussi le couteau dans la conscience du père, du frère, de la sœur et du village.

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« On a envoyé des pompiers éteindre une bombe atomique » s’est exclamé l’autre soir à la télévision Abdo Karam, oncle maternel de Nagib Hitti, un pompier tué comme Joe Noun, à l’instant même de l’explosion. Ce raccourci saisissant est une image exacte de la situation que représentait le stockage d’une quantité aussi monstrueuse de nitrate d’ammonium (2 750 tonnes) hors de toute norme de sécurité. Il était impossible pour des pompiers de combattre un tel feu avec une lance d’incendie, et toute la chaîne hiérarchique, qui commande ce petit peloton de pompiers venus à la rescousse, ne pouvait pas ne pas le savoir. Ne devait pas ne pas le savoir. C’est en amont qu’il aurait fallu agir. Mais qui donc occupait depuis des années ces fauteuils, sinon des esprits vides ? Faut-il, comme certains l’assurent, accuser le Hezbollah d’avoir négligemment laissé traîner cette semblance de bombe nucléaire dans le hangar n° 12 ? L’enquête le dira. Mais elle devra dire aussi la quantité d’inconscience qui marque depuis des années notre classe politique. Il est difficile de ne pas être cynique en en parlant. Mais dans la bouche des parents des dix pompiers disparus dans le brasier, et dont les corps défigurés de sept d’entre eux ont été retrouvés à ce jour, il n’y a pas de cynisme, mais une immense colère.

Ils ont été appelés en urgence pour éteindre un incendie au port de Beyrouth, qui est à moins d’un kilomètre à vol d’oiseau. Mais où se trouvait donc, au même moment, la brigade des pompiers du port ? Pourquoi ne sont-ils pas intervenus au départ du feu ? « Employés comme ordonnances, chauffeurs et coursiers chez les femmes des hauts fonctionnaires du port, ils ont trop à faire à remplir leurs piscines et à arroser le gazon de leurs villas », ont répondu l’autre soir, l’un après l’autre, les invités de l’émission phare de Marcel Ghanem, à la MTV, mettant en cause pêle-mêle le commandant de la brigade des pompiers, le directeur des douanes, celui de la sécurité de l’État, la Compagnie du port et les ministres qui se sont succédé au ministère des Transports.

Joe Noun, un jeune de 27 ans heureux de vivre.

Et qui tenait la clé du cadenas fermant le hangar n° 12 ? Conscient du danger, s’était-il enfui, comme d’autres ? Sur une photo emblématique, l’on voit trois pompiers s’aidant d’un levier pour briser le cadenas de la porte. Dans quelques instants, la formidable explosion dévastera Beyrouth.

Livrés à eux-mêmes, après l’explosion, William Noun et les proches des autres pompiers morts et portés disparus enragent. Ils ont d’abord fait un jour et une nuit devant l’AUB, dans l’espoir de retrouver des corps sur les tables d’opération ou à la morgue. Puis ils se sont résignés à en chercher des lambeaux. Ils s’indignent de ce qu’aucun centre d’appel n’a été mis en place pour les informer quotidiennement de l’état d’avancement des recherches, que personne n’a semblé se soucier de la tragédie qu’ils vivaient.

William Noun et d’autres s’indignent aussi de ce que, les deux premiers jours, les travaux de recherche ont été suspendus la nuit faute d’éclairage ; et de ce que la terre dégagée soit acheminée par l’entrepreneur Jihad el-Arab vers le dépotoir de la Costa Brava. Peut-être avec des restes humains ?

Sur la responsabilité dernière de la catastrophe, William Noun assure : « Le Hezbollah tient le port et ses motards circulent librement dans son enceinte, sur présentation de leurs cartes. De deux choses l’une, ou le nitrate d’ammonium lui appartient, ou le stock a été conservé par esprit de lucre. »

Sur les vaguelettes des bras qui commencent à se fatiguer, le cercueil blanc, recouvert d’un drapeau libanais, arrive sur la place de l’église Mar Doumet. Tournoyé jusqu’à épuisement par la foule, comme en état de transe, il est enfin acheminé à l’intérieur de l’église, et déposé sur un catafalque installé dans la nef. Il finira sur le froid ciment d’un caveau. En attendant, recueillement, volutes d’encens, liturgie maronite. Puis le village tout entier rassemblé écoute les discours de ses aînés. Mais est-ce qu’il écoute les notes d’espérance : « Il est ressuscité » ? « Il », c’est celui à qui le dernier souffle est rendu. Mais la douleur est la plus forte. Des anges se tiennent de part et d’autre de chacune des deux croix sur lesquelles sont fixés le père et la mère, et le fils dans un cercueil entre eux. Ressurgissent les mots longuement ressassés d’une femme chantant le thrène du pays. « Au Liban, nous sommes venus cueillir une rose dans un champ incendié. » De cet enterrement, on n’a réussi à faire qu’une fête de la tristesse.


