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Libye

Entre Moscou et Haftar, une alliance en dents de scie

Malgré ses nombreuses visites en Russie, l’homme fort de l’Est libyen n’est pas pour autant l’homme de Poutine.

Le maréchal Khalifa Haftar saluant le ministre russe de la Défense, Sergueï Shoigu, lors de son passage à Moscou en début de semaine. Photo Reuters

Le refus du maréchal Khalifa Haftar de signer l’accord de cessez-le-feu en Libye inflige-t-il un camouflet au Kremlin ? Après avoir imposé avec la Turquie une trêve sur le terrain depuis dimanche, Moscou espérait pouvoir coucher l’accord sur le papier lundi en accueillant les délégations du gouvernement d’union nationale (GNA), reconnu par la communauté internationale et dirigé par Fayez el-Sarraj, et de l’Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Haftar. Alors que le texte a été signé par le Premier ministre libyen, son adversaire a finalement décidé de quitter le sol russe après plusieurs heures de négociations et sans en faire de même. Sa décision a surpris, tant il semblait acquis que Moscou avait pris la main sur le dossier libyen et disposait des leviers nécessaires pour imposer un cessez-le-feu négocié avec la Turquie au maréchal Haftar. Ce rebondissement pourrait affecter la position russe et son soutien à l’ANL, à quelques jours de la conférence internationale sur la Libye qui doit se tenir dimanche à Berlin sous l’égide de l’ONU.

« Le projet d’accord ignore de nombreuses demandes de l’armée libyenne », a déclaré le général, cité par la chaîne saoudienne al-Arabiya. Le texte aurait requis que les hommes de l’ANL se retirent des alentours de Tripoli, condition non négociable pour le maréchal qui a annoncé une « bataille décisive » sur la capitale libyenne le mois dernier. « Les Russes sont mécontents du comportement de Haftar, il y va de leur crédibilité, surtout après avoir amené tout le monde à Moscou et présenté ce deal », confie un diplomate arabe ayant requis l’anonymat, contacté par L’Orient-Le Jour. « Ils ont tout intérêt à faire pression sur Haftar », ajoute-t-il. « Haftar a été et sera toujours un électron libre », souligne pour sa part Theodore Karasik, conseiller au Gulf State Analytics, un cabinet de conseil géostratégique basé à Washington.

Le maréchal s’est rendu à Amman directement après sa visite à Moscou, un geste qui remet en question le poids de l’influence du Kremlin sur le commandant libyen et qui a été interprété par certains observateurs comme un moyen de gagner du temps pour discuter de la ligne à adopter avec ses parrains égyptiens et émiratis avant dimanche. « C’est un jeu d’échecs qui se déroule sous nos yeux actuellement », estime Theodore Karasik. « Considérant que Haftar est soutenu par Abou Dhabi et Le Caire, il est nécessaire pour la Russie d’être impliquée dans ce processus avec eux en fonction de ce qu’il va ressortir de la conférence de Berlin », ajoute-t-il.



(Lire aussi : Les Turcs de retour : le néo-ottomanisme n’explique pas tout)



« Infliger une leçon »
Bien que l’accord de cessez-le-feu n’ait pas été conclu et malgré la reprise de combats sporadiques sur le terrain, la trêve semblait tenir au cours de ces derniers jours. « Si la suspension des combats tient, cela montre que la marge de manœuvre de Haftar vis-à-vis des Russes n’est pas très grande, même s’il a refusé de signer le texte à Moscou », observe le diplomate arabe. En déplacement à Benghazi pour rencontrer le commandant libyen, le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas a indiqué hier après-midi que le maréchal Haftar avait confirmé sa présence à Berlin dimanche et a donné son accord de principe à un cessez-le-feu dans le pays. Le président turc Recep Tayyip Erdogan avait annoncé un peu plus tôt hier que la Turquie commençait à envoyer des troupes supplémentaires en Libye pour soutenir le gouvernement libyen. Selon la presse internationale, 2 000 combattants syriens en provenance de Turquie étaient également en route pour la Libye cette semaine afin de prêter main-forte aux hommes de Sarraj. Suite à la réunion de Moscou, le dirigeant turc avait menacé « d’infliger une leçon » au maréchal Haftar.

