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contestation

Début de la "semaine de la colère", plusieurs routes coupées à travers le Liban

Des actions de blocage du nord au sud du pays.

La voie express du "Ring", le 14 janvier 2020. Photo Pépé Dahan

La "semaine de la colère" visant à lancer un ultimatum de 48 heures à la classe dirigeante pour former un gouvernement crédible a débuté en force mardi à l'aube avec plusieurs blocages de routes à travers le Liban. Une relance du mouvement de protestation alors que le fossé semble n’en pas finir de se creuser entre le Premier ministre désigné, Hassane Diab, et les parties mêmes qui ont appuyé sa nomination, il y a une vingtaine de jours, notamment le président de la Chambre, Nabih Berry, et le Courant patriotique libre. Ce, tandis que la situation économique continue de se dégrader.

Dans ce contexte, des manifestants ont coupé l'autoroute de Hazmieh à l'aide de pneus enflammés. De même qu'une route dans le secteur de Furn el-Chebbak, sous le pont menant à Aïn el-Remmaneh. Ces deux actions ont provoqué des embouteillages monstres. (Pour aller plus loin, lire aussi : "La corruption a atteint des limites inacceptables !" A Furn el-Chebbak, le retour de la colère)




A Jal el-Dib. Photo Claude Assaf. 

En outre, des centaines d'élèves et d'étudiants ont organisé une marche, à partir de la place de Jdeidé. Les protestataires ont ensuite marché dans la ville et coupé la route au niveau de Nahr el-Mot, de Zalka et de Jal el-Dib.



En soirée, la route a été coupée au niveau du pont de Dora.

A Jal-el Dib, Sam Wehbé, un musicien de trente ans, garde le sourire, alors qu'il est coincé depuis près de trois heures dans les embouteillages causés par le blocage de l'autoroute. "Cela ne me pose pas de problème. Les contestataires exercent leur plein droit", affirme-t-il à notre journaliste sur place, Claude Assaf. "Je suis là pour montrer que le peuple attend toujours, alors que les politiciens ne pensent toujours qu’à se partager le gâteau", lance pour sa part, sur le barrage, Rima, 52 ans, qui travaille dans la pub.

Elizabeth, 18 ans, élève de l'école officielle des Jeunes filles de Jdeidé, est là "malgré l'opposition de la direction de son collège". "Je suis là à cause de la dévaluation de la livre, et parce que les gens ont faim", dit-elle. Malgré ce contexte difficile, Anthony Nasr, 19 ans, du Technical and Language College (TLC), ne veut pas quitter le Liban. C'est pour cela, d'ailleurs, qu'il manifeste en ce mardi. "La majorité de mes amis ont quitté le pays, je ne veux pas connaître le même sort", confie-t-il. A ses côtés, son ami, Georges Rizk, 20 ans, confie avoir présenté une demande d'émigration au Canada où il veut continuer ses études. 

"Les gens n'ont aucun droit alors que les responsables ont tous les droits, à commencer par celui d'appauvrir le peuple", lance, un peu plus loin, Graziella Abou Chacra, partisane des Forces libanaises, qui assure toutefois que "jamais son parti ne lui a demandé de descendre dans la rue ou, au contraire, ce lui a interdit de le faire".  "Quoiqu'il arrive, le résultat de la révolution sera meilleur que ce qu'il y avait avant", estime-t-elle.


Un homme tente de s'immoler sur le Ring
A Beyrouth,
des protestataires ont coupé la voie express du "Ring" ainsi que la route de Saïfi menant au "Ring". La brigade antiémeute était présente sur place.  Sur cette voie, un homme a tenté de s'immoler par le feu. Après avoir versé de l'essence sur son corps, il a accouru vers une benne en feu. Les manifestants présents sur place sont toutefois intervenus pour l'empêcher de commettre son acte.  Selon des informations rapportées à L'Orient-Le Jour, l'homme qui a tenté de mettre fin à ses jours est un habitant de Khandak al-Ghamik, un quartier chiite de Beyrouth qui borde le "Ring".  Par ailleurs, un manifestant a été blessé à la tête en fin d'après-midi sur le "Ring", après avoir été touché, selon des propos rapportés par la chaîne de télévision locale LBC, par un jet de pierre.  L'homme, touché à la tête, saignait abondamment et a été directement soigné par un secouriste présent sur les lieux. Interrogé par la LBC sur la cause de cette blessure, il a accusé "des jeunes du quartier de Khandak el-Ghammik" d'avoir lancé des pierres. 



