Crise

Remboursement des eurobonds de mars : le gouvernement s’accorde deux semaines

Une source ministérielle indique qu’« il n’y a pas encore de décision tranchée sur le remboursement ou non des euro-obligations, car cela dépendra aussi de la réaction du marché, et plus particulièrement des créanciers étrangers ».

Une réunion nocturne au Grand Sérail consacrée à la situation financière du pays. Photo DR

Le Conseil des ministres, réuni hier à Baabda, n’a finalement pas tranché la question du remboursement ou non des eurobonds (titres de dette émis en dollars) arrivant à échéance le 9 mars. L’exécutif a décidé de confier cette mission à une commission composée des principaux responsables des secteurs économique et financier et d’experts qui seront chargés de lui présenter différentes options avant la fin du mois de février.

Ces dernières semaines, les cercles économiques et politiques au Liban débattent de l’opportunité, dans un contexte de crise économique et financière aiguë, de rembourser des eurobonds qui s’élèvent à 1,2 milliard de dollars. Certains milieux prônent de négocier dès à présent avec les créanciers de l’État une restructuration de la dette. Signe de l’urgence, le gouvernement a officiellement adressé mercredi une demande au Fonds monétaire international (FMI) pour une assistance technique. Des experts du FMI sont attendus dans les prochains jours. Ils devront présenter au Liban un plan économique, monétaire et financier global pour gérer la crise.



(Lire aussi dans Le Commerce du Levant : Les enjeux juridiques de la restructuration de la dette, selon Nasri Diab et Karim Daher)



La réaction des créanciers sera déterminante
Contactée par L’Orient-Le Jour, une source gouvernementale assure que, pour le moment, « il n’y a pas encore de décision tranchée sur le remboursement ou non des eurobonds, car cela dépendra aussi de la réaction du marché, et plus particulièrement des créanciers étrangers, car le service de la dette externe est assez élevé ». Elle ajoute que l’exécutif pourrait songer à « demander un report », mais qu’il ne souhaite pas « faire de geste brusque », car « le but est de minimiser l’impact que pourrait avoir une telle décision en pesant soigneusement le pour et le contre, et en l’inscrivant dans le cadre d’un programme d’accompagnement pour un ajustement budgétaire et une relance économique ». Elle concède toutefois que ce sera « une décision politique ».

Dans ce contexte, l’étude des « différentes options » auxquelles est confronté le Liban sera faite par une commission ad hoc, selon notre correspondante à Baabda, Hoda Chédid. Cette commission sera composée du ministre des Finances, Ghazi Wazni, du ministre de l’Économie, Raoul Nehmé, du gouverneur de la Banque centrale (BDL), Riad Salamé, du président de l’Association des banques du Liban (ABL), Salim Sfeir, et d’experts issus d’organisations internationales. Ces experts offriront leur conseil gratuitement, précise notre correspondante.Cette cellule devra achever ses travaux d’ici à la fin du mois afin d’en présenter les conclusions au gouvernement. Elle a tenu hier en début de soirée sa première réunion au Grand Sérail. Notre correspondante à Baabda indique qu’au cours de ces réunions de la commission, Riad Salamé devra présenter les derniers chiffres concernant les réserves utilisables en devises de la BDL.L’organisation civile Kulluna Irada a, pour sa part, réagi en appelant une nouvelle fois le gouvernement à procéder à une restructuration de la dette, en adoptant un appel d’offres transparent en vue de la sélection d’un cabinet d’avocats international et d’un cabinet de conseil financier international spécialisés dans la restructuration de la dette. Kulluna Irada préconise qu’une telle procédure soit gérée par une commission incluant des membres du gouvernement, l’ordre des avocats ainsi que des représentants de la société civile.

Plus tôt dans la journée, lors d’une réunion économique et financière à Baabda, M. Wazni avait déjà indiqué que « plusieurs options sont étudiées au sujet des eurobonds, notamment celle du paiement ou du non-remboursement ». « Nous sommes convenus de poursuivre l’étude de ces options afin de trancher cette question, car toute décision à ce niveau ne sera pas facile », avait expliqué le ministre. Avaient participé à cette réunion le Premier ministre, Hassane Diab, le président du Parlement, Nabih Berry, la vice-présidente du Conseil et ministre de la Défense, Zeina Acar, le ministre de l’Économie, Raoul Nehmé, le gouverneur de la BDL, le président de l’ABL, et le directeur général de la présidence de la République Antoine Choucair. La source gouvernementale précitée explique en effet qu’une équipe resserrée présidée par le Premier ministre et composée des ministres des Finances et de l’Économie, de la BDL et de la Banque mondiale travaille « depuis trois semaines sur les différents scénarios auxquels le pays pourrait être confronté en fonction de l’ampleur de la contraction des importations, de l’inflation et de l’évolution de la situation des banques ». « Ce travail porte aussi sur des mesures antichocs et des mesures de protection des gens les plus vulnérables », ajoute-t-elle. Quant à l’assistance technique du FMI, « elle portera exclusivement sur les volets monétaire et financier ».

L’ensemble de ce travail sera déterminant dans le processus de décision relatif au remboursement ou non des eurobonds, assure la source gouvernementale, en plus d’un potentiel soutien financier de la communauté internationale. « On a clairement besoin d’un appui externe, qui devrait notamment se matérialiser par une aide financière, mais nous savons pertinemment qu’avant de pouvoir espérer y accéder, il faut que nous fassions preuve de rigueur dans notre gestion », affirme-t-elle.



