Fin de stage

Tout compte fait, il avait des dons soigneusement cachés, ce terne professeur de génie informatique se déclinant comme un technocrate pur et dur et donc peu rompu aux arcanes de la vie publique, malgré un séjour de près de trois ans à la tête du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur. Cette expérience pédagogique n’y est sans doute pour rien mais, devenu Premier ministre, Hassane Diab vient de démontrer spectaculairement combien il est capable, lui, d’apprendre vite : avec quelle dédaigneuse aisance il peut désormais tâter de cette matière abhorrée entre toutes qu’est, disait-il, la politique.


L’art de gouverner est fait, comme on sait, de grandeurs et de misères ; on comprend, dès lors, que pour un novice mis à l’apprentissage, le choix de la facilité est vite fait. Célébrant bruyamment, jeudi, ses cent jours de résidence au Sérail, le chef du gouvernement a abondamment puisé ainsi dans cette recette désormais en vogue dans notre indigente démocratie : remuez du vent, beaucoup de vent, ça fait un effet bœuf ; et pour monter la sauce, moussez-vous tout seul, du moment qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même.


C’est ce genre de pièce montée (de toutes pièces !) que s’offrait le président de la République quand, au moment de souffler les trois premières bougies de son mandat, il dressait de ce dernier un mirifique bilan. En habitué des chiffres, mais oubliant toute mesure, le chef du gouvernement se crédite, lui, d’un score encore plus phénoménal, affirmant s’être acquitté, en un temps record, de 97 % de ses engagements. Le problème est que pour tenter de le ramener sur Terre, on ne sait trop, de toutes les calamités présentes, laquelle invoquer en premier : la monnaie nationale tombée au plus bas sur le marché des changes, la baisse dramatique du pouvoir d’achat, les prix qui échappent à tout contrôle ou bien alors tout le reste ?


Le reste, et non le moindre, c’est toutes ces réformes exigées par la situation et qui tardent tant à se concrétiser de manière crédible. Les encouragements et coups d’aiguillon impatients, excédés, de la communauté internationale, Hassane Diab les présente cavalièrement comme autant d’enthousiastes cautions à son train de tortue. Les contraintes financières du coronavirus aidant, l’enveloppe du programme CEDRE est déjà réduite de moitié. À l’heure même où le Premier ministre donnait le signal des célébrations, l’un des négociateurs du Fonds monétaire international indiquait que son équipe en était encore à essayer de cerner la vision officielle en matière de sortie de crise. De quelle vision parle-t-on, au fait, quand, en dépit du rabibochage intervenu entre Diab et le gouverneur de la Banque du Liban, il y a toujours un monde entre les évaluations et recommandations du gouvernement, de l’institut d’émission, de l’Association des banques et des organismes économiques ?


Au final, on peut se demander par quelle aberration de l’esprit on persiste à jouer au plus fin avec les experts du FMI qui ont mis le doigt sur la plaie béante de l’Électricité, par où continuent de s’échapper en masse les ressources du pays. C’est un véritable travail de spéléologue qui attend ces spécialistes, tant s’enchevêtrent les labyrinthes de ce racket. En l’absence de responsables assez libres, honnêtes ou courageux pour éclairer l’opinion sur ce sombre dossier, c’est du grand large seulement que pourra venir la lumière.


Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com


Tout compte fait, il avait des dons soigneusement cachés, ce terne professeur de génie informatique se déclinant comme un technocrate pur et dur et donc peu rompu aux arcanes de la vie publique, malgré un séjour de près de trois ans à la tête du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur. Cette expérience pédagogique n’y est sans doute pour rien mais, devenu...