La voie express du "Ring". Photo A.T. 



Toujours à Beyrouth, sur l'avenue Béchara el-Khoury, des protestataires d'un groupe baptisé "L'observatoire populaire pour la lutte contre la corruption" ont bloqué l'entrée de la direction générale des recettes du ministère des Finances. Ils ont scandé des slogans appelant les Libanais à ne pas payer leurs taxes, "afin de faire pression sur le ministère des Finances pour qu'il ne paie pas les salaires des députés", selon l'Ani et réclamé le retour des fonds pillés dans les caisses de l’État. Les contestataires ont également réclamé que les fonds des petits déposants soient protégés et fait entendre de nombreuses autres revendications socio-économiques, comme l'adoption d'une sécurité sociale pour tous.

A Verdun, la route a été coupée à l'aide de bennes à ordures. 

Au niveau de la cité sportive, la route a également été coupée. 


De même qu'à Hamra, devant la Banque du Liban. 



A Jounieh, plusieurs écoliers ont manifesté dans la ville en présence de policiers et soldats. L'autoroute de Jounieh a été coupée dans ses deux directions. A deux reprises, deux petits incidents ont éclaté entre les forces de l'ordre et les manifestants, alors qu'un motard et un automobiliste voulaient forcer le barrage. Les policiers déployés sont alors intervenus avant que la situation ne dégénère.

(Pour aller plus loin, lire aussi : "Nous sommes là pour rester" : A Jounieh, des étudiants déterminés à bloquer l'autoroute)

Un peu plus tard, les manifestants à Jounieh ont rejoint un autre rassemblement organisé dans la localité voisine de Zouk où la route a été coupée, provoquant des embouteillages. La chaîne LBC a signalé un incident qui a opposé les manifestants à un automobiliste qui a tenté de forcer le passage avant d'être forcé par les policiers de rebrousser chemin.

L'autoroute a également été bloquée à hauteur de Bouar et de Ghazir.


A Jbeil, des manifestations sont entrés dans un centre de Ogero avant de se rendre à un bâtiment relevant d'Electricité du Liban, à Amchit. L'autoroute de Jbeil a également été coupée dans les deux directions. 


A Jbeil. Photo Dario Sbeih


A Aley, l'autoroute au niveau de la bifurcation menant à Chouit a été coupée dans les deux sens. 


Dans la Békaa

A Zahlé, les forces de sécurité ont rouvert l'autoroute qui avait été bloquée à l'aide de pneus. Plus tard dans la journée, les manifestants ont bloqué tout accès au rond-point se trouvant au centre de la ville et la route menant à la localité voisine de Bar Elias.

Les routes de Jeb Jenine et de Jdita étaient également coupées. A Baalbeck, plusieurs personnes se sont rassemblées devant la branche de la Banque du Liban pour en bloquer l'entrée devant les employés. A Taalabaya, les manifestants ont bloqué le passage à Michel Daher, député de Zahlé et membre du groupe parlementaire aouniste, alors qu'il se trouvait à bord de sa voiture, rapporte notre correspondante sur place, Sarah Abdallah. Le député s'est trouvé contraint de rebrousser chemin alors que les protestataires le traitaient de "voleur". "C'est un député, qui représente une classe corrompue que nous affrontons", a lancé Melhem, un manifestant, à notre correspondante.

La route a également été coupée en soirée à Hasbaya.



