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Liban

Violents affrontements entre forces de l'ordre et manifestants devant la caserne Hélou

Des blessés dans des heurts entre manifestants, qui ont saccagé des banques, et forces de l'ordre dans le quartier beyrouthin de Cola. Dix des jeunes détenus à la caserne Hélou ont été relâchés.

Des manifestants rassemblés devant la caserne Hélou, en solidarité avec des jeunes qui y sont détenus depuis la veille au soir, à Beyrouth, le 15 janvier 2020. Photo AFP / ANWAR AMRO

Après une longue journée de mobilisation tendue devant la caserne Hélou, dans le sud de Beyrouth, où les manifestants réclamaient la libération d'une cinquantaine de contestataires arrêtés la veille à Hamra, de violentes échauffourées ont éclaté mercredi en fin de soirée entre les contestataires et les agents de la brigade antiémeute. A minuit, dix de contestataires arrêtés mardi soir ont finalement été relâchés. Selon des sources judiciaires citées par la chaîne locale LBC, cinq autres seront relâchés dans la nuit et d'autres groupes suivront demain. 

Quelques heures plus tôt en fin de soirée, la mobilisation des proches des jeunes incarcérés et de leurs camarades contestataires a dégénéré quand quelques protestataires ont lancé des feux d'artifice en direction des forces de l'ordre, qui ont réagi en quelques secondes dispersant, avec violence, les manifestants. La brigade antiémeute a lancé de nombreuses bombes de gaz lacrymogène, repoussant de plusieurs mètres les contestataires et vidant, en moins d'une demi heure, la rue longeant la caserne. Quelques jeunes sont toutefois revenus devant l'entrée principale du bâtiment pour y lancer des pierres. Après les avoir à nouveau dispersés, les forces de l'ordre ont poursuivi les émeutiers dans le quartier entourant la caserne.

Des dizaines de personnes ont été blessées lors de ces affrontements, dont au moins un photojournaliste d'une agence de presse étrangère, selon des médias locaux et des militants cités par l'AFP, et un caméraman de la chaîne locale al-Jadeed, selon l'Agence nationale d'Information. Certains des blessés ont été évacués par la Croix-rouge vers des hôpitaux de la ville. Plusieurs personnes ont en outre été interpellées, selon l'Ani, qui rapporte que des grenades lacrymogènes ont également atterri dans l'enceinte de l'ambassade russe, qui se trouve à proximité de la caserne.

Ces tensions ont eu lieu alors que le nombre de personnes présentes devant la caserne avait fortement augmenté au fil de la soirée, mercredi, des protestataires qui manifestaient devant le siège de la Banque du Liban (BDL) à Hamra les ayant notamment rejoints.

Dès le début de la journée, les parents des détenus et de nombreux militants s'étaient rassemblés devant les portes de la caserne, en solidarité avec les détenus. Dans l'après-midi, des accrochages avaient déjà éclaté avec les forces de la brigade antiémeute, déployée sur les lieux, lorsque des protestataires s'étaient assis à même l'asphalte pour couper la route. Les forces de l'ordre étaient alors intervenues pour rouvrir la voie par la force, sous les cris des manifestants qui lançaient des slogans tels que "chabiha" et "à bas le gouvernement de voyous".


Des policiers s'en prenant à un manifestant devant la caserne Hélou, à Beyrouth, le 15 janvier 2020. Photo Hassan Assal

Non loin, à Hamra, des habitants du quartier étaient sortis sur les balcons de leurs appartements et avaient frappé sur des casseroles, en solidarité avec la mobilisation devant la caserne Hélou.  


(Lire aussi : Tragi-cosmique, l'éditorial de Issa GORAIEB)



Arrestations de personnes "qui n'ont rien fait"

Les jeunes incarcérés à la caserne Hélou ont été arrêtés mardi soir par les forces de l'ordre, lors de heurts à Hamra, au niveau de la banque centrale. Heurts qui se sont accompagnés d'actes de vandalisme contre plusieurs banques du quartier.
Mais selon une militante qui se trouvait à Hamra mardi soir, "les policiers ont arrêté des personnes qui n'ont rien fait". "A 21h30, ils ont commencé à procéder à des arrestations. Certains militants se sont réfugiés au café T-Marbouta, les policiers y sont entrés et les ont arrêtés, dont un musicien", raconte-t-elle à L'Orient-Le Jour lors du sit-in. 

