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Le gouverneur de la BDL écarte le spectre d'un effondrement économique au Liban

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"Depuis le mois de septembre, seulement 2,6 milliards de dollars ont été transférés à l'étranger", a indiqué Riad Salamé.

OLJ
09/01/2020

Le gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, a écarté jeudi soir le spectre d'un effondrement de l'économie libanaise, malgré la crise économique et financière aiguë qui secoue le pays depuis plusieurs semaines, s'illustrant notamment par un contrôle des capitaux effectué par les banques et une hausse du cours du dollar sur le marché parallèle.

"Nous faisons face à une crise qui crée des difficultés, mais nous ne sommes pas face à un effondrement et aucune banque libanaise ne risque de faire faillite", a déclaré M. Salamé lors de l'émission télévisée Sar el-Waqt sur la chaîne locale MTV, assurant que l'argent des déposants était "sécurisé" et la stabilité de la livre face au dollar était "assurée".


"Les banques ne sont pas obligées de donner des dollars à leurs clients", a également déclaré Riad Salamé, ce qui n’a pas manqué de susciter une certaine panique à travers le pays.

Pour un banquier interrogé par L'Orient-Le Jour, le gouverneur parle ici d’argent liquide, de "banknote" pour reprendre ses termes. En principe, une banque libanaise n’est pas légalement obligée de donner des dollars en liquide à ses clients, même si elle avait coutume de le faire avant le début de la crise. Comme dans n’importe quel pays, elle est seulement obligée de donner de l’argent liquide dans la monnaie locale. Mais toujours selon le même banquier, cela ne signifie pas que les banques vont forcer la conversion des dépôts en dollars en dépôts en livres, tant que ces dépôts restent à la banque. En revanche, si un client veut récupérer son dépôt en argent liquide, la banque peut le forcer à l’accepter en livres libanaises au taux officiel. Et il sera contraint de les convertir sur le marché parallèle, s’il souhaite de nouveau les avoir en dollars.

Un autre banquier sollicité estime néanmoins qu’il y a véritable débat juridique sur ce point, car selon le droit libanais on peut se libérer de toute obligation en payant en livres, mais la véritable question est de savoir à quel taux de change ce paiement doit s’effectuer.

Le dollar s'échangeait vendredi matin, dans certains bureaux de change, à 2.550 livres libanaises, une première depuis le début de la crise qui dure depuis plusieurs mois et qui a été exacerbée par le déclenchement de la révolte inédite du 17 octobre 2019 contre le pouvoir politique. C'est ce qu'indique le site web lebaneselira.org, en ligne depuis le 26 novembre, qui propose une estimation quotidienne ainsi qu’un historique depuis le 6 novembre de l’évolution du taux de change entre le dollar et la livre libanaise chez les changeurs. Ce site indiquait qu'en fin de soirée, vendredi, l'estimation était descendue à 2.450 LL. Jeudi, c'est à 2475 LL que s’achetait, en moyenne, le dollar, selon le même site, avec un pic, déjà, à 2.500LL.

Un avocat explique qu’en effet selon l’article 192 du Code de la Monnaie et du Crédit, nul ne peut refuser un paiement en livres libanaises, et qu’une circulaire émise par le ministère de l’Économie et du Commerce exige que les facturations et les encaissements se fassent en livres libanaises. Mais il convient que cette question fait débat – pas uniquement dans le secteur bancaire mais pour l’ensemble de l’économie – compte tenu de l’existence d’un taux de change parallèle et d’un contrôle de facto des capitaux sur les retraits et les transferts. Selon l’avocat interrogé, le fait qu’une banque puisse obliger un client souhaitant retirer son dépôt en dollars en livres libanaises et au taux officiel signifie que le client perd aujourd’hui 60 % de la valeur de son dépôt, ce qui peut s’apparenter à un haircut indirect. Cela constitue alors une violation de l’article 15 de la Constitution qui interdit de porter atteinte aux propriétés et aux biens des citoyens ainsi qu’une violation des principes constitutionnels d’égalité entre les citoyens et de droit à la propriété privée. L’avocat évoque aussi un problème contractuel, puisqu’un dépôt en dollars est un contrat liant une banque à son client, et qu’en souhaitant le rembourser en livres, la banque change unilatéralement les conditions de ce contrat.


"Malgré tout ce qui passe, le secteur bancaire bénéficie d'une côte de confiance qui pourrait augmenter si la stabilité politique était assurée", a également déclaré jeudi soir le gouverneur de la BDL, alors que le pays est sans cabinet en exercice depuis la démission de Saad Hariri, fin octobre, sous la pression de la rue qui conteste une classe politique jugée corrompue.