Au Liban-Nord

A Tripoli, l'autoroute au niveau du complexe balnéaire Palma est coupée dans les deux sens. De même que les routes suivantes : Beddaoui, Mouhamara, Aïrouniyé, Tebbané, Minyé et Kfarhazir. A Bohsas également, les routes sont bloquées par les protestataires qui scandent des slogans contre le communautarisme, ainsi que le 14 et le 8 Mars, rapporte notre correspondante sur place Ornella Antar. Des échauffourées ont eu lieu entre des manifestants et des soldats lorsque ces derniers ont tenté de rouvrir la route. Au moins un soldat a été blessé, selon un correspondant de la LBCI sur place. Très vite des appels au calme ont été lancés de la part des protestataires. En fin d'après-midi, une marche est partie de la place al-Nour, épicentre de la contestation dans cette ville, et a sillonné les rues de la capitale du Liban-Nord. A l'issue de leur tournée, les contestataires sont revenus sur la place al-Nour où ils ont organisé un rassemblement lors duquel ils ont brandi les slogans de la révolte.


Les protestataires à Tripoli. AFP / Ibrahim CHALHOUB



A Halba, des écoliers ont manifesté devant l'école publique de la ville pour protester contre la situation économique. Plusieurs protestataires ont également manifesté devant des institutions publiques de la ville. 

A Koura, les manifestants ont protesté devant les banques. Les écoles sont toutefois demeurées ouvertes.

A Chekka, la route a été fermée dans les deux sens de la circulation, au niveau de la pompe à essence "Fenianos".


A quelques kilomètres de là, un incident a eu lieu sur l'autoroute, au niveau de Batroun, entre des manifestants et des automobilistes, obligeant l'armée à intervenir.


Et au Liban-Sud
A Saïda, des manifestants ont bloqué à l'aube les entrées de plusieurs institutions publiques dont l'Office de l'eau et la compagnie publique Ogero à l'aide de chaînes, rapporte notre correspondant, Mountasser Abdallah. Des dizaines de personnes ont aussi protesté devant une branche de la Banque du Liban. Certaines écoles de la ville étaient fermées. La place Élia, rebaptisée place de la Révolution du 17 octobre, est demeurée fermée après que les protestataires ont dressé des tentes dans la nuit. Plusieurs centaines d'entre eux s'y trouvaient mardi matin. L'armée libanaise à renforcé ses mesures de sécurité. "L’atermoiement du pouvoir, l'absence de formation du gouvernement et la négligence nous ont poussés à l'escalade", affirme Sami Jawad, à Saïda. Zahi, qui a passé la nuit place Élia, indique lui que "les gens sont retournés sur la place de contestation pour redonner un élan à la révolution". "Nous ne devons plus quitter la rue, les manifestations doivent remplir les rues libanaises", dit Zahra. En soirée, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblés sur la place Élia.


La place Elia à Saïda. Photo Mountasser Abdallah. 


Les protestataires se sont également mobilisés dans les localités de Nabatiyé et de Kfar Remmane et ont annoncé qu'ils vont vers des mesures d'escalade.

Depuis presque trois mois, les manifestants libanais appellent à la chute de tous les responsables, accusés de corruption et d'incompétence, alors que le pays traverse une grave crise économique et de liquidités. Sous la pression de la rue, le gouvernement de Saad Hariri avait démissionné le 29 octobre. Le 19 décembre, à l'issue de consultations parlementaires, le président Michel Aoun a désigné Hassane Diab, appuyé par les partis du 8-Mars, au poste de Premier ministre. Malgré le fait qu'il insiste à former un cabinet de technocrates indépendants, comme cela est réclamé par la contestation, M. Diab est rejeté par les protestataires, qui estiment qu'il fait partie de la même classe politique corrompue dont ils réclament le départ. 



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commentaires (3)

COLERE OU PAS COLERE... LES ABRUTIS CORROMPUS, VOLEURS ET INCOMPETENTS 3ALA MAWALON YABA !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

17 h 01, le 14 janvier 2020

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Commentaires (3)

  • COLERE OU PAS COLERE... LES ABRUTIS CORROMPUS, VOLEURS ET INCOMPETENTS 3ALA MAWALON YABA !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    17 h 01, le 14 janvier 2020

  • Quand on sème le vent on récolte la tempête. Les choses se déroulent malheureusement telle que la situation l'impose. On est tous contre la violence, mais quel moyen on a face à cette bande de mafieux qui s'accrochent au pouvoir comme s'ils en étaient les héritiers à vie.

    Citoyen

    11 h 04, le 14 janvier 2020

  • Les pneus enflammés me font prendre parti pour les corrompus et les incapables

    M.E

    09 h 40, le 14 janvier 2020