Selon les avocats qui se sont portés volontaires pour défendre les manifestants, les FSI veulent visionner toutes les caméras de surveillance et interroger les cinquante personnes en état d'arrestation pour savoir qui est à l'origine des violences de la veille. Interrogés par la LBC, des avocats ont estimé qu'il était "inacceptable" que les jeunes appréhendés la veille n'aient pas encore été libérés. "Nous avons demandé qu'ils soient mis en garde à vue en fonction des besoins de l'enquête", a affirmé un de ces avocats. 

Vers 23h, le procureur général près la cour de cassation, Ghassan Oueidate, a annoncé que les manifestants en garde à vue "seraient libérés chacun à leur tour, à l'exception de ceux dont il est prouvé qu'ils ont été impliqués dans des attaques contre les forces de l'ordre". A minuit, dix des personnes interpellées ont été relâchées. 


(Lire aussi : Le come-back en force de la rue prend la classe politique au dépourvu)



"51 personnes sont à la caserne Hélou, et 5 autres à la caserne de Ras Beyrouth. Les enquêteurs vont recueillir leurs dépositions", a indiqué à L'Orient-Le Jour, Ayman Raad, un des avocats volontaires pour défendre les prévenus. Il précise en outre qu'hier soir des activistes qui avaient été détenus à la caserne de Gemmayzé et à celle Ras Beyrouth ont été relâchés. Parmi ceux-ci, l'artiste Alexandre Paulikevitch.

Les heurts de mardi, à Hamra, se sont déroulés au premier jour de la "semaine de la colère" visant à lancer un ultimatum de 48 heures à la classe dirigeante pour former un gouvernement crédible. Une semaine qui a débuté en force avec plusieurs blocages de routes à travers le Liban, dans un contexte de crise politique et économique aiguë, la plus grave depuis la fin de la guerre civile. Mardi soir, des actes de vandalisme dans le quartier de Hamra ont commencé après des heurts devant la Banque du Liban. Ces actions ont essentiellement visé les banques, dont les devantures ont été fracassées et les murs tagués pour dénoncer les restrictions bancaires imposées en pleine crise économique. Des distributeurs automatiques ont également été cassés et des bennes à ordures brûlées.



La façade détruite d'une branche du Crédit libanais dans le quartier de Hamra, le 15 janvier 2020. Photo Marwan Assaf



Pierres, pétards et insultes
Selon le compte-rendu des événements des FSI, les troubles ont commencé "vers 19h, lorsque des saboteurs ont attaqué les agents des FSI  qui se trouvaient devant le siège de la Banque du Liban en leur lançant des pierres et des pétards et en les insultants. Ils ont tenté d'enlever les barrières de sécurité et de vandaliser la chambre des gardes, avant d'essayer d'entrer dans la banque".

"Vers 20h30, alors que les actes de vandalisme contre des biens publics et privés à Hamra se poursuivaient, et que les policiers continuaient à être pris pour cible, le directeur général des FSI, le général Imad Osman, a ordonné de recourir aux gaz lacrymogènes et de disperser les émeutiers", ajoute le communiqué de la police. Après que l'ordre a été donné aux manifestants pacifiques de quitter les lieux, le général Osman a donné instruction d'arrêter les agresseurs". 

Selon la Croix-Rouge libanaise, les heurts ont fait au moins 37 blessés, dont des policiers.


(Lire aussi : Bassil met de l’eau dans son vin, la mission de Diab semble facilitée)


Réactions
Tout au long de la journée, de nombreux responsables ont commenté ces violences.

