La militante écologiste Mona Khalil photographiée sur la plage de Mansouri, pour la protection de laquelle elle a dédié sa vie. Photo tirée de sa page Facebook
Elle avait tenu bon face à deux guerres, refusant d'abandonner sa maison de Mansouri à quelques mètres de la plage et des tortues marines sur lesquelles elle veillait depuis un quart de siècle. La militante écologiste Mona Khalil, 76 ans, fondatrice d'« Orange House Project » et figure tutélaire de la protection des tortues marines sur le littoral de Tyr, a succombé vendredi à ses blessures causées par une frappe israélienne qui avait touché de plein fouet sa demeure familiale le 4 juin dernier.
Elle avait repris conscience le lendemain de l'attaque avant que son état ne se dégrade progressivement. Elle était hospitalisée depuis deux semaines à l'AUBMC à Beyrouth, après avoir été transférée depuis l'hôpital Jabal Amel dans le Sud, selon Fadia Joumaa, militante écologiste originaire de Tyr, contactée par L'Orient-Le Jour. « Les médecins ont en vain tenté de la sauver au cours des derniers jours », a-t-elle ajouté.
« Aujourd’hui, je vis mon rêve »
Figure de proue de la protection de la faune aquatique au Liban, Mona Khalil avait consacré plus de deux décennies à la sauvegarde des tortues marines du littoral sud. Son engagement remonte à 1999, lorsqu’une nuit de mai, sur la plage de Mansouri, elle découvre une tortue en train de pondre ses œufs. Peu après, elle quitte sa carrière de restauratrice d’art aux Pays-Bas et s’installe dans la maison familiale située à une centaine de mètres du rivage, construite par son père et où elle passait ses étés durant son enfance. En 2000, après le retrait israélien du Liban-Sud, elle fonde l’« Orange House Project » afin de protéger ce site de ponte et d’assurer la survie des tortues nouveau-nées jusqu’à leur retour à la mer.
La maison, située à quelques mètres de la plage, est transformée en gîte écologique dont les revenus financent la préservation d’une bande littorale de 1,4 kilomètre. Ce tronçon de sable, devenu son champ d’action quotidien, abrite la ponte des tortues mais aussi une biodiversité plus large. Au fil des années, Mona Khalil s’impose comme une référence du milieu environnemental local, et l’ange gardien des tortues de Mansouri. « J’ai commencé avec une amie. Nous étions deux femmes, seules. Je ne connaissais rien aux tortues. J’ai écrit à la Mediterranean Association to Save the Sea Turtles pour demander de l’aide. On nous a envoyé un biologiste marin qui nous a tout appris. Aujourd’hui, je vis mon rêve », confiait-elle à L’Orient-Le Jour.
Elle était connue pour son opposition systématique, et au fil des années, à tous les projets qui menaçaient de bétonner « sa plage », devenue un sanctuaire pour les tortues de mer. Elle avait réussi à obtenir un classement de la plage en tant que « hima », un type de réserves gérées par des particuliers et les autorités locales.
La frappe israélienne qui l'a blessée puis tuée a touché sa maison de plein fouet. L'obus est tombé du côté où se trouvait sa chambre, selon le récit de témoins de la frappe. « Mona s’est barricadée à l’intérieur de sa maison, n’accueillant personne et se croyant à l’abri parce qu’elle est civile, nous avait confié il y a deux semaines Fadia Joumaa. Elle refusait absolument de se retrouver déplacée, et c’était bien digne d’une personnalité aussi déterminée ».
Mansouri se trouve juste au nord de ce que les Israéliens appellent « la ligne jaune », qui délimite une « zone tampon » établie de facto à l'intérieur de laquelle ils occupent des dizaines de villages, mais la destruction y est néanmoins impressionnante.


C'est si triste et si injuste
21 h 19, le 19 juin 2026