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Décryptage

Le Liban suspendu aux résultats de l’enquête

Cinq jours pour achever l’enquête sur la gigantesque double explosion qui a détruit une partie de Beyrouth et secoué le Liban mardi dans l’après-midi. Formée des différents responsables sécuritaires, la commission d’enquête a immédiatement entamé ses investigations et le directeur de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, a promis aux Libanais qu’il n’y aura aucune tentative d’atermoiement, l’heure étant trop grave pour recourir aux demi-mesures et tenter de noyer le poisson. Le général Ibrahim a précisé qu’il faut s’en tenir aux faits et éviter les spéculations qui ouvrent la voie à des exploitations politiques de cet événement dramatique. La secousse qui a ébranlé le Liban mardi après-midi est en effet due à une double explosion au port de Beyrouth dont l’intensité était supérieure à tout ce que le Liban avait connu pendant les multiples crises qui l’ont frappé durant des décennies. Certains experts ont comparé l’effet de cette déflagration à celui d’une bombe atomique, ajoutant que le fait que le hangar qui contenait le nitrate d’ammonium soit si proche de la mer a atténué son impact destructeur. Sinon toute la ville aurait pu être détruite.

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On pourrait donc presque dire que la mer a sauvé une partie de Beyrouth, mais pour toute l’autre, avec plus de cent morts et des milliers de blessés, des hôpitaux saturés, des dégâts immenses, le traumatisme est énorme. Tout au long de la journée d’hier, les Libanais étaient d’ailleurs sous le choc, incapables de comprendre ce qui est arrivé, surtout face à la multiplication des théories, chacune plus fantaisiste que l’autre, élaborées selon les convictions politiques de ceux qui les lancent.

Les premières investigations montrent qu’un bateau venant de Géorgie et portant le drapeau moldave s’est approché des côtes libanaises en 2014. Il avait à son bord une cargaison de 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium, un composé chimique hautement explosif qui peut être utilisé pour la fabrication d’engrais, mais aussi d’explosifs. Le bateau se dirigeait en principe vers le Mozambique, mais il a eu une panne de moteur qui l’a contraint à accoster au port de Beyrouth. La réparation de la panne devant prendre du temps, les autorités du port de Beyrouth ont préféré débarquer la cargaison en raison de sa dangerosité, et il a été convenu de la placer dans le hangar du quai n° 12. Entre-temps, la compagnie qui possédait le bateau a eu des problèmes financiers et des conflits ont éclaté entre ses propriétaires, assortis de procès, au point que le bateau a fini par quitter les eaux libanaises, laissant derrière lui une cargaison dangereuse qu’au début personne ne réclamait. La justice libanaise a donné l’ordre de confisquer la cargaison en attendant qu’une solution soit trouvée et que les conflits entre les différents propriétaires du bateau soient réglés. D’un ministre des Transports à l’autre, et d’un juge à l’autre, la cargaison mortelle est restée sur place, sans que nul ne se soucie des risques que sa présence, dans un lieu aussi fréquenté et à proximité d’autres hangars qui abritent des feux d’artifice et des matériaux à risque, représente pour le port de Beyrouth et pour la ville en général.

Il faut préciser qu’à partir de 2017 (c’est-à-dire depuis sa nomination à la tête de la Direction générale des douanes), Badri Daher a envoyé des notifications aux autorités du port pour déplacer cette cargaison dangereuse, mais il n’a jamais obtenu de réponse. De même, la Sécurité de l’État et l’armée libanaise ont inspecté les lieux il y a quelques mois et ont demandé aux autorités du port de ne pas garder cette cargaison dans le hangar du quai n° 12, insistant sur la nécessité de la détruire. La réponse s’est voulue rassurante, les autorités du port ayant promis de détruire le nitrate d’ammonium dans les plus brefs délais. Justement, « les plus brefs délais » est une notion vague au Liban. Ce qui semble probable en tout cas, c’est qu’il s’agit d’une responsabilité collective qui remonte à 2014.

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Toutefois, aujourd’hui, le plus urgent pour la commission d’enquête est de répondre à deux questions cruciales : d’abord le maintien de cette cargaison dangereuse, dont beaucoup de gens connaissaient l’existence, dans un hangar du quai n° 12 était-il dû à la négligence, à l’incompétence et à l’irresponsabilité, ou bien y a-t-il d’autres raisons ? Et pourquoi la justice libanaise a-t-elle au cours des six dernières années prolongé la confiscation des 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium ? La seconde question porte sur ce qui a déclenché l’explosion. Le nitrate d’ammonium est certes explosif, mais il a besoin d’un détonateur ou d’un déclencheur. S’agissait-il, comme cela a été dit, d’une volonté de fermer la porte du hangar en soudant du fer, ce qui serait un comportement tout à fait inconscient à proximité d’un produit comme le nitrate d’ammonium? Ou bien y a-t-il une autre raison, qui peut aller de la négligence à l’acte prémédité, voire terroriste? Les premiers éléments de l’enquête, selon des sources militaires, montrent qu’ayant constaté que les feux d’artifice installés dans un hangar proche de celui abritant le nitrate d’ammonium étaient en train d’être pillés, la direction du port a demandé à des ouvriers de consolider la porte du lieu où étaient entreposés ces feux d’artifice avec du fer. Ceux-ci ont commencé leur travail, mais un incendie s’est déclaré. N’ayant pas réussi à l’éteindre, ils ont fait appel à la Défense civile. Des pétards auraient commencé à s’envoler et à exploser, ce qui aurait provoqué la terrible explosion du nitrate d’ammonium. Mais tout cela reste encore à vérifier. Ce qui est sûr, c’est que la Défense civile a perdu plusieurs membres tombés en martyrs en essayant d’éteindre l’incendie...Les Libanais sont en tout cas suspendus aux résultats de l’enquête de la commission spéciale formée dans ce but. On leur a promis une grande transparence et des résultats concrets. Pour tous ceux qui sont morts ou qui ont été blessés et pour tous ceux qui ont perdu des proches ou des biens, pour l’ampleur de la catastrophe qui met en danger les réserves alimentaires et médicales du pays, mais surtout pour le Liban, la vérité est un passage obligé pour pouvoir surmonter le drame.


