Entreprises

Les commerces non essentiels, laissés- pour-compte de l’état d’urgence sanitaire

Une entrepreneuse appelle le gouvernement à mettre en place une stratégie reprenant des attributs du commerce en ligne.

Au Liban, les détaillants et les grossistes qui vendent des produits considérés comme non essentiels ne sont pas autorisés à ouvrir pendant l’état d’urgence sanitaire. Photo P.H.B.

Le 15 mars, le gouvernement libanais décrétait l’état d’urgence sanitaire, une période de « mobilisation générale », initialement de deux semaines avant d’être prolongée jusqu’au 12 avril, afin de contrer l’épidémie mondiale du nouveau coronavirus.

En plus des mesures de confinement, l’exécutif ordonnait la suspension des activités dans la majorité des entreprises, sauf cas d’extrême nécessité. Au niveau des commerces, certaines filières considérées comme vitales (grande distribution, alimentation et pharmacies principalement) ont ainsi été autorisées à ouvrir, non sans certaines précautions (port de masques, thermomètres pour contrôler les clients à l’entrée, installation de vitres de protection aux comptoirs, etc.).

Cette situation est mal vécue par les détaillants et les grossistes qui vendent des produits considérés comme non essentiels – magasins de vêtements, d’ameublement, d’outillage, libraires, fleuristes, joailliers, etc. Des entreprises déjà étranglées par la profonde crise économique et financière que traverse le pays depuis plusieurs mois et qui doivent se résigner à attendre la fin du confinement.

« Les autorités ont clairement indiqué que cette période pourrait se prolonger. Mais les commerçants qui n’ont pas de dérogations ont-ils les moyens de tenir longtemps ? » s’interroge Cynthia Chamat Debbané auprès de L’Orient-Le Jour. Propriétaire de boutique hub, un « concept store » (magasin indépendant à thématique précise) spécialisé dans la mode et basé à Beyrouth, elle appelle le gouvernement à revoir sa stratégie de lutte contre l’épidémie en autorisant les commerces non essentiels à continuer de fonctionner en privilégiant les méthodes du commerce en ligne : communication à distance entre le commerçant et les clients, et livraison à domicile.


(Lire aussi : Les immunités meurtrières, l'éditorial de Issa GORAIEB)


Un enjeu important

« L’idée est d’organiser efficacement et de manière officielle la gestion de l’activité dans la majorité des filières non essentielles, afin que le pays ne soit pas quasiment à l’arrêt pendant l’état d’urgence sanitaire. S’il n’est pas certain que tous les commerces puissent réussir à se réorganiser pour vendre leurs produits à distance, cela permettra au moins d’en soulager une partie », ajoute l’entrepreneuse. « L’enjeu est important, car 80 % des Libanais qui dirigent des PME ou y sont employés n’ont actuellement plus le droit d’exercer leur activité », ajoute-t-elle, paraphrasant un courrier contenant ses propositions et qui a été transmis cette semaine au ministère de l’Économie et du Commerce, via l’Association des commerçants de Beyrouth. D’après les chiffres fournis par cette dernière, les ventes de biens de grande consommation, équipements et dispositifs médicaux, de produits pharmaceutiques ainsi que ceux issus des boulangeries et pâtisseries représentent environ 23 % du chiffre d’affaires global des commerces en temps normal, sans compter le tabac et les alcools (environ 2 %).

Au niveau de la mise en œuvre de ce dispositif, l’entrepreneuse suggère la création d’un système de permis gratuit pour les commerces non essentiels qui souhaitent poursuivre leurs activités. L’octroi de ce permis tiendrait compte de plusieurs paramètres : type d’activités, fiche détaillée des points de vente et des espaces de stockage, et nombre d’employés nécessaires par lieu. À partir de ces données, les autorités pourront fixer pour chaque cas la batterie de mesures et d’équipements nécessaires pour limiter au maximum les risques sanitaires dans les locaux où sont entreposées les marchandises, le nombre maximum d’employés autorisés en fonction de la surface des locaux investis, ou encore les horaires d’ouverture. Cynthia Chamat Debbané demande également que des certificats soient délivrés – là aussi selon certains critères – aux entreprises de livraison, qui joueront un rôle central dans la mise en œuvre de la stratégie. « L’octroi de permis permettra aux forces de l’ordre de distinguer facilement ceux qui sont autorisés de circuler des autres », assure-t-elle. Pour un expert en commerce électronique, qui a souhaité rester anonyme, la proposition de l’entrepreneuse soulève plusieurs questions. « D’un côté, il y a effectivement une urgence sur le plan économique. Mais de l’autre, il y a les difficultés sur le plan technique et organisationnel que pose la mise en place d’une telle stratégie », résume-t-il. « Mais ces défis ne sont pas non plus insurmontables et les moyens existants, notamment les applications de messageries instantanées et les réseaux sociaux, sont assez développés pour permettre aux commerçants de communiquer avec leurs clients. Certains supermarchés de quartier ont d’ailleurs déjà mis en place des services de livraison à domicile », reconnaît-il.


