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Politique - Reportage

Venus des quatre coins du pays, des Libanais ravivent la flamme de la révolution à Tripoli

À l’inverse des semaines précédentes où les Tripolitains venaient manifester à Beyrouth, ce sont les habitants de Beyrouth et du reste du Liban qui se sont rendus samedi dans la capitale du Liban-Nord, pour marquer leur solidarité avec la « fiancée de la révolution ».


Les manifestants de nouveau rassemblés sur la place al-Nour, samedi, à Tripoli. Photo Carla Henoud

Les Tripolitains qui ont pris part samedi à la marche contre le pouvoir dans leur ville avaient du mal à reconnaître, dans la foule, des visages familiers. Et pour cause, des manifestants étaient venus de différentes régions libanaises pour apporter leur soutien à la capitale du Liban-Nord, un des fers de lance de la révolution depuis le 17 octobre.

Ainsi, pour la première fois depuis des semaines, la place Abdel Hamid Karamé (al-Nour), haut lieu de la contestation depuis le déclenchement du soulèvement populaire, a quelque peu retrouvé, samedi, des couleurs. Même si le rassemblement n’avait pas l’ampleur de ceux des premiers jours du mouvement. Les groupes de manifestants venant de Zghorta, du Akkar, du Kesrouan, du Metn, de Beyrouth, du Liban-Sud ou de la Békaa se sont rassemblés sur la place, autour de l’énorme sculpture en métal représentant le mot Allah, la seule constante de tout le paysage urbain de la place. « Saluons la Békaa », criait l’un des manifestants sur un mégaphone, mentionnant également tour à tour Tyr, Nabatiyé, Beyrouth et d’autres régions. « Nous les saluons », répétait à l’unisson la foule, très hétérogène.

Outre les slogans en faveur de l’unité islamo-chrétienne, des manifestants ont dénoncé les arrestations d’activistes, de plus en plus fréquentes ces derniers temps. Un manifestant criait ainsi dans son mégaphone : « C’est l’État de Rustom Ghazalé, de Jamil Sayyed et de Ghazi Kanaan, alors que nous représentons le Liban du cèdre, de la justice et du vivre-ensemble. » Ils ont surtout affiché leur soutien à Rabih Zein, activiste controversé à la tête d’un groupuscule de contestataires. Actuellement en détention, il est accusé d’avoir commis des actes de vandalisme. Plusieurs manifestants de Tripoli brandissaient son portrait accompagné du slogan : « Libérez Rabih Zein immédiatement ! »


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« Tripoli, pilier de la révolution »

Peu avant 16h, les centaines de manifestants ont entamé leur marche dans les rues de la grande ville du Nord, l’occasion pour nombre d’entre eux de découvrir Tripoli. Au-dessus du cortège flottait un énorme drapeau libanais avec l’inscription « Des manifestants de la Montagne aux manifestants de Tripoli ». De la place al-Nour à la rue Azmi puis au rond-point al-Nini et de retour à la place, les manifestants de toutes les régions libanaises scandaient les mêmes slogans.

Sandy Chamoun, 39 ans, est venue de Mansourieh dans le Metn. Pourquoi a-t-elle choisi de participer à la marche à Tripoli, alors que d’autres processions avaient eu lieu parallèlement à Beyrouth ? « Je suis venue pour soutenir Tripoli, parce que je crois que si la révolution s’éteint dans cette ville, il n’y aura plus de révolution ailleurs au Liban », répond-elle. Et de poursuivre : « Nous manifestons aujourd’hui encore pour montrer que la révolution n’est pas terminée, bien au contraire, elle vient tout juste de commencer. »

Rami Dandachi, originaire de Tripoli, participe à la marche avec deux femmes qui ont ceint leur front de bandanas aux couleurs du drapeau libanais. Il se réjouit de ce soutien national. « Les Libanais des autres régions s’inquiètent de l’éventualité que la flamme de la révolution s’éteigne à Tripoli parce que c’est la région la plus pauvre du pays, et ce sont les pauvres qui alimentent le feu des révolutions », affirme-t-il.

Pour Ghada Abou Rahmé, venue de Ras Beyrouth, la participation des Libanais de toutes les régions au rassemblement à Tripoli est très significative. « Depuis le 17 octobre, les habitants de Tripoli ont été à nos côtés à Beyrouth et nous ont soutenus », dit-elle, avant de poursuivre : « Aujourd’hui, il est temps que nous nous rendions chez eux pour leur afficher notre soutien total et absolu. » Pour cette Beyrouthine venue avec des amies, la ville de Tripoli constitue un des piliers de la révolution du Liban. Pourquoi ? « Je ne sais pas pourquoi, honnêtement, mais c’est comme ça ! avoue-t-elle. Ce n’est que dernièrement que les Libanais se sont rendu compte de l’importance de la contestation dans cette ville. »

Avant de revenir sur la place al-Nour, la marche s’est arrêtée à deux reprises. La première lorsque les cloches des églises de la rue des Églises ont sonné, et une seconde fois lorsque l’appel du muezzin a retenti dans la ville. Peu après leur retour sur la place, les manifestants se sont rassemblés autour d’un feu. Malgré le froid qui s’était installé à la nuit tombée, ils semblaient peu pressés de rentrer chez eux. « Dégage Hassan Diab ! Dégage Nabih Berry ! Dégage Michel Aoun ! » entendait-on encore dans la nuit sur la place al-Nour.



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