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Exposition

Wissam Melhem : La libération commence par soi

Sur les cimaises de la galerie Art on 56th, une série de toiles qui traduisent le vœu de libération de l’architecte et artiste émergent.

Wissam Melhem : La libération commence par soi

« Utopian Orgasm » de Wissam Melhem.

« Le rôle de l’artiste est de dessiner un rêve pour que chacun s’y retrouve et l’interprète à sa façon. C’est ce que j’ai essayé de faire dans “Émancipation” », assure Maie el-Hage, historienne de l’art et curatrice de l’exposition des œuvres de Wissam Melhem à la galerie Art on 56th. « Dans cette série réalisée entre 2019 et 2020 – un travail intense et stimulant tel un film animé –, ajoute-t-elle, Wissam examine les nombreuses expériences individuelles et collectives du Liban. À partir d’une étude des thèmes sociaux et culturels courants qui se reproduisent, “Émancipation” présente des archétypes d’espoir, de résilience et de résurgence du citoyen libanais contemporain. »


« Invoked » de Wissam Melhem.


Explorer les thèmes et les tessitures

Les œuvres sur toile, métal ou carton kraft – car l’artiste s’amuse à explorer toutes les textures et tous les matériaux – sont peuplées de langues qui s’entrelacent ou se repoussent. Mais aussi d’échelles qui s’élèvent. Cela dépend du narratif sous-jacent à l’œuvre. « Le symbole de la couronne par exemple, pour ne nommer que celui-ci, ajoute la curatrice, illustre la nature des relations entre la classe dirigeante et le peuple. » D’autres archétypes qui se retrouvent parsemés dans plusieurs toiles comme les langues ou les échelles reproduisent des états existants dans la ville de Beyrouth. « Avant de revendiquer la liberté, il faut commencer par se libérer soi-même, confie Wissam Melhem. Or nous sommes depuis longtemps coincés par une dictature verbale ou gestuelle. En effet, l’homme au fil du temps est devenu comme conditionné ou programmé par la société qui a anéanti toute liberté d’expression ou de pensée. Il est devenu l’otage des médias, des téléphones mobiles ou autres instruments de technologie qui lui dictent quoi faire et comment se diriger. On se croit libre, mais on ne l’est pas. Avant de lutter pour la liberté en général en scandant des slogans, commençons par un travail libératoire sur soi-même. Ainsi on s’est réveillé un jour au son d’une révolution qui a été suivie immédiatement par des nouvelles de la pandémie. À la télévision, plus question de révolution, place au coronavirus. Et puis un jour, le monde s’est réveillé encore une fois avec des infos sur le racisme. On ne parlait plus que très peu de coronavirus. C’est ainsi que les médias nous assènent leurs virus et nous dirigent. » Et l’artiste d’ajouter, à propos de la distanciation : « On sait très bien qu’on ne peut serrer la main de l’autre mais on se sent coupable de ne pas le faire. Pourquoi ? Car l’humanité a édicté des règles de politesse qui nous paraissent vitales. Et qui sont devenues comme une seconde peau. Or nous vivons des temps exceptionnels avec la pandémie. Il faut peut-être laisser tomber ces règles pour un certain temps. »

L’architecte, paysagiste et urbaniste, titulaire d’un baccalauréat ès arts en architecture et d’une maîtrise ès arts en urbanisme paysager de l’Université Notre-Dame de Louaïzé (NDU), travaille depuis plus de 10 ans comme architecte principal chez Nadim Karam et Hapsitus Architects à Beyrouth. Chargé actuellement de cours à temps plein à la faculté d’architecture, arts et design de la NDU, et de cours à temps partiel au département d’architecture paysagère de l’Université américaine de Beyrouth, il trouve dans la peinture son moyen d’expression pour se libérer lui aussi du totalitarisme urbain, devenu mondial. Pour avoir vécu longtemps dans la ville, il parvient à décrypter ses codes, à travers les processus d’esquisse et de peinture, explorant les différents thèmes, notamment les phénomènes de la révolution du 17 octobre et la pandémie ainsi que leurs effets sur l’être humain. « Lorsque j’ai une idée, je la croque immédiatement. C’est ainsi que je réfléchis… en images », dit-il. « Ce travail est le fruit de longues conversations et d’observations du collectif qu’il a voulu partager avec les autres », souligne la conservatrice Maie el-Hage. Ses compositions visuelles sont puissantes, mêlées d’éléments impressionnants. Elles racontent des histoires, non pas des légendes urbaines.

Galerie Art on 56th jusqu’au 18 juillet.


« Le rôle de l’artiste est de dessiner un rêve pour que chacun s’y retrouve et l’interprète à sa façon. C’est ce que j’ai essayé de faire dans “Émancipation” », assure Maie el-Hage, historienne de l’art et curatrice de l’exposition des œuvres de Wissam Melhem à la galerie Art on 56th. « Dans cette série réalisée entre 2019 et 2020 – un travail...

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