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Concert

Quand musique sacrée rime avec générosité

Le récital organisé dimanche soir par le Chœur de l’USJ, sous la direction de Yasmina Sabbah, en collaboration avec des membres de l’Orchestre philharmonique et l’Orchestre des Jeunesses musicales du Liban, constitue un des exemples les plus probants de la fraternité retrouvée dans un monde hobbesien où « l’homme est un loup pour l’homme ».

Quand musique sacrée rime avec générosité

Le Chœur de l’USJ, sous la direction de Yasmina Sabbah, avec des membres de l’Orchestre philharmonique et l’Orchestre des Jeunesses musicales du Liban. Photo Nataly Hindaoui

« Et pour dire simplement ce qu’on apprend au milieu des fléaux, qu’il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser », dixit Albert Camus. Ce n’est qu’en ces temps de grave crise sanitaire, d’effondrement économique, de dégradation des conditions sociales et d’incertitude politique que les mots prophétiques de l’auteur de La Peste prennent tout leur sens. Face à cette succession de crises, la solidarité demeure encore et toujours au cœur des engagements des Libanais. Le récital organisé dimanche soir par le Chœur de l’USJ, sous la direction de Yasmina Sabbah, en collaboration avec des membres de l’Orchestre philharmonique du Liban et l’Orchestre des Jeunesses musicales du Liban, constitue un des exemples les plus probants de la fraternité retrouvée dans un monde hobbesien où « l’homme est un loup pour l’homme ». Ce concert à but caritatif, sans public et diffusé en direct, intitulé There will always be light (Il y aura toujours de la lumière), au cours duquel fut interprété un des joyaux de la musique sacrée d’une bouleversante puissance émotionnelle, le Requiem en ré mineur de Mozart, avait pour but de lever des fonds au profit des associations Lebanese Food Bank et Cercle de la jeunesse catholique.*

Musicalement, le déroulement du concert a oscillé entre des moments de pure beauté reflétant de belles réussites de la part d’un chœur amateur mais également des moments décevants, voire même déroutants quelquefois. Tout d’abord, il est important de mentionner que Mozart est mort avant de pouvoir achever la composition de son requiem. C’est donc son élève Franz Xaver Süssmayr qui aura le mérite de le compléter. Cependant, son orchestration bien qu’impressionnante a été gâchée par des erreurs de voix, de doublages de notes non conformes aux règles du classicisme ainsi que d’autres détails grammaticaux qui ont fait que d’autres musicologues et compositeurs ont tenté de compléter la pièce inachevée dont Richard Maunder, Franz Beyer, H. C. Robbins Landon et Robert Levin. C’est la version lumineuse de ce dernier qui a été adoptée par la cheffe du Chœur de l’USJ pour le concert de dimanche. Quant aux solistes, c’est la voix angélique de la soprano Marie-Josée Matar qui a attiré toutes les attentions. Son timbre cristallin a irradié toutes les autres voix chantées par la mezzo-soprano Grace Medawar, le baryton basse César Naassy et le ténor Rani Ayrouth dont la performance était peu convaincante. Par ailleurs, faute d’effectif orchestral, les trois trombones nécessaires pour cette pièce ont été remplacés par un basson qui s’est chargé de jouer le solo de Tuba mirum afin de rendre possible l’exécution de cette pièce. Quoi qu’il en soit, on ne peut que saluer cette chorale universitaire pour sa généreuse initiative, vu que son but était purement caritatif. Une critique musicale approfondie d’un tel concert serait injuste si l’on compte tous les obstacles que ce chœur a dû franchir, dans cette période difficile, pour pouvoir produire ce concert. L’absence de synchronisation entre les voix parfois et le manque d’homogénéité entre les solistes deviennent alors des détails (presque) négligeables devant les objectifs de ce projet.

* Les donations se poursuivent sur la plate-forme : https://donate.lebanesefoodbank.org/en-US/donate/1/c/usj-choir/12/


« Le requiem » de Mozart, entre rumeurs et vérité

Plus de deux siècles après sa mort, le célèbre compositeur des Noces de Figaro n’a pas fini de faire couler de l’encre et continue d’alimenter des rumeurs et des faits non fondés, voire erronés jusqu’à aujourd’hui. Des rectifications historiques et musicales s’imposent afin de redresser la boussole tant désorientée. Et qui d’autre que l’éminent musicologue français Gilles Cantagrel, contacté par L’Orient-Le Jour, pour remettre les points sur des i considérés depuis longtemps comme des iotas. « L’année 1791 est celle où Mozart a gagné le plus d’argent, après les années noires de 1789 et 1790. Il n’est pas mort dans la misère », affirme le spécialiste qui ajoute qu’on sait très bien aujourd’hui et Mozart lui-même savait très bien d’où venait la commande du requiem : le comte Walsegg zu Stuppach. Le génie viennois a été très heureux d’accepter cette commande qui le faisait revenir vers la musique pour l’Église catholique négligée depuis longtemps. Il a commencé la composition dans la joie mais a été interrompu par d’autres travaux urgents dont la commande d’un opéra (La Clemenza di Tito, KV 621) pour le couronnement du roi Léopold II, qu’il devait composer en trois semaines. En cette année très féconde, il a également écrit un autre opéra, deux concertos, un quintette à cordes, de la musique maçonnique, et bien d’autres pièces. « Mozart ne savait pas du tout qu’il allait bientôt mourir. C’est absolument faux, des racontars imaginaires, et non des hypothèses. À oublier bien vite. Il a été empoisonné, non pas par Salieri, mais par un excès de mauvais médicaments. La fameuse lettre attribuée à Mozart, disant « c’est mon chant du cygne, je ne veux pas le laisser inachevé », est un faux, pur et simple anonyme, datant sans doute des années 1820, et rédigé dans un très mauvais italien, plein de fautes. Or Mozart connaissait parfaitement l’italien », insiste le musicologue octogénaire tout en mentionnant que parmi les 160 hypothèses sur les causes possibles de sa mort, la plus probable serait celle d’une overdose de médicaments de fabrication artisanale plus que douteuse, sur un terrain fragilisé par plusieurs maladies (rhumatisme articulaire aigu, entre autres) et par le surmenage. Quant à sa dépouille mortelle, elle n’a pas été jetée dans une fosse commune, comme le prétendent certains, mais inhumée anonymement dans le caveau paroissial en respect des consignes sanitaires du moment : « Le terme de “fosse commune” est très péjoratif chez nous et fait croire qu’on a jeté son corps en terre pour s’en débarrasser, comme un chien galeux, presque en cachette. Non, il a été inhumé comme on le faisait à Vienne à cette époque, dans le caveau paroissial, et selon les règles sanitaires précises édictées par l’empereur Léopold II. Les seuls témoins de son enterrement étaient donc les croque-morts comme c’était la tradition et comme l’exigeait le décret impérial, et aussi par crainte d’épidémie. » D’ailleurs, il suffit de feuilleter le livre 1791 : La dernière année de Mozart (paru en français chez Fayard en 2005) rédigé par l’un des meilleurs spécialistes du compositeur, H. C. Robbins Landon, qui a étudié de près la situation de ce dernier en 1791 et qui est reconnu pour son travail de correction des informations erronées sur Mozart. « Les idées fausses ont la vie dure », conclut Gilles Cantagrel.




« Et pour dire simplement ce qu’on apprend au milieu des fléaux, qu’il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser », dixit Albert Camus. Ce n’est qu’en ces temps de grave crise sanitaire, d’effondrement économique, de dégradation des conditions sociales et d’incertitude politique que les mots prophétiques de l’auteur de La Peste...

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