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Liban

Appels à manifester pour la "dignité", à la veille des consultations de Baabda

Les affrontements violents entre policier et manifestants se sont poursuivis jusque tard dans la nuit de samedi à dimanche, dans le secteur de Saïfi.

Tirs de gaz lacrymogènes contre des manifestants, lors d'affrontements nocturnes avec la police, le 14 décembre 2019 dans le centre-ville de Beyrouth. Photo AFP / SERVICES AFP / ANWAR AMRO

A la veille des consultations parlementaires contraignantes que doit mener le chef de l’État Michel Aoun pour désigner un nouveau Premier ministre, et au lendemain de violents affrontements nocturnes entre manifestants et forces de l'ordre dans le centre-ville de Beyrouth, des appels à manifester à 16h, pour la "dignité, place des Martyrs, ont été lancés sur les réseaux sociaux. Le pays continue entre-temps de s'enfoncer dans une crise politique, économique et financière inédite depuis des décennies.

"16h, manifestation pour la dignité, manifestation pour la paix, manifestation pour l'égalité, manifestation pour le droit de vivre et laisser vivre. Place des Martyrs, Beyrouth", peut-on lire sur le compte Instagram Daleel Thawra, qui publie quotidiennement un calendrier des événements qu'organise le mouvement populaire, né le 17 octobre, date du début de la contestation populaire qui marque son deuxième mois. Cette révolte sans précédent a réussi à obtenir la démission du gouvernement de Saad Hariri, le 29 octobre. Depuis, le président de la République n'a toujours pas réussi à désigner un nouveau Premier ministre, en raison des différends entre les formations politiques autour de la nature du prochain cabinet. Le chef du gouvernement sortant Saad Hariri est donné favori et pourrait être à nouveau nommé demain à l'issue des consultations.


(Lire aussi : « Pourquoi ? » : les manifestants consternés, dans le centre-ville de Beyrouth, par la violence de la répression)



Permanence du CPL saccagée

Parallèlement, des inconnus ont saccagé une permanence du Courant patriotique libre de Gebran Bassil dans la localité Jdeidit al-Joumé, dans le Akkar au Liban-Nord, cassant la baie vitrée du bureau et incendiant les locaux avant de prendre la fuite vers 3h du matin, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle). Gebran Bassil, qui dirige ce parti fondé par Michel Aoun, est l'un des responsables les plus conspués par les manifestants anti-pouvoir.

Photo ANI

Une permanence du Courant du Futur de Saad Hariri a également été saccagée par des inconnus dans la nuit de samedi à dimanche, dans la localité de Khreibeit al-Joundi, également dans le Akkar. Les individus ont cassé une porte arrière avant de mettre le feu à la permanence. Une enquête est en cours. Le CPL et le Futur ont chacun condamné les attaques contre leurs permanences.

Toujours dans le Nord, des manifestants bloquaient en matinée l'autoroute de Halba à l'aide de ferraille et de pneus non brûlés, laissant uniquement passer les véhicules militaires, les ambulances et les cas urgents. Les routes intérieures de la ville restaient toutefois praticables. La route principale de Minyé, au Liban-Nord également, a elle aussi été coupée par les protestataires, provoquant des embouteillages monstres.

Dans la nuit de samedi à dimanche autour de minuit, de nouveaux accrochages ont eu lieu dans le secteur du Parlement. Des hommes au visage masqué ont jeté des pierres en direction de la police anti-émeute, déployée rue Weygand, deux heures après que l'armée libanaise ait autorisé les contestataires à revenir dans le centre-ville de Beyrouth, théâtre d'une violente répression, samedi soir de la part des forces de l'ordre contre les manifestants. Vers 2h, les accrochages se sont déplacés vers le secteur de Saïfi, devant le siège central du parti Kataëb du député Samy Gemayel. Les forces de l'ordre ont alors tiré de nombreuses grenades lacrymogènes pour disperser les protestataires. Les policiers ont également fait usage de canons à eau, avant que le calme ne revienne vers 3h. "Les portes de la maison des Kataëb sont ouvertes à tous les blessés", avait affirmé en soirée le chef des Kataëb. "Ce qui s'est passé, nous ne l'avons jamais vu auparavant. Comme si ces jeunes étaient des terroristes, alors que tout le monde sait que les manifestations sont pacifiques", a déploré le député.