Le Premier ministre sortant, Saad Hariri, a affirmé dans un communiqué que ce qui s'est passé hier est "inacceptable" et qu'il refusait d'être le "faux témoin de missions suspectes qui peuvent mener le pays à la ruine".  "Il ne s'agit nullement de défendre le système bancaire et le gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, aussi je ne veux pas entrer dans les détails sachant que les citoyens souffrent aux portes des banques. En revanche, il s'agit très franchement d'une attaque visant Beyrouth et son rôle de capitale et de centre économique", a écrit M. Hariri. "S'il est demandé de détruire les quartiers de Beyrouth tel que cela s'est passé hier, alors, de par ma position politique, gouvernementale et parlementaire, je n'accepterai pas d'être le faux témoin de missions suspectes qui peuvent mener le pays à la ruine", a-t-il ajouté. Il a également affirmé qu'il refusait "de couvrir des actes condamnables" et a exhorté la justice à poursuivre les fauteurs de troubles, soulignant que l'armée se doit d'assumer ses responsabilités et réprimer tous ceux qui menacent la paix civile.  



Un manifestant brisant la façade d'une banque, à Hamra, dans la nuit du 14 au 15 janvier 2020. Photo REUTERS / Mohamed Azakir


"En mon nom et au nom du Parlement, je dénonce ce qui s'est passé hier à Beyrouth, notamment à la rue Hamra", a déclaré le président du Parlement Nabih Berry. "Je n'accuse personne en particulier, ni le mouvement de contestation. Il y avait quelque chose de voulu. Est-ce qu'on veut détruire le pays ? Beyrouth est notre ville et pas celle de quelqu'un d'autre". M. Berry a également demandé que les coupables soient tenus pour responsables "quelle que soit la communauté à laquelle ils appartiennent".

L'association des banques du Liban (ABL) a, elle aussi, réagi dans un communiqué. "Nous sommes convaincus que les coupables n'ont aucun lien avec les révolutionnaires mais sont des saboteurs payés, qui exécutent des ordres et dont les objectifs sont connus", a dénoncé l'ABL. "Le retard dans la formation du gouvernement met les banques en confrontation avec la population comme si elles étaient responsables de la dégradation de la situation", a-t-elle ajouté


(Lire aussi : Face à la colère renouvelée de la rue, les forces politiques serrent les rangs, le décryptage de Scarlett HADDAD)



Les contestataires toujours mobilisés


De nombreux rassemblements ont continué à être organisés mercredi dans tout le Liban au deuxième jour de "la semaine de la colère", les manifestants fermant de nombreuses routes et défilant dans certaines localités.

Des dizaines d'entre eux se sont ainsi rassemblés dans l'après-midi au milieu de la voie du "Ring", dans le centre-ville de Beyrouth, qu'ils ont fermée à la circulation. Selon notre journaliste sur place, Jeanine Jalkh, une brève dispute a éclaté entre les contestataires, certains souhaitant brûler des pneus, ce qui était refusé par d'autres. Les premiers ont pour finir eu gain de cause et un barrage de pneus enflammés a été installé devant l'église Saint Maron, tandis qu'une des voies du "Ring" a été fermée à la circulation.

Plusieurs protestataires ont par ailleurs coupé les routes de Corniche Mazraa au niveau de la bifurcation de la rue Mar Elias, et de Cola, à l'aide de pneus enflammés. A Cola, mercredi dans la nuit, des scènes de violence ont éclaté visant encore une fois des banques de la région, dont les devantures et distributeurs automatiques de billets ont été saccagés. Des heurts entre les protestataires et la brigade antiémeute ont fait plusieurs blessés, selon la Croix-Rouge libanaise.

Un nouveau sit-in a par ailleurs été organisé devant la BDL et les manifestants ont coupé la route devant l'institution à Hamra, avant de se diriger vers la caserne Hélou, quelques heures plus tard.

A Jounieh, au nord de Beyrouth, plusieurs contestataires ont été arrêtés lors d'une opération musclée des forces de sécurité pour rouvrir l'autoroute. Ils ont été relâchés un peu plus tard après une manifestation de leurs proches devant la caserne de Sarba.

