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PLATE-FORME UNIVERSITAIRE

Ghayyir, un mouvement étudiant pour changer la donne

À l’Université libano-américaine (LAU), la priorité va à la lutte depuis 2017 contre l’influence des partis politiques dans les élections universitaires.

Ghayyir, un mouvement étudiant pour changer la donne

Des candidats de Ghayyir en plein débat sur les élections estudiantines de 2018/2019. Photo Nader Akoum

La volonté de sortir des schémas politiques traditionnels de la part d’une partie de la population existe aussi dans les milieux universitaires. À la LAU, ce désir de composer sans les partis existants a été incarné dans la création en 2017 du mouvement Ghayyir. « Le changement à l’échelle du pays doit d’abord venir des institutions éducatives, et la LAU en fait partie. Si l’on parvient à changer la dynamique, les mentalités, ou du moins à déclencher une pensée indépendante, civique et critique sur le campus, on pourrait assurer l’émergence de futurs diplômés libres d’esprit », affirme Nader Akoum. À 22 ans, cet étudiant en 5e année d’architecture qui se dit impliqué dans les politiques urbaines « pour un changement social » fait partie des jeunes initiateurs à l’origine du mouvement. « Tout a commencé avec les élections estudiantines. Dès le départ, nous nous sommes posés face aux étudiants politisés, affiliés aux partis politiques traditionnels. Lorsque nous nous sommes rendu compte que les partis politiques étaient de plus en plus présents sur le campus, au niveau des clubs par exemple, nous avons cherché à changer la dynamique de représentation des étudiants », affirme l’architecte en devenir.

Selon lui, les partis politiques existant au Liban s’immiscent dans la sphère universitaire de la LAU et tentent de drainer les étudiants au moment des élections. Il explique : « Leurs arguments sont du type : “vote pour moi, parce que j’appartiens à ce parti” ; ou “vote pour moi parce que, comme toi, j’aime Hassan Nasrallah” ; ou encore “vote pour moi puisque nous sommes tous les deux chrétiens”... Mais justement, ce que nous voulons avec Ghayyir, c’est expliquer aux étudiants qu’il faut voter pour quelqu’un parce qu’il a de vraies compétences de leader, avec des formations académiques solides, et pas simplement pour ce qu’il représente. » Nader Akoum insiste pour que Ghayyir ne soit pas confondu avec la soixantaine de clubs existant à la LAU, mais bien compris comme étant un mouvement ou une plateforme indépendante et affiliée à aucun parti. « Car, contrairement aux partis politiques, nous ne voulons pas conquérir, envahir les propriétés du campus. C’est ce qu’ils font dans les clubs et les collectifs : par exemple, le club de débat est tenu par les partis politiques chiites, le club des finances est tenu par les sunnites, le club des affaires étrangères est tenu par le Hezbollah », dénonce-t-il.

Nader Akoum. Photo Hussein Dbouk

« C’est le cadre qu’il faut changer »
Tous les ans, au moment des élections, Ghayyir rassemble des étudiants volontaires, sélectionnés sur la base de leurs compétences et de leur mérite, pour les préparer et les aider dans leur campagne. « En plus d’avoir affaibli la domination des partis politiques à la LAU, Ghayyir a permis de générer une meilleure conscience de ce sur quoi doit se fonder un vote, tout en créant une plate-forme permettant aux étudiants de se présenter sans peur, de manière indépendante », se félicite Nader Akoum. « Résultat : les gens n’ont plus peur de se présenter en indépendants, les partis politiques ont été contraints d’élever le niveau en appuyant des candidats vraiment intelligents et charismatiques, et sont de plus en plus faibles, bénéficiant de moins en moins de voix. » C’est qu’au fond, Ghayyir se bat pour une neutralité du campus de la LAU, dont l’administration se veut pourtant laïque. « Le problème, c’est que ce qui se passe sur le campus est le reflet de ce qui se passe au dehors. Quand un parti est fort à l’extérieur, il l’est aussi sur le campus. Ils arrivent à glisser leur corruption jusqu’ici. Nous voulons maintenir la pureté du campus, parce que le champ universitaire doit rester neutre », martèle l’étudiant.

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Mais l’infiltration des partis dans la vie des étudiants semble se faire dès la source. Nader Akoum explique que les bases de données contenant les informations sur les étudiants sont utilisées par les partis pour prendre les numéros de téléphone et créer des groupes WhatsApp pour chaque communauté religieuse. « Mon nom de famille indique que je suis druze : dès mon inscription, je suis directement assimilé au groupe druze. Comme si mon identité religieuse devait obligatoirement définir mes orientations politiques. C’est une violation des droits humains. C’est de la catégorisation, des biais préconçus. C’est une restriction des libertés fondamentales. Durant les précédentes élections, on a beaucoup parlé de laïcité, de droits de l’homme, de féminisme, de droits des animaux, de la communauté LGBT. C’est aussi parce qu’il y a trop peu de dialogues concernant ces sujets qu’on a senti la nécessité de créer le mouvement Ghayyir », rappelle Nader Akoum.

In fine, il semble qu’avec le mouvement Ghayyir, l’échiquier électoral dans le campus de la LAU soit aujourd’hui relativement contrebalancé. Si leurs adversaires reprochent aux étudiants qui se présentent en indépendants d’être « radicaux » ou encore « athéistes », la lutte pour la représentation du corps étudiant demeure sans heurts et se fait de manière respectueuse des libertés individuelles. Avec un nouvel enjeu, qui semble avoir changé la donne : « Aujourd’hui, la bataille sur le campus de la LAU n’est plus 8 Mars contre 14 Mars. Elle oppose les politisés aux apolitiques, les indépendants aux partisans », conclut Nader Akoum.




La volonté de sortir des schémas politiques traditionnels de la part d’une partie de la population existe aussi dans les milieux universitaires. À la LAU, ce désir de composer sans les partis existants a été incarné dans la création en 2017 du mouvement Ghayyir. « Le changement à l’échelle du pays doit d’abord venir des institutions éducatives, et la LAU en fait partie....

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