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Politique - Révolte

Affaires de corruption et coupures de courant relancent la contestation à travers le pays

Des protestataires rassemblés devant la municipalité de Beyrouth ont été attaqués à coups de pierres par des manifestants qui seraient proches du président du conseil municipal Jamal Itani, du mohafez de Beyrouth Ziad Chbib et du Premier ministre sortant Hariri.

Des échauffourées ont éclaté hier matin devant la municipalité de Beyrouth. Photo Hassan Assal

La journée d’hier a été marquée par une forte relance, à travers le pays, du mouvement de contestation né le 17 octobre dernier et qui avait dernièrement montré des signes d’essoufflement. Les manifestations, les plus énergiques depuis le début de l’année, ont notamment été marquées par des échauffourées dans la capitale, au cours de deux rassemblements parallèles devant la municipalité de Beyrouth, le premier réclamant la démission du président du conseil municipal Jamal Itani et du mohafez de Beyrouth Ziad Chbib, régulièrement accusés de corruption par les manifestants, et le second apportant son soutien aux responsables municipaux. Par ailleurs, les contestataires restaient mobilisés hier dans les différentes régions du pays afin de protester contre le rationnement sévère du courant électrique, organisant des sit-in devant différentes branches d’Électricité du Liban (EDL) et devant le ministère de l’Énergie.

À Beyrouth, des dizaines de manifestants ont dénoncé hier la signature par les autorités locales de contrats de gré à gré qu’ils estiment suspects. Ils ont réclamé la démission de MM. Itani et Chbib, qu’ils ont accusés de corruption et de « vol ». Ces derniers sont notamment suspectés d’être impliqués dans plusieurs dossiers controversés, notamment celui de la construction du complexe hôtelier de l’Eden Bay, sur la plage de Ramlet el-Baïda, et celui concernant l’option d’usines d’incinération des déchets. Mais les manifestants antipouvoir ont dû faire face à des dizaines d’hommes qui seraient, selon certains protestataires, des employés de la municipalité et des proches de MM. Itani et Chbib.

Contactée par L’Orient-Le Jour, Effat Chatila, militante et présidente de l’association du Grand Bleu pour la protection de la plage de Ramlet el-Baïda, qui se trouvait sur place au moment des faits, a affirmé que les personnes rassemblées devant la municipalité ont été agressées par les contre-manifestants à coups de pierres. « Nous avons été surpris de voir arriver un groupe d’hommes. Ils nous ont agressés en nous jetant de grosses pierres. Deux de nos compagnons ont été roués de coups et une femme a été blessée par une pierre à la tête. Si les forces de sécurité n’étaient pas intervenues, nous aurions eu beaucoup plus de blessés », a indiqué Mme Chatila. « Ces hommes se disaient partisans du Premier ministre sortant, Saad Hariri, et nous ont accusés de nous en prendre aux sunnites dans le pays », a-t-elle ajouté. « On leur avait même donné des photos de moi et d’un autre militant. Ils ont commencé à scander des slogans contre nous. Comme ils n’ont pas de réponses face à nos accusations, ils nous attaquent au niveau personnel », a souligné Mme Chatila. Contactée par L’OLJ, la militante Lina Hamdane indique pour sa part que les manifestants préparaient le sit-in de la municipalité de Beyrouth depuis plusieurs jours. « L’important est de garder la révolution vivante. Nous sommes tout le temps sur le terrain. Tous les dossiers que nous avons (concernant la municipalité) seront présentés à la justice », a-t-elle indiqué.

Une partie des contestataires présents devant la municipalité de Beyrouth avaient tenu, peu avant, un sit-in devant la Cour des comptes afin de protester contre tout renouvellement du contrat entre le ministère des Télécoms et les sociétés en charge de la gestion des réseaux de téléphonie mobile.


(Lire aussi : Le Liban en pleine confusionUn peu plus de Médéa AZOURI)


Mobilisation contre le rationnement du courant
Autre raison poussant les Libanais à descendre dans la rue pour la seconde journée consécutive : le rationnement de plus en plus sévère du courant alors que les tempêtes se succèdent dans le pays. Plusieurs dizaines de personnes se sont ainsi rassemblées hier devant l’entrée principale du ministère de l’Énergie, sur la corniche du Fleuve, à Beyrouth. À Baalbeck, des manifestants sont entrés de force au siège d’EDL, proclamant que l’institution était « la propriété du peuple ». Des protestataires se sont également rassemblés à Aley afin de dénoncer « non seulement les coupures, mais également les mafias et les autorités corrompues » en charge du secteur de l’électricité, selon une manifestante. Un sit-in a également été organisé devant le siège d’EDL à Halba, dans le Akkar (Liban-Nord), alors que la localité de Beddaoui était le théâtre de violences dans la nuit de jeudi à vendredi (voir par ailleurs). Une manifestation a également eu lieu devant la branche d’EDL à Tyr (Liban-Sud), où les protestataires ont affirmé qu’ils ne paieraient plus leurs factures d’électricité. Les manifestants se sont aussi mobilisés contre le rationnement du courant électrique à Nabatiyé et Kfarremmane, toujours dans le Sud, ainsi que devant la centrale de Deir Ammar, dans le nord du pays.

EDL, institution conspuée par le mouvement de contestation, avait annoncé mardi la poursuite jusqu’à fin février de la baisse des niveaux de production à 1 500 mégawatts (MW), décidée à la mi-décembre 2019, afin de pouvoir assurer leur « stabilité » le plus longtemps possible. Cette baisse des niveaux de production se traduit par une augmentation du rationnement du courant fourni par EDL.


(Lire aussi : « Je n’aurais jamais imaginé que nous serions un jour réduits à mendier 100 dollars à la banque »)


Marche, aujourd’hui, de Dora au Parlement
Dans la continuité du mouvement de protestation, une marche à travers le Grand Beyrouth est prévue aujourd’hui, samedi, à 14h. Les manifestants se retrouveront à Dora et se dirigeront ensuite vers Bourj Hammoud, puis vers Mar Mikhaël où ils s’arrêteront devant EDL, avant de poursuivre leur chemin vers Saïfi, pour un sit-in devant l’Association des banques du Liban. Certains manifestants auraient même prévu de protester ensuite devant le domicile du Premier ministre désigné, Hassane Diab, dans le quartier de Tallet el-Khayyat.

« Le parcours de la manifestation d’aujourd’hui est bien étudié, a indiqué à L’OLJ un militant sous couvert d’anonymat. Nous allons nous arrêter devant EDL pour protester contre les coupures de courant puis contre l’Association des banques et le Parlement pour rappeler que nous avons, à la fois, des revendications socioéconomiques et un problème politique », a-t-il ajouté.

Une manifestation est par ailleurs prévue demain dimanche à 17h, devant le Parlement. Depuis une semaine, les protestataires organisent un sit-in à cet emplacement tous les soirs, à la même heure, afin de demander la constitution d’un gouvernement formé de spécialistes indépendants.



La journée d’hier a été marquée par une forte relance, à travers le pays, du mouvement de contestation né le 17 octobre dernier et qui avait dernièrement montré des signes d’essoufflement. Les manifestations, les plus énergiques depuis le début de l’année, ont notamment été marquées par des échauffourées dans la capitale, au cours de deux rassemblements parallèles devant...

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