Michmich (Jbeil), mercredi. Comme dans une procession de vendredi saint, la foule avance derrière le cercueil du pompier Joe Noun (27 ans), dont on a retrouvé des lambeaux et dont on tente de faire de l’enterrement un mariage. Les rues et places du village sont tendues de rubans blancs et des portraits géants rendent présent un homme englouti par une immense boule de feu. Un chœur de...

commentaires (7)

Tant que ces criminels et leurs alliés détiennent le pays, les libanais auront du mal à dormir dans leur lit ou de mener une vie anormale que ce pouvoir leur a imposée. Il faut que tous les libanais de tout bord aillent les excaver de leurs cachettes et les livrer à la justice du peuple puisque celle de l’état est déjà à leurs ordres vendue et même bradée. Il n’y aura pas de justice ni de vérité comme pour tous les centaines de crimes qu’ils ont déjà commis jusqu’à présent. Ils s’en sortiront blanchis, aidés par les pays qui viendront à leur rescousse pour éviter le chaos et une immigration supplémentaire dans leurs pays au bord du gouffre.

Sissi zayyat

11 h 41, le 16 août 2020

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Commentaires (7)

  • Tant que ces criminels et leurs alliés détiennent le pays, les libanais auront du mal à dormir dans leur lit ou de mener une vie anormale que ce pouvoir leur a imposée. Il faut que tous les libanais de tout bord aillent les excaver de leurs cachettes et les livrer à la justice du peuple puisque celle de l’état est déjà à leurs ordres vendue et même bradée. Il n’y aura pas de justice ni de vérité comme pour tous les centaines de crimes qu’ils ont déjà commis jusqu’à présent. Ils s’en sortiront blanchis, aidés par les pays qui viendront à leur rescousse pour éviter le chaos et une immigration supplémentaire dans leurs pays au bord du gouffre.

    Sissi zayyat

    11 h 41, le 16 août 2020

  • Les salauds au pouvoir, les responsables de cette catastrophe devront payer. Et cher!!

    LeRougeEtLeNoir

    20 h 10, le 15 août 2020

  • Ce qui est affligeant c’est que ces pauvres pompiers ne savaient pas ce qu’ils allaient affronter et ça c’est très grave de ne pas leur avoir dit qu’il s’agissait de nitrate d’ammonium!!! Les autorités étant au courant du stock aurait dû évacuer sur un périmètre au moins de 1.6 km autour de l’incendie comme c’est internationalement connu d’après les retours d’expérience que nous avons! Il y a une formule pour calculer la distance de déflagration en fonction du tonnage de nitrate d’ammonium et de son équivalent TNT! Les pompiers n’avaient qu’une chose à faire, déployer les lances automatiques pour noyer autant que possible l’incendie et le nitrate d’ammonium et partir! Évacuer tout le voisinage!!! Ils ont été sacrifié par des incompétents irresponsables et criminels!

    Free Mind

    13 h 16, le 15 août 2020

  • De toute facon si le Hezb n'a pas compris ce massage d'Israel ...la prochaine bombe Atomique sera sur notre aeroport qui devastera cette fois ci le Dahie et la partie ouest de beyrouth...a bon entendeur salut...

    Houri Ziad

    09 h 51, le 15 août 2020

  • ILS NE CONNAISSAIENT PAS LA'MPLEUR DE L'INCENDIE DIRONT ILS ! ILS NE LES ONT PAS LAISSE TRAVAILLER ! ILS ONT FAIT LEUR DEVOIR, EN AVERTISSANT QUI DE DROIT ! ILS ONT ETE TRES CLAIREMENT AVERTI DE L'EXTREME GRAVITE DE LA SITUATION ET ONT FAIT LEUR DEVOIR "" ADMINISTRATIF "" ! LA CONSTITUTION LEUR INTERDIT DE FAIRE PLUS ! POUR PREUVE DE LEUR INNOCENCE, DE LEUR SENS D'AVOIR ACCOMPLI LEUR DEVOIR C'EST LE SOMMEIL NE LEUR FERA PAS DEFAUT, MAIS ALORS PAS DU TOUT !

    gaby sioufi

    09 h 18, le 15 août 2020

  • Quel crime que d’avoir envoyé ces jeunes à la mort! Le papier soulève des questions auxquelles l’enquête devra apporter des réponses, notamment: où étaient les pompiers du port et qui détenait la clé du hangar 12 et aussi: qui savait que ce hangar contenait des matières dangereuses? Bandes de criminels!

    Marionet

    08 h 28, le 15 août 2020

  • Tout le monde sait que le HEZB avait le controle du seul port du LIBAN comme du seul aeroport .

    HABIBI FRANCAIS

    01 h 33, le 15 août 2020