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La Grèce encourage le maréchal Haftar dans le processus de paix libyen

Diplomatie

Malgré ses multiples pressions, le gouvernement grec n'a pas été invité à la conférence de Berlin qui vise à lancer un processus de paix en Libye sous l'égide de l'ONU.

OLJ/AFP
17/01/2020

La Grèce, exclue de la conférence de Berlin sur la Libye, a reçu vendredi le maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l'Est de la Libye qui s'oppose au gouvernement de Tripoli, l'encourageant à "réussir le cessez-le-feu" à deux jours de cette conférence de paix.

Malgré ses multiples pressions, le gouvernement grec n'a pas été invité à la conférence de Berlin qui vise à lancer un processus de paix en Libye sous l'égide de l'ONU. Mais à la surprise générale, il a reçu vendredi à Athènes le maréchal Haftar, qui s'est dit "en principe" prêt à se rendre à Berlin.

Après son entretien à Athènes vendredi avec le maréchal Khalifa Haftar, le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis a "mis l'accent sur la nécessité d'une solution politique" et "exhorté Haftar à garder une posture constructive à Berlin", selon ses services. "La Grèce a encouragé Haftar à essayer (...) de réussir le cessez-le-feu et le rétablissement de la sécurité en Libye", a déclaré de son côté le ministre grec des Affaires étrangères Nikos Dendias, après une heure et demie d'entretiens avec l'homme fort de l'Est libyen. "La Grèce ne participe pas à la conférence de Berlin. Nous attendons de l'Allemagne qu'elle soit la gardienne de la position européenne sur la Libye", a-t-il ajouté devant la presse.

L'objectif principal de cette conférence internationale vise à consolider la trêve et empêcher des ingérences étrangères en Libye. Y participera le chef du Gouvernement libyen d'union nationale (GNA) basé à Tripoli, Fayez al-Sarraj, ainsi que la Turquie qui le soutient.

Plusieurs autres pays seront représentés à Berlin, y compris la Russie, qui soutient Haftar, les Etats-Unis, la Chine, l'Italie et la France dont le président français Emmanuel Macron fera le déplacement.


(Lire aussi : L’inquiétude égyptienne face à l’ambition d’Ankara dans son pré carré)



Trêve globalement respectée

Le maréchal Haftar a remercié son "ami" Vladimir Poutine pour "les efforts de la fédération de Russie pour rétablir la paix et la stabilité en Libye", selon une lettre divulguée vendredi par Moscou.

Haftar, qui bénéficie aussi de l'appui des Emirats arabes unis et de l'Egypte, deux adversaires d'Ankara, a en revanche "particulièrement critiqué le rôle interventionniste négatif de la Turquie", a rapporté le bureau du Premier ministre grec après son entretien. Ankara soutient militairement le gouvernement de Fayez al-Sarraj et a annoncé l'envoi de troupes en Libye pour l'aider à repousser les assauts des forces du maréchal Haftar.

La Libye, qui dispose des plus importantes réserves africaines de pétrole, est minée par les violences et les luttes de pouvoir depuis la chute et la mort en 2011 de Mouammar Kadhafi.

Les forces du maréchal Haftar ont lancé en avril 2019 une offensive pour tenter de s'emparer de Tripoli. Plus de 280 civils ont été tués depuis, de même que plus de 2.000 combattants, selon l'ONU. Quelque 146.000 Libyens ont dû fuir les combats. Une cessation des hostilités, globalement respectée, est en vigueur depuis dimanche. Mais le maréchal Haftar avait quitté Moscou, sans signer l'accord de cessez-le-feu obtenu lors de discussions organisées dimanche sous l'égide de la Russie et de la Turquie. Fayez al-Sarraj l'a signé.

Nikos Dendias a en outre offert l'aide de son pays au processus de paix en Libye, et proposé de déployer des forces pour participer avec ses partenaires européens à l'opération commune "sur l'embargo des armes dans le pays au lendemain du cessez-le-feu".


(Lire aussi : Entre Moscou et Haftar, une alliance en dents de scie)



Zones contestées

Athènes a cependant à nouveau exhorté l'UE d'annuler un accord turco-libyen sur le partage des eaux en Méditerranée, dans lequel certaines îles grecques sont ignorées.

"L'Europe a une position commune et reconnaît le fait que (cet) accord est nul et non avenu", a rappelé Nikos Dendias.

Cet accord a été conclu le 27 novembre par Fayez al-Sarraj et par le président turc Recep Tayyip Erdogan, principal soutien de Tripoli face au maréchal Haftar. Il permet à la Turquie de faire valoir des droits sur de vastes zones en Méditerranée orientale. M. Erdogan a déclaré jeudi que son pays allait commencer "dès que possible" à faire des forages dans ces zones contestées riches en hydrocarbures.

Kyriakos Mitsotakis a prévenu que la Grèce mettrait son veto au sein de l'Union européenne à tout accord de paix en Libye si les accords Ankara-Tripoli ne sont pas annulés. Au téléphone avec la chancelière allemande Angela Merkel, M. Mitsotakis a exprimé son "mécontentement" de ne pas être invité à Berlin. Mme Merkel lui a répondu que la conférence "visait à installer la paix et la stabilité en Libye et ne porterait pas sur les questions de zones maritimes en Méditerranée orientale", selon une source gouvernementale grecque. Khalifa Haftar doit quitter Athènes samedi, selon une source proche du dossier.


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