(Lire aussi : Restructuration de la dette : L’excuse du temps n’est plus recevable, selon Sibylle Rizk)



Contrôle des capitaux
Le ministre des Finances avait en outre indiqué lors de la réunion de Baabda que « la question du contrôle des capitaux a également été soulevée et nous nous sommes mis d’accord pour qu’une circulaire claire soit publiée dans les deux prochains jours afin de mettre un terme aux décisions discrétionnaires (des banques) qui concernent les dépositaires et les bénéficiaires de crédits ». Les banques libanaises, très exposées à la dette publique galopante du pays (près de 90 milliards de dollars, soit 150 % du PIB, un des pires ratios au monde), ont de leur côté mis en place de façon informelle et unilatérale des mesures de contrôle de capitaux qui ont frappé de plein fouet l’activité des entreprises et alimenté un climat anxiogène poussant de nombreux déposants à chercher à retirer leur argent des banques.


Budget 2021
Par ailleurs, selon les déclarations de la ministre de l’Information, Manal Abdel Samad, à l’issue du Conseil des ministres, le chef de l’État a exhorté le cabinet à « commencer à appliquer » le plus rapidement possible la déclaration ministérielle en préparant des plans d’urgence à court et moyen terme afin de faire face aux « conditions économiques, financières, monétaires et bancaires exceptionnelles que traverse le pays ». Il a appelé le gouvernement Diab à se mettre « directement au travail pour préparer le budget de l’État pour l’exercice 2021 ».

Le Premier ministre a de son côté demandé aux différents membres du gouvernement de préparer, d’ici à la semaine prochaine, un dossier contenant les projets et dossiers les plus urgents pour chaque ministère. Il les a également fait signer un engagement à ne pas se présenter à d’éventuelles élections législatives qui auraient lieu lors de leur mandat ministériel et leur a demandé de signer des déclarations de patrimoine.



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commentaires (7)

Il faut surtout identifier tous ceux qui se sont récemment rués pour racheter les Eurobonds Libanais en bourse, à 40% de leur prix poir les encaisser à 100% dans 3 semaines, ainsi que leurs liens potentiels avec des personnalités politiques... A propos, pourquoi la BDL ne rachète-t-elle pas sa dette à 40%?...

Gros Gnon

10 h 53, le 15 février 2020

Tous les commentaires

Commentaires (7)

  • Il faut surtout identifier tous ceux qui se sont récemment rués pour racheter les Eurobonds Libanais en bourse, à 40% de leur prix poir les encaisser à 100% dans 3 semaines, ainsi que leurs liens potentiels avec des personnalités politiques... A propos, pourquoi la BDL ne rachète-t-elle pas sa dette à 40%?...

    Gros Gnon

    10 h 53, le 15 février 2020

  • ils n'ont pas encore compris , ils n'ont donc aucun plan serieux, ils ne veulent donc pas encore faire le minimum exige et attendu . ILS ESPERENT ENCORE FAIRE UNE OMELETTE SANS CASSER DES OEUFS ! COMME QUOI AOUN & PT'T DIAB NE VEULENT PAS QUE LEUR "" ERE "" SOIT ENTACHEE DANS LA MEMOIRE DU PEUPLE, D'AVOIR APPLIQUER DES MESURES MINIMALES MAIS SEVERES AFIN D'ABOUTIR

    gaby sioufi

    09 h 25, le 15 février 2020

  • NE VOUS PRESSEZ PAS!!! LE PEUPLE LIBANAIS EST TRÈS PATIENT!!!!????

    Hoda Chehab

    17 h 30, le 14 février 2020

  • Deux semaines pour réfléchir pour trouver une nouvelle entourloupe ingénieuse de voler un peu plus le simple citoyen libanais sans défense

    Liberté de Penser

    11 h 51, le 14 février 2020

  • NEGOCIEZ IMMEDIATEMENT LA RESTRUCTURATION DE LA DETTE CES 1.2 MILLIARDS COMPRIS. LE MARCHE LIBANAIS EN A GRAND BESOIN ACTUELLEMENT. PLUS DE GAFFES ET D,INCOMPETENCE !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    10 h 02, le 14 février 2020

  • Au travail Messieurs les Ministres. Votre report hier de la décision de rembourser ou non les eurobonds du mois de mars et de nommer une commission n'est pas de bon augure. Vous avez eu amplement le temps de réfléchir à cette question. Soyez courageux et ne vous laissez pas influencer par les pressions des différents lobbies. Décidez en votre âme et conscience dans le seul intérêt du pays. Montrez qu'il existe au Liban des femmes et des hommes capables de redresser la barre. Le monde vous attend au tournant. C'est une occasion unique pour vous de montrer que vous êtes dignes d'entrer dans l'Histoire par la Grande Porte. Sinon vous serez relégués comme nombre de vos prédécesseurs dans les poubelles de l'Histoire.

    Georges Airut

    07 h 55, le 14 février 2020

  • "... et d’experts issus d’organisations internationales ... qui offriront leur conseil gratuitement ..." Ah bon? Et quelle est leur motivation alors? Leur amour pour le Liban?

    Gros Gnon

    03 h 07, le 14 février 2020