Quatre-vingt dix blessés

Selon un bilan définitif de la journée de samedi donné par la Défense civile, 90 personnes ont été blessées lors de ces affrontements. Cinquante-quatre ont été soignées sur place, alors que 36 autres ont été hospitalisées. 


La Croix-Rouge libanaise a de son côté annoncé avoir transporté 15 blessés vers des hôpitaux et soigné 37 personnes sur place, selon un nouveau bilan communiqué à l'AFP par un responsable de l'organisation Rodney Eid. L'organisation avait rapporté samedi soir des cas d'évanouissement, des blessés souffrant de difficultés respiratoires et d'autres touchés par des jets de pierres. Les blessés étaient des civils mais aussi des membres des forces de sécurité.

Les Forces de sécurité intérieure (FSI) ont pour leur part déploré 23 blessés dans leurs rangs, dont trois officiers qui ont dû être hospitalisés. "De nombreux autres agents blessés ont été traités sur place", ajoute la police.



Hassan ordonne une enquête

Réagissant aux incidents de samedi, la ministre sortante de l'Intérieur, Raya el-Hassan, a annoncé dimanche avoir ordonné une enquête. 

"J'ai suivi durant toute la nuit de samedi avec inquiétude, tristesse et étonnement, les affrontements qui ont eu lieu dans le périmètre du Parlement et dans les rues de Beyrouth, et ont débouché sur des frictions entre les forces de l'ordre et les citoyens, faisant des blessés dans les deux camps en raison d'éléments infiltrés (...). Afin que les responsabilités soient claires, et dans le souci de sauvegarder les droits des manifestants, j'ai demandé à la direction des Forces de sécurité intérieure de mener une enquête rapide et transparente afin de désigner les responsables et d'en tirer les conclusions", a dit la ministre sortante dans un communiqué.

"J'appelle les manifestants à prendre garde contre les parties qui tentent d'exploiter leurs revendications justes en vue d'objectifs politiques, ou de les pousser à un affrontement avec les forces de l'ordre qui œuvrent à leur protection ainsi que de leur droit de manifester', a conclu Raya el-Hassan. 

Quelques heures avant la répression violente hier, des manifestants par les forces de l'ordre dans le centre-ville de Beyrouth, ce centre névralgique du mouvement de contestation a été le théâtre samedi après-midi de plusieurs actions hostiles de la part d'opposants à la révolte, partisans du tandem chiite Hezbollah-Amal. Des deux côtés du pont de la voie-express du Ring, un face-à-face tendu a opposé entre 16 et 17h des dizaines d'individus rassemblés rue Tyan, dans le quartier de Khandak al-Ghamik, considéré comme un bastion du Hezbollah et du mouvement Amal, aux policiers anti-émeutes postés près de l'hôtel Markazia, non loin de la place Riad el-Solh.

Les manifestations de masse qui secouent le Liban pour dénoncer une classe politique accusée de corruption et d'incompétence se tiennent généralement dans le calme. Mais ces dernières semaines, les accrochages se sont multipliés. A plusieurs reprises, des partisans du Hezbollah et d'Amal s'en sont pris à des rassemblements de la contestation, à Beyrouth, mais aussi à Tyr et Baalbeck, deux grands bastions des partis chiites. Cette semaine, l'armée et la police ont aussi eu recours à la force pour disperser les contestataires.

Vendredi, le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah avait appelé ses partisans à la retenue, réclamant la "maîtrise de soi" et la "patience".

Parallèlement, la procureure générale près la cour d’Appel du Mont-Liban, Ghada Aoun, a ordonné dimanche l'arrestation du manifestant Rabih el-Zein, a rapporté l'Agence nationale d'information (Ani, officielle). Cette décision a été prise après une note d'information des avocats Achraf Moussaoui et Wissam Mazbouh pour "atteinte au prestige et à la réputation de la justice".

La chaîne LBCI avait rapporté plus tôt que Rabih el-Zein été arrêté et déféré devant le commissariat de Baabda. 

Le député du Akkar et membre du Courant du Futur, Hadi Hobeiche, qui est à couteaux tirés avec la juge Ghada Aoun en raison de de l'arrestation d'une haute fonctionnaire accusée de corruption et dont M. Hobeiche est l'avocat, a affirmé que son bureau était prêt à prendre en charge l'affaire de Rabih el-Zein. 