La Russie a pour sa part renforcé sa présence au cours de ces derniers mois à travers des francs-tireurs en faisant appel aux mercenaires du Groupe Wagner, a rapporté le New York Times en novembre dernier. Les mercenaires de cette société privée russe, qui entretient des liens étroits avec le Kremlin, ont également fourni leurs services sur différents terrains à l’instar de l’Ukraine et de la Syrie. Selon le journal américain, ces snipers feraient partie d’une troupe de 200 combattants russes arrivés entre octobre et novembre derniers pour appuyer les hommes du maréchal Haftar. Interrogé à ce sujet samedi dernier, le président russe Vladimir Poutine a déclaré que si des combattants russes étaient présents en Libye, ces derniers ne représentent pas l’État russe et ne sont pas payés par l’État. « Les Russes veulent se mettre en position de conciliateur et ne pas être perçus comme soutenant Haftar de manière inconditionnelle. Cet appui n’est d’ailleurs pas opérationnel de la même manière dont se manifeste le soutien des Émiratis ou des Égyptiens », estime le diplomate arabe.



(Lire aussi : L’inquiétude égyptienne face à l’ambition d’Ankara dans son pré carré)



Multiplicité des acteurs
L’homme fort de l’Est libyen a effectué plusieurs voyages à Moscou au cours de ces dernières années. Il n’est pas pour autant l’homme de Poutine. « Les objectifs de Moscou vont au-delà de son soutien à Haftar : la Russie cherche à se positionner comme un médiateur-clé, lui permettant d’accéder aux ressources énergétiques et aux ports libyens », note Anna Borshchevskaya, chercheuse au Washington Institute for Near East Policy, interrogée par L’OLJ. « La Libye est un pays important sur le plan géostratégique, offrant une marge de manœuvre plus large sur le flanc sud de l’OTAN en Méditerranée, un tremplin pour le reste de l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient », poursuit-elle. Le Kremlin ne cache pas sa volonté de s’imposer comme un acteur incontournable dans le jeu diplomatique libyen, espérant y dupliquer le scénario syrien où Moscou est devenu le parrain de Damas, profitant du vide laissé par la politique américaine de désengagement dans la région. « Si la Libye pouvait devenir une “seconde Syrie”, je crois que le peuple libyen en bénéficierait », a déclaré mardi le ministre russe des Affaires étrangères sortant, Sergueï Lavrov. Il a également mis en avant « l’attitude responsable de toutes les parties syriennes et le soutien des acteurs extérieurs » qui ont permis de lancer des négociations politiques et a assuré que la Russie œuvrait pour que les parties libyennes agissent de la même manière pour l’avenir de leur pays.

La multiplicité des acteurs aux intérêts divergents dans le dossier libyen rend toutefois la tâche difficile pour Moscou alors qu’il doit préserver les positions de chacun pour se poser en médiateur crédible. « Il y a une superposition de conflits par-dessus la guerre civile libyenne, comme la compétition entre les EAU et le Qatar, entre les EAU et la Turquie ou encore entre la Russie et l’Ukraine. Cela complique les négociations », précise Theodore Karasik. « Moscou ne cherche finalement pas une véritable résolution des conflits ; le Kremlin est plutôt très bon pour créer et gérer ce qu’on appelle des “conflits gelés” », remarque Anna Borshchevskaya avant d’ajouter que « lorsque Moscou gère des conflits, cela crée des situations où tout le monde dépend du Kremlin et où il n’y a pas de combats à grande échelle ni de paix véritable ».



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commentaires (1)

PEUT-ETRE QUE LE MARECHAL HAFTAR N,A PAS PLEINE CONFIANCE EN LES RUSSES OU PEUT-ETRE QU,IL JOUE LEUR JEU ET QU,ERDO EST L,AVEUGLE.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

00 h 49, le 17 janvier 2020

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Commentaires (1)

  • PEUT-ETRE QUE LE MARECHAL HAFTAR N,A PAS PLEINE CONFIANCE EN LES RUSSES OU PEUT-ETRE QU,IL JOUE LEUR JEU ET QU,ERDO EST L,AVEUGLE.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    00 h 49, le 17 janvier 2020