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Culture

Laura Karam lance sa première « Séance » vintage libanaise

Design

La toute jeune designer présente, du 18 au 22 décembre à Union Marks, une sélection de pièces mobilières chinées un peu partout à travers le pays, auxquelles elle donne une nouvelle vie.

Zéna ZALZAL | OLJ
18/12/2019

À tout juste 23 ans, Laura Karam cultive déjà la nostalgie. Celle d’un siècle, le XXe, qu’elle aura à peine connu. Mais dont elle adore les différentes périodes de design mobilier, depuis l’Art nouveau et l’Art déco jusqu’aux années 1980. Avec une prédilection marquée pour le mobilier « Mid-Century » des décennies 1940 et 50.

Pour cette jeune architecte d’intérieur, rien ne vaut les objets qui ont du vécu. Ceux dont la beauté formelle d’origine s’est enrobée d’un supplément d’âme. Et dont la patine laissée par le temps raconte un tas d’histoires, et plus précisément celles du pays du Cèdre. Des histoires de goûts, d’ouverture vers l’étranger, de traditions artisanales et de modernité, d’époque florissante d’avant-guerre, mais malheureusement aussi de dévastation, d’oubli et d’abandon…

Des histoires intrigantes parfois comme celle de ce trio d’énormes suspensions en fibre de verre, d’un mètre de diamètre chacune, trouvées dans un dépôt en montagne et qui auraient, lui a-t-on dit, orné le hall d’un hôtel de Beyrouth. « Sauf que j’ai eu beau me renseigner auprès d’experts, d’historiens, de maisons éditrices de ce type de produits, de maisons d’enchères… Je n’ai pas eu plus d’éclaircissements (c’est le cas de le dire !) sur les origines de ce luminaire », indique la frêle jeune femme.

Passionnée de meubles vintages, Laura Karam l’est tout autant de son pays natal. À peine diplômée en Interior Design de la Chelsea College of Arts de Londres, elle boucle son stage à la Universal Design Studio et refuse le poste qui lui est proposé au sein de cette prestigieuse compagnie pour retourner au pays… C’était il y a deux ans. Elle commence par lancer quelques projets de direction artistique et de décoration intérieure, avant de se découvrir – lors de la conception et de l’exécution de la signalétique du festival de musique Wickerpark à Batroun en septembre 2018 – un grand attrait pour le travail manuel.

« J’avais envie d’authenticité, de retour aux sources et de contribuer, à travers un certain design éthique, à une économie circulaire qui mette en lumière le patrimoine local », indique-t-elle. C’est ainsi qu’elle entame, il y a un an, en janvier 2019 très précisément, son projet de récupération de meubles du XXe siècle pour leur donner une deuxième vie.

Un projet qu’elle baptise aussitôt « Séance » « en rapport au verbe » seoir « dont il est dérivé et qui signifie en vieux français siéger. Mais qui fait aussi référence en anglais aux séances de spiritisme qui rétablissent le contact avec les disparus », tient-elle à signaler.

Des meubles et des histoires

Durant dix mois, Laura Karam sillonne le pays de fond en comble, à la recherche de pièces anciennes. Beyrouth, la Békaa, Tripoli, Bhamdoun, Bchemoun, Tyr… Des antiquaires et brocanteurs de Basta aux différents marchés aux puces, en passant par les entrepôts d’usines désaffectées et quelques particuliers, elle accumule les trouvailles. Et réalise, au fur et à mesure de ses pérégrinations, que les pièces qu’elle chine portent en elles un peu de l’empreinte « d’un siècle de relations internationales dans un climat politique, social et économique changeant ». « J’ai ainsi découvert de nombreuses chaises Thonet. Des authentiques que l’on reconnaît à leur poinçon et qui étaient importées d’Autriche ou de l’ex-Tchécoslovaquie au tout début du siècle dernier », indique-t-elle. « Mais aussi des “Three Legged Chairs”, ces chaises à trois pieds typiquement irlandaises en bois rustique, de la même époque. Sans oublier le mobilier Art déco, très en vogue dans les intérieurs beyrouthins des années 40, ou encore des pièces cultes du design scandinave datant du début des sixties. »

Laura Karam a pour chacune de ses « découvertes » une histoire à la clef. Comme celle de ces doubles carcasses d’Egg, le fameux siège d’Arne Jacobsen, et ces pieds de table basse de la série Tulip d’Eero Saarinen qu’elle a récupérés d’une usine d’assemblage Knoll située en dehors de Beyrouth et abandonnée depuis les événements. Ou encore de ces Peacok Chairs rescapées des années soixante-dix mais aussi de l’incendie qui a dévasté les locaux d’arcenciel à Damour au mois d’octobre dernier. Ainsi que ce pied de vase Art déco qui avait été léché par les flammes au cours du même incendie et dont elle a décidé de garder les stigmates, une esthétique en dégradation de tons cendrés allant jusqu’au bleu, comme un témoignage de son vécu libanais.

Bref, ce sont ces objets chargés de mémoire que la jeune femme veut préserver. Des tables, chaises, fauteuils, canapés, buffets, luminaires, etc. qu’elle a elle-même remis en l’état, en les ponçant, les repeignant, les lustrant, les vernissant (avec un produit naturel de sa propre composition), les retapissant pour leur restituer leur éclat originel. « Je ne cherche pas vraiment à les transformer, mais à les revivifier, surtout lorsqu’il s’agit de meubles de valeur », signale-t-elle. Sinon, lorsqu’ils sont trop abîmés, elle se fait aider par des artisans tripolitains, « qui travaillent encore selon les méthodes traditionnelles ». Elle se permet alors de les recomposer sur un mode plus fantaisiste.

Quarante-cinq pièces au total forment ainsi la sélection de sa première Séance. Une collection qu’elle présente, à partir d’aujourd’hui mercredi 18 décembre et jusqu’à samedi 22 décembre à Union Marks (à l’usine Abroyan, Bourj Hammoud). Avec, il faut le signaler, une partie des bénéfices de la vente qui sera directement reversée au profit de l’association arcenciel.

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