Ce dernier apparaît souvent devant les caméras des télévisions lors des manifestations qui ont lieu à travers le territoire. Il est toutefois considéré comme une figure controversée de la contestation, après des clichés de lui posant aux côtés de figures politiques, notamment l'ancien Premier ministre Nagib Mikati. Selon la LBCI, il aurait également été arrêté auparavant, avant d'être relâché, pour détention d'armes lors d'une manifestation. Il est également pointé du doigt pour être considéré comme un organisateur qui s'occupe d'acheminer des convois sur demande, contre rémunération.

Des dizaines de manifestants se sont rassemblés en début d'après-midi devant le Sérail de Tripoli, afin de réclamer la libération de Rabih el-Zein. L'une d'entre elle menaçait devant les caméras d'une "coupure de toutes les routes du Nord" si leur demande n'est pas satisfaite. Un peu plus tard, la route de Palma, à Tripoli, a en effet été bloquée pendant quelques heures par des dizaines de manifestants venus soutenir Rabih el-Zein. Et en soirée, des manifestants ont coupé l'autoroute Mina-Beyrouth pour protester contre l'arrestation du manifestant. 



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commentaires (3)

DE MANIFESTATIONS EN MANIFESTATIONS ET LES ABRUTIS CORROMPUS ET INCOMPETENTS QUI S,EN FOUTENT ET NE PRENNENT RIEN EN COMPTE LE PAYS S,ENFONCE CHAQUE JOUR DAVANTAGE DANS LE GOUFFRE OU ILS L,ONT POUSSE. ILS S,EN FOUTENT AU CARRE DE LEUR ABRUTISSEMENT ET DE LEUR INCOMPETENCE ET SUR ORDRE FAKIHISTE.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

12 h 31, le 15 décembre 2019

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Commentaires (3)

  • DE MANIFESTATIONS EN MANIFESTATIONS ET LES ABRUTIS CORROMPUS ET INCOMPETENTS QUI S,EN FOUTENT ET NE PRENNENT RIEN EN COMPTE LE PAYS S,ENFONCE CHAQUE JOUR DAVANTAGE DANS LE GOUFFRE OU ILS L,ONT POUSSE. ILS S,EN FOUTENT AU CARRE DE LEUR ABRUTISSEMENT ET DE LEUR INCOMPETENCE ET SUR ORDRE FAKIHISTE.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    12 h 31, le 15 décembre 2019

  • Énième enquête et ZÉRO résultat. À chaque incident grave ils nous gratifient de cette phrase chère à leur conscience nous allons mené une enquête. Mais arrêtez de vous payer notre tête et arrêtez les responsables. Suspendez tous les chefs de bande des FSI et autres brebis galeuses pour abus de pouvoir et provocation de troubles. Cherchez en premier les donneurs d'ordres. Si non en quoi consistent vos enquêtes à répétition qui ne mènent à rien? Les images parlent d'elles-mêmes. Pourquoi les bandes de voyous arrivent à agresser les forces de l'ordre sans être arrêtés. C'est quoi ce complot iranien qui oriente les évènements vers une guerre sans nom? Puisqu'elle ne peut pas être civile. Les libanais se sont rassemblés et cela déplaît à plus d'un Zaïm. Et pour les avoir privé du privilège de parler en leurs noms ils les punissent pour De les mettre sur le bord de la route en lui interdisant de se mêler de leur révolution. Ils sont tellement mégalomanes qu'ils seraient prêts à tout pour se sentir représentatifs. Y compris de complots contre le pays. Plus ils agressent les gens et plus les gens les rejetteront. Il ne faut pas être intelligent pour comprendre que leurs actions sont contre-productives et leur reviendraient tel un boomerang dans leur tronche.

    Sissi zayyat

    12 h 12, le 15 décembre 2019

  • hier furent confirmes les suivants : 3 presidents, 3 territoires, "prives" ( le peuple n'y a rien a foutre ), mais aussi sacres -bas les jambes pas s'y approcher ! 3 lieux saints donc ! pt't faudra t il y ajouter un 4 eme,appartenant au vice roi du parlement, le tres bavard elie fersli ?

    gaby sioufi

    11 h 25, le 15 décembre 2019