(Lire aussi : Le gouvernement veut éviter « tout faux pas », alors que les mesures de confinement se relâchent)



Pas d’alternatives

L’expert s’accorde en outre avec Cynthia Chamat Debbané pour reconnaître qu’en l’absence d’alternative sérieuse pour permettre aux commerces non essentiels de générer des revenus pendant la période de mobilisation générale, cette situation risque à terme d’avoir des conséquences dramatiques aussi bien sur le plan économique que sanitaire. « Il y a un risque que des commerçants en difficulté se mettent à contourner les règles de confinement pour tenter de générer des revenus et rendent le travail de contrôle des forces de l’ordre plus compliqué », martèle Cynthia Chamat Debbané.

Si les gouvernements d’autres pays ont effectivement débloqué des enveloppes parfois massives pour soutenir leurs entreprises, la seule mesure prise par les autorités libanaises – qui ont récemment fait défaut sur le remboursement de la dette publique en devises du pays – émane de la Banque du Liban. À travers la circulaire n° 547, celle-ci a mis en place il y a une semaine un mécanisme de prêt à taux zéro accessible aux sociétés par l’intermédiaire de leurs banques et visant à limiter pour trois mois au moins les problèmes de liquidités qu’elle rencontrent.

Une mesure qui n’a pas rassuré la majorité des secteurs d’activité du pays, lesquels se sont succédé ces deux dernières semaines pour demander un soutien plus conséquent. L’ACB a par exemple demandé aux banques de prolonger de six mois au moins les délais de grâce pour les remboursements actuels dus, ou encore d’exonérer des cotisations dues à la Caisse nationale de Sécurité sociale.

Le risque de débordement lié au manque apparent d’engagement de l’État vis-à-vis des entreprises du pays en général, et des commerces en particulier, s’est déjà concrétisé sur le terrain. Le 21 mars, jour de la fête des Mères au Liban, de nombreux fleuristes ont par exemple bravé l’interdit gouvernemental et ouvert leurs portes, sans pour autant négliger les précautions sanitaires. Dimanche, des manifestations ont été organisées dans la banlieue sud de Beyrouth ainsi que dans plusieurs quartiers populaires de Tripoli, en violation du couvre-feu en vigueur depuis une semaine, pour protester contre l’absence de mesures de soutien de l’État aux entreprises. Une contestation qui peut être entendue en ces temps de crise, mais qui augmente considérablement les risques de propagation de l’épidémie de Covid-19.


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Le 15 mars, le gouvernement libanais décrétait l’état d’urgence sanitaire, une période de « mobilisation générale », initialement de deux semaines avant d’être prolongée jusqu’au 12 avril, afin de contrer l’épidémie mondiale du nouveau coronavirus.

En plus des mesures de confinement, l’exécutif ordonnait la suspension des activités dans la majorité...

commentaires (2)

VOILA OU L,ON EST. LE GOUVERNEMENT EN FAILLITE ET LES BANQUES, PREDATEURS FINANCIERS VOLANT LES ECONOMIES DU PEUPLE, ONT CONDAMNES LA MAJORITE DES LIBANAIS A LA GRANDE PAUVRETE. LA CHOSE IRA DE MAUVAIS A PIRE.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

22 h 09, le 01 avril 2020

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Commentaires (2)

  • VOILA OU L,ON EST. LE GOUVERNEMENT EN FAILLITE ET LES BANQUES, PREDATEURS FINANCIERS VOLANT LES ECONOMIES DU PEUPLE, ONT CONDAMNES LA MAJORITE DES LIBANAIS A LA GRANDE PAUVRETE. LA CHOSE IRA DE MAUVAIS A PIRE.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    22 h 09, le 01 avril 2020

  • Conserver le moral des gens confinés est "essentiel ". Autrement dit,ce qui ne le paraît pas au premier regard peut l'être en réalité. A titre d'exemple, en France, les magasins de bricolage sont autorisés. Ainsi les gens enfermés chez eux peuvent s'occuper en faisant des travaux d'aménagement ou de réparation dans leur maison.

    Yves Prevost

    21 h 34, le 01 avril 2020