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Missions et vocations

Il venait à Beyrouth à seule fin de rappeler fermement à ses devoirs une classe dirigeante peu pressée de procéder aux réformes que réclament à l’unisson le peuple libanais et la communauté internationale. Ces responsables longs à la détente, à l’évidente mauvaise volonté, Jean-Yves Le Drian se proposait de leur sonner les cloches sur place, de leur secouer les puces, comme il le faisait récemment déjà, mais de loin, devant le Sénat français. Et cela d’autant que l’on n’a pas fini, ici, d’essayer de jouer au plus malin.


Si en effet le gros trou budgétaire de l’électricité est plus béant que jamais, on reste bouche bée devant le piètre tour de passe-passe auquel vient de se livrer le gouvernement, afin que demeurent bien cachés dans leurs placards tous ces squelettes qui jalonnent la longue et méthodique mise à sac des finances publiques. L’on a commencé par solliciter les services de la plus performante, la plus implacable, des firmes de juricomptabilité ; mais c’était seulement pour se raviser trois mois plus tard, au prétexte qu’elle entretenait des liens suspects avec Israël. On a donc passé au peigne fin le passé de la concurrence, et c’est hier qu’était recruté le remplaçant. De fait, cette perle rare ne présente, en ces temps de pandémie, aucun symptôme laissant croire qu’elle a pu être infectée par ce virus israélien qui épouvante tant nos sages docteurs. Mais si l’élue excelle en matière de restructuration financière, si elle est fort capable de former nos gouvernants, présents et futurs, à l’art d’équilibrer sainement les budgets, l’audit pénal n’est pas sa vocation première et elle ne s’est guère illustrée dans ce domaine. En un mot comme en mille, elle n’est pas faite pour déterrer des cadavres et démasquer les assassins de l’économie libanaise ; mais ce n’est certes pas le Premier ministre Hassan Diab, ou ses protecteurs, qui iront lui chercher des poux pour si peu : c’est ce genre précis de neutralité qu’apprécient visiblement ceux qui nous gouvernent…


Neutralité, le mot est lâché, et pour le ministre français des AE, attendu ce soir à Beyrouth, il ne s’agit plus seulement d’aiguillonner un pouvoir libanais scandaleusement amorphe face au désastre qui frappe notre pays. Avec le projet de non-alignement défendu depuis peu par le patriarche maronite, voilà en effet que la géopolitique fait irruption sur une scène déjà encombrée par une foule de crises institutionnelles, économiques, financières et sociales d’une acuité absolument sans précédent. Par-delà ses motivations premières, résultant d’une vieille tradition d’amitié franco-libanaise, c’est un caractère on ne peut plus éminemment diplomatique que revêt, du coup, la mission du chef du Quai d’Orsay : autant que la nécessité de réformes structurelles, cette question de neutralité, vivement décriée par le Hezbollah et ses alliés, promet de meubler les entretiens qu’il aura avec les officiels libanais.


Mais même dans la discrétion des échanges entre quatre murs, pas un seul de ces derniers ne songerait à remettre en cause la sacro-sainte thèse étatique : à savoir que la milice représente, au Parlement comme au gouvernement, une portion notable du peuple libanais. Or pour exacte que puisse être cette assertion rabâchée aux oreilles de nos interlocuteurs étrangers, elle occulte lâchement le fait que le Hezbollah, fort de son arsenal, fait cavalier seul, fait État à part, qu’il s’agisse d’équipées guerrières ou d’obédiences étrangères ; qu’il s’est même affirmé en faiseur de présidents ; qu’il rejette la neutralité par prétendu souci de souveraineté alors même qu’il œuvre à arrimer le Liban à l’axe syro-iranien.


Honte à un pouvoir libanais figé dans sa nullité, qui se décharge de ses responsabilités naturelles, laissant à des chefs religieux, tel le patriarche Raï, le soin de proposer des visions d’avenir, pour le plus grand bien de tous les Libanais. Et honte aux détracteurs du patriarche qui, pour châtier l’imprudent, n’ont rien trouvé de mieux que d’embrigader, dans une injuste cabale, des hommes de religion.


Issa GORAIEB
[email protected]


Il venait à Beyrouth à seule fin de rappeler fermement à ses devoirs une classe dirigeante peu pressée de procéder aux réformes que réclament à l’unisson le peuple libanais et la communauté internationale. Ces responsables longs à la détente, à l’évidente mauvaise volonté, Jean-Yves Le Drian se proposait de leur sonner les cloches sur place, de leur secouer les puces, comme...