Liban solidaire

« Baytna baytak », le lien entre propriétaires généreux et soignants courageux

En huit jours, 200 appartements ont été gracieusement mis à la disposition de ceux qui se mobilisent auprès des malades du Covid-19.

Le logo de Baytna baytak.

Outre les applaudissements sur les balcons et autres hommages, les personnels hospitaliers en charge de malades du coronavirus ont besoin de gestes de solidarité encore plus concrets. Inquiets du risque de contamination qu’ils font encourir chaque soir à leurs proches lorsqu’ils rentrent dans leurs foyers, les soignants aspirent à trouver des logements proches de leurs lieux de travail pour y habiter seuls. Le groupe Mintechrine issu du Mouvement du 17 octobre a pris toute la mesure de ce besoin, pour tenter de le satisfaire en créant sur Instagram Baytna baytak (Notre maison est la vôtre), il y a huit jours. Cette plate-forme assure un lien entre les propriétaires de logements qui désirent prêter leurs appartements gratuitement et les médecins, infirmières et infirmiers qui souhaitent en profiter.

« L’idée est venue lorsqu’un de mes amis m’a dit vouloir mettre à la disposition des personnels soignants cinq appartements qu’il louait habituellement à travers Airbnb », indique Maroun Karam, membre de Mintechrine. Avec son camarade Taymour Jreissati, il développe l’idée, attirant d’autres jeunes activistes, en l’occurrence Bouchra Boustany, Mélissa Fathallah, le Dr Élie Saliba, Roula Stephan et Javad Abboud. Tous se mobilisent pour trouver des lieux d’hébergement et assurer des fonds pour couvrir les frais de logistique.

La générosité des Libanais et leur esprit de solidarité se manifestent, à peine l’initiative lancée. Tant et si bien qu’en quelques jours, 200 logements meublés ont été disponibles, dont 24 offerts par le complexe balnéaire Eddé Sands (Jbeil), et 18 par Saifi Garden (Beyrouth). « Cent-dix soignants, notamment des médecins, infirmières et membres de la Croix-Rouge libanaise, ont déjà été logés », se félicite Maroun Karam, précisant que « le personnel hospitalier bénéficiaire travaille pour la plupart à l’hôpital Rafic Hariri, l’Hôtel-Dieu de France (HDF), l’Hôpital américain de Beyrouth (AUB), l’Hôpital Saint-Georges et l’hôpital Notre-Dame des Secours (Jbeil) ». « Les appartements fournis à Beyrouth sont à présent presque tous occupés. Ceux encore vacants se situent dans d’autres régions comme le Kesrouan et le Liban-Sud », affirme le jeune homme, qui estime qu’« ils seraient d’une grande utilité si le Covid-19 se propageait davantage dans ces zones ».


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En un clic

Pour ceux qui cherchent à être hébergés, la procédure est simple. En un clic sur Baytna baytak, ils ont accès à un formulaire à remplir, comportant notamment leurs nom et prénom, la région d’habitation souhaitée et la durée d’occupation. « Les propriétaires se sont engagés à mettre leurs biens à disposition tant que durera la crise sanitaire », assure d’ailleurs Maroun Karam, soulignant que « la seule condition requise est que le futur occupant donne une copie de son identité à réception des clés ». Comment être sûr que les demandeurs travaillent bien dans des établissements hospitaliers ? « Dans chacun des hôpitaux concernés, nous avons des amis médecins qui nous confirment connaître les uns et les autres. »

Par précaution en ces temps de coronavirus, les logements offerts sont désinfectés avant et après l’occupation des lieux. « Nous avons conclu un partenariat avec la société de nettoyage Tandif, qui fournit ses services sans demander aucune participation aux demandeurs de logement », détaille Maroun Karam.

Cette initiative de solidarité envers le personnel soignant est intervenue alors que l’opinion publique a été secouée par des propos tenus la semaine dernière par un présentateur vedette de talk-show télévisé. Il avait mis en doute l’opportunité des demandes de personnels soignants du coronavirus d’obtenir des logements à titre gracieux à proximité de leur lieu de travail.


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À qui les laisserait-on ?

Élie Khoury est en 2e année de résidanat au service de pédiatrie et néonatologie de l’hôpital Hariri. La maison familiale est à Jal el-Dib, donc pas très loin, mais il ne veut pas exposer sa mère, veuve, au risque de contagion. Heureux de cette initiative, il remercie tant ses auteurs que les hôtes volontaires, sachant que « beaucoup de jeunes qui poursuivent leur spécialisation n’ont pas les moyens de louer un appartement ». « C’est sur Facebook que j’ai eu vent de l’initiative. Je suis entré en contact avec Maroun Karam et le deal s’est conclu en 30 minutes : il m’a proposé un logement à Geitaoui (Achrafieh) où je suis installé depuis mercredi. » Le jeune médecin salue « les propriétaires qui mettent à disposition des hébergements », en disant comprendre « ceux qui, par peur, refusent d’offrir même en contrepartie de loyers leurs biens aux personnes qui se mobilisent dans la lutte contre le coronavirus ».

Betty Taslakian, 26 ans, travaille pour sa part à l’Hôtel-Dieu de France, dans le service Covid-19 nouvellement aménagé. Elle fait partie de l’équipe du service pneumologie converti en soins pour les malades contaminés par le coronavirus. « Si nous renonçons à notre devoir, à qui laisserait-on les patients ? » s’interroge cette infirmière, affirmant qu’elle s’active autour d’eux durant de « longues journées de 12 heures ». Cependant, elle ne veut pas faire payer le prix de son engagement à ses parents avec qui elle vit à Jdeidé (Metn) en compagnie de ses trois sœurs. « Je prends toutes les précautions requises à l’hôpital, mais même si le risque ne s’élève qu’à 0,1 %, je ne souhaite pas que mon père et ma mère l’encourent. » Ayant été informée sur WhatsApp de l’initiative de Baytna baytak, elle a contacté Maroun Karam, qui, dit-elle, lui a fait parvenir dès le lendemain les clés d’un appartement « très propre », situé à Gemmayzé, généralement loué sur Airbnb. « Je n’ai eu besoin que de remplir un formulaire », lance-t-elle, ravie.


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Outre les applaudissements sur les balcons et autres hommages, les personnels hospitaliers en charge de malades du coronavirus ont besoin de gestes de solidarité encore plus concrets. Inquiets du risque de contamination qu’ils font encourir chaque soir à leurs proches lorsqu’ils rentrent dans leurs foyers, les soignants aspirent à trouver des logements proches de leurs lieux de travail...

commentaires (2)

Bravo, grand bravo.

Eddy

13 h 36, le 31 mars 2020

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Commentaires (2)

  • Bravo, grand bravo.

    Eddy

    13 h 36, le 31 mars 2020

  • Louable... Marcel Ghanem a perdu le respect de beaucoup avec son attitude hautaine... Jamais je ne regarderai son programme.

    Rene Malek

    09 h 34, le 31 mars 2020