Cinq jours pour achever l’enquête sur la gigantesque double explosion qui a détruit une partie de Beyrouth et secoué le Liban mardi dans l’après-midi. Formée des différents responsables sécuritaires, la commission d’enquête a immédiatement entamé ses investigations et le directeur de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, a promis aux Libanais qu’il n’y aura aucune...

commentaires (10)

QUI CONTROLE LE PORT? HEZBOLLAH! QUI EST LE LOCATAIRE DE L'ENTREPOT 12? QUI EST LE LOCATAIRE DE L'ENTREPOT 9?

IMB a SPO

22 h 07, le 06 août 2020

Tous les commentaires

Commentaires (10)

  • QUI CONTROLE LE PORT? HEZBOLLAH! QUI EST LE LOCATAIRE DE L'ENTREPOT 12? QUI EST LE LOCATAIRE DE L'ENTREPOT 9?

    IMB a SPO

    22 h 07, le 06 août 2020

  • FBI, FBI OU ETES VOUS ! PARCE QUE CROIRE EN NOS ENQUETEURS A NOUS SERAIT VRAIMENT, MAIS ALORS VRAIMENT LE DERNIER OUTRAGE FAIT A NOTRE INTELLIGENCE DEJA PAR TROP ECORNEE

    gaby sioufi

    12 h 34, le 06 août 2020

  • J'aimerai revoir la carte du Liban que Netayahou a montre aux mediias avec tous les sites ou le Hezbsllah a stoque des armes....est ce que le port de Beyrouth en faisait partie ou pas ? a l'epoque notre ministre des affaires etrangeres Bassil a convoque les ambassadeurs de plusieurs pays a la cite sportive pour leur prouver les mensonges d'Israel .....

    Houri Ziad

    11 h 47, le 06 août 2020

  • QU'ELLE EST MIGNONNE DAME HADAD. UN DECRYPTAGE A DOUBLE MESSAGE. 1-JOBRAN A BIEN CHOISI SON CHOUCHOU QUI FAIT SON METIER COMME PAS UN . 2-MALHEUREUSEMENT POUR LUI,LE MEME CHOUCHOU INCRIMINE LE REGNE DU MAITRE M.AOUN PUISQU'IL A COMMENCÉ A ALERTER QUI DE DROIT EN 2017 QUI SE TROUVE DONC LUI-MEME DANS L'OEIL DU CYCLONE COMME ILS DISENT

    gaby sioufi

    11 h 02, le 06 août 2020

  • Un résumé de tous les articles parus dans la presse les dernières 48 heures qui ne donne aucune nouvelle information .

    Liberté de Penser

    08 h 46, le 06 août 2020

  • TOUTE ENQUETE AUTRE QU,INTERNATIONALE OU ARABE NE SERAIT QUE DU PIPEAU !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    08 h 23, le 06 août 2020

  • Les libanais ne sont pas suspendus aux résultats de l'enquête. Du moins pas de l'enquête officielle, dont ils n'attendent rien. Ce qu'ils veulent, c'est une enquête fiable, donc indépendante. Combien de fois faudra-t-il répéter cette simple notion de chimie à la portée d'un élève de 3ème: pour qu'il y ait combustion (ou explosion), il faut un carburant et un comburant. Les nitrates (d'ammonium ou autre) ne sont pas des explosifs, mais peuvent entrer comme comburants dans la fabrication d'explosifs. Seul, le nitrate d'ammonium est totalement inoffensif. Même avec un chalumeau, vous ne pourrez pas le faire brûler, et encore moins exploser. Il fallait que se trouve dans le même hangar, un carburant, n'importe quoi capable de brûler, alors seulement, l'incendie pouvait déclencher l'explosion. Comment a-t-on pu avoir l'idée invraisemblable d'entreposer dans le même hangar carburant et comburant? Nous sommes au Liban!

    Yves Prevost

    07 h 27, le 06 août 2020

  • Comment se fait-il que les propriétaires de la marchandise ne se soient jamais manifestés (selon l'article) ni n'aient récupéré leur nitrate? Le problème se situait au niveau du navire, pas de sa cargaison, semble-t-il? Et puis, que transportait-il d'autre? Le reste de la cargaison (ou ce qu'il en resterait après cette horreur) a-t-elle aussi été entreposé au port ou ailleurs dans le pays?

    NAUFAL SORAYA

    07 h 01, le 06 août 2020

  • " De la négligence à l'acte prémédité, voire terroriste" Rien sur l'ennemi sioniste? Pas même une possibilité? Bizarre! Pourtant Israël a longtemps été accusée de tous nos maux et pour une fois, une fois, face à l'ampleur inégalée de ce crime, l'état sioniste et le hezb sont d'accord publiquement et innocentent ainsi Israël. Bizarre! Pour le moins qu'on puisse dire.

    Onaissi Antoine

    06 h 18, le 06 août 2020

  • Un bateau s’est approchée sic ..........

    PHENICIA

    06 h 11, le 06 août 2020