Selon M. Salamé, "plusieurs raisons ont conduit à la crise économique dans le pays", dont l'affaire de la Jammal Trust Bank, qui a été poussée à la liquidation en raison des sanctions américaines. Le Trésor américain avait annoncé, le 29 août dernier, des sanctions contre la JTB et l’avait officiellement qualifiée d’organisation "terroriste" pour avoir fourni des services financiers au conseil exécutif du Hezbollah et à la Fondation des martyrs, basée en Iran.

Depuis plusieurs semaines, les banques libanaises ont établi des mesures restrictives, plafonnant notamment les retraits et limitant la circulation du dollar américain afin de faire face à l'importante crise de liquidité que connaît le pays. Face à cette crise, le taux de change de la livre libanaise a grimpé en flèche auprès des changeurs, dépassant allègrement les 2.200 livres ces derniers jours pour un dollar, tandis que le taux officiel observé par les banques reste stable, entre 1.515 et 1.520 livres pour un dollar.



(Lire aussi : Rétro 2019 : L’économie libanaise au bord du gouffre)



2,6 milliards de dollars transférés à l'étranger
Ces limites provoquent régulièrement des tensions au sein des établissements bancaires entre les clients et les employés. Face à ces incidents, la Fédération des syndicats des employés de banques du Liban a mis en garde jeudi contre une grève générale si la sécurité des employés des établissements de crédit n'était pas assurée.

Depuis le début du mouvement inédit de contestation contre le pouvoir et la classe dirigeante, accusée d'incompétence et de la corruption, les banques et le gouverneur de la BDL font partie des cibles privilégiées des protestataires. M. Salamé est régulièrement conspué par la rue, qui l'accuse de couvrir les opérations frauduleuses d'une classe politique taxée de corruption.

Par ailleurs, le gouverneur de la Banque centrale est revenu sur l'affaire du transfert présumé de plusieurs milliards de dollars du Liban vers l'étranger, notamment la Suisse, par certains dirigeants politiques. Certaines formations politiques ainsi que les contestataires estiment que la responsabilité incombe à la BDL et aux propriétaires des banques privées.

"La masse des dépôts a diminué de 10,1 milliards de dollars. Trois milliards ont été retirés des banques et seulement 2,6 milliards de dollars ont été transférés à l'étranger depuis le Liban", a déclaré M. Salamé. Il a précisé que la BDL allait envoyer des enquêteurs auprès des banques pour faire un rapport détaillé sur ces transferts, qui sera ensuite transmis au procureur général "qui prendra les décisions qui s'imposent".

Lorsque cette affaire a éclaté à la fin du mois de décembre, le gouverneur de la BDL avait promis une enquête sur ces transferts présumés à l'étranger qui, s'ils étaient avérés, constitueraient des violations aux restrictions bancaires.



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Liberté de Penser

Diminution masse des dépôts de 10,1 M$ dont 3M de retrait et 2,6M de transferts a l’étranger, ça fait 5,6M$. Reste donc 4,5M$ non expliqués et personne ne pose la moindre question à ce propos

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SI NOS ABRUTIS CONTINUENT SUR LEUR LANCEE DE MARCHANDAGES ET DE PARTAGE DU GATEAU... IGNORANT LA CONTESTATION DE LA RUE... COMME IL EN FUT TOUJOURS ADIEU BEAU LIBAN... L,EFFONDREMENT SERAIT PLUS QUE PROBABLE. D,AILLEURS INTERNATIONALEMENT ILS RECOIVENT DES AVERTISSEMENTS DANS CE SENS.

Chucri Abboud

C'est ce qu'on a appelé révolution qui , à tort, a semé et qui sème toujours la panique !
La panique est nocive pour l'économie , voyez-vous !

C'est moi

C'est dommage, vous avez vraiment raté les points les plus importants de son entretien:
- une manoeuvre comptable pour cacher les prêts effectués au ministère des finances (et dieu sait quoi d'autre)
- dire que les banques ont le droit de refuser les retraits en $ même à partie des comptes en $, et peuvent vous donner à la place des livres libanaises, au taux officiel ==> cela veut dire que vous venez de perdre immédiatement 40% de votre argent.

Et plein d'autres petites phrases comme ça.

Je vous conseille de faire analyser l'entretien par des spécialistes puis d'informer vos lecteurs.

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