A Tripoli, au Liban-Nord, plusieurs routes sont restées fermées toute la journée au moyen de pneus enflammés, notamment au niveau du complexe hôtelier de "Palma" et les rues menant au rond-point "al-Salam", selon l'Ani. En soirée, un rassemblement dans la rue des Banques de la grande ville du Nord a brièvement dégénéré lorsque des manifestants ont lancé des pierres sur les façades de plusieurs établissements, obligeant l'armée à intervenir.


Un homme avançant dans une rue de Tripoli, au Liban-Nord, fermée par un barrage de pneus enflammés, le 15 janvier 2020. Photo AFP / Ibrahim CHALHOUB



A Saïda, au Liban-Sud, plusieurs centaines de manifestants ont manifesté dans la soirée, défilant de la place Elia à la branche locale de la BDL, rapporte notre correspondant Mountasser Abdallah. Lors de leur procession, les contestataires ont traité Riad Salamé de voleur, appelé à "la chute du régime des banques", et crié qu'ils ne paieraient pas leurs taxes.

Ces dernières semaines, seuls des rassemblements symboliques et de moindre ampleur s'étaient tenus, notamment devant la Banque centrale et les banques commerciales. Le soulèvement au Liban lancé le 17 octobre réclame le départ d'une classe dirigeante accusée de corruption et d'incompétence. Les manifestants fustigent au même titre la Banque centrale et son gouverneur, qu'ils jugent complices des hommes politiques, les considérant en partie responsables de la crise économique. L’ultimatum lancé par les manifestants à Hassane Diab pour former un gouvernement d’indépendants arrivera à son terme jeudi à 17h.



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PRIERE LIRE ILS SONT CONNUS A QUI ILS APPARTIENNENT : HEZBO-AMAL-CPL.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

10 h 32, le 16 janvier 2020

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Commentaires (7)

  • PRIERE LIRE ILS SONT CONNUS A QUI ILS APPARTIENNENT : HEZBO-AMAL-CPL.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    10 h 32, le 16 janvier 2020

  • DES VOYOUS BIEN CONNUS S,INFILTRENT POUR DEFORMER LES MANIFESTATIONS PACIFIQUES. ILS SONT CONNUS A QUI ILS APPARTIENT : HEZBO, AMAL ET CPL.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 56, le 16 janvier 2020

  • La réaction des manifestants est légitime et sacré mais pas celle des casseurs qui ne sont que des voyous qui apparaîssent généralement en fin de soirée tel un ouragan ou tsunami pour détruire tout sur leur passage. C'est ceux-là que les forces de l'ordre devraient se concentrer à arrêter et non pas des simples étudiants ou citoyens pacifistes. Je suggère donc, q'une fois relâchés, il faudrait forcer ces fauteurs de troubles à rendre des services publics tels que réparer ce qu'ils ont détruit ! C'est une punition civilisé qui ouvrira la voie à d'autres réformes carcérales afin de laisser la place et cellules libres aux futurs prisoniers de la classe politique...et ils seront nombreux !

    Claude AZRAK

    07 h 11, le 16 janvier 2020

  • Faut faire attention svp quand on parle des banques ... surtout ou dans un secteur qui évolue avec la confiance !!! Les banques sont nécessaire mais se sont leur propriétaire qui eux sont moins nécessaire lol

    Bery tus

    06 h 12, le 16 janvier 2020

  • Les Banques et tous nos politiciens ont simplement voles l argent du peuple.La colere du peuple doit etre maintenu

    KARIM GHAZZAOUI

    22 h 00, le 15 janvier 2020

  • Seuls les auteurs du vandalisme contre des biens publics et privés doivent être punis, espérons un happy end aux autres .

    Antoine Sabbagha

    21 h 18, le 15 janvier 2020

  • Le droit de manifester a l'air d'être respecté par les forces de l'ordre. Si casse il y a, les responsables doivent être punis. Casser les biens des citoyens est un délit et n'est nullement indispensable.Il est normal de sévir dans ce cas là.

    Citoyen

    16 h 10, le 15 janvier 2020