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Liban

Gebran Tuéni an 14 : un serment plus que jamais d’actualité

Commémoration

Il y a 14 ans, jour pour jour, Gebran Tuéni appelait les musulmans et les chrétiens à l’unité. Son souhait a été réalisé le 17 octobre dernier.

12/12/2019

Le 14 mars 2005, le journaliste et député de Beyrouth Gebran Tuéni prononçait son fameux serment dans lequel il appelait tous les Libanais, « musulmans et chrétiens, à rester unis pour l’éternité ». À l’époque, le Liban vivait une phase charnière, un mois après l’assassinat de Rafic Hariri. Quelques mois plus tard, le 12 décembre 2005, Gebran Tuéni était à son tour la cible d’un attentat à la voiture piégée. D’autres figures du 14 Mars allaient également tomber dans cette période et dans les mêmes circonstances.

Quatorze ans plus tard, l’appel de Gebran Tuéni à l’unité semble avoir mûri. En témoignent les manifestations populaires à l’échelle nationale qui ont réuni, depuis le 17 octobre, des Libanais de toutes les appartenances géographiques, communautaires et confessionnelles.

« Si nous relisons les textes et interviews de Gebran, nous avons l’impression que cela se passe aujourd’hui », confie à L’Orient-Le Jour Nayla Tuéni, fille de Gebran Tuéni et rédactrice en chef du quotidien arabophone an-Nahar. « Il nous a laissé un message et nous constatons que les jeunes aujourd’hui reprennent le serment dans lequel il appelait à l’unité. Il rêvait d’un Liban qui réponde aux aspirations de sa jeunesse, un pays libre où les politiciens ne pensent pas uniquement à leurs sièges. Gebran ressemblait à cette révolution et aux jeunes qui y prennent part », ajoute Mme Tuéni.


(Lire aussi : Gebran Tuéni, cette révolution aurait été tienne)



Une promesse à tenir
Pour l’ancien député Farès Souhaid, le serment prêté par Gebran Tuéni le 14 mars 2005 ressemblait surtout à une promesse à tenir. « Gebran a lutté pour l’unité nationale, mais il savait à l’époque que nous n’allions pas l’atteindre tout de suite. Il est issu de la génération qui a vécu la guerre, cette unité restait loin de sa génération. Voilà pourquoi il a demandé aux gens de prêter serment. Il savait qu’ils seraient tentés de revenir aux périmètres confessionnels. Il leur a donc demandé de jurer devant Dieu qu’ils n’allaient pas se quitter », analyse M. Souhaid. Il estime que le 14 mars 2005 a signé le « baptême politique de Gebran Tuéni, lorsqu’il a pu rencontrer, au pied de l’immeuble d’an-Nahar (dans le centre-ville de Beyrouth) un million de Libanais, chrétiens et musulmans, qui ne brandissaient que le drapeau national ».

« Les Libanais ont tenu promesse, mais ce projet ne s’est pas fait par un coup de baguette magique, du jour au lendemain. Après le 14 mars 2005, certains ont essayé de repousser les Libanais dans un cadre communautaire. Mais à partir du 17 octobre 2019, le projet d’un nouveau Liban est devenu possible. Parce qu’en 2019, nous avons pris conscience qu’il fallait aller de l’avant et s’unir », indique l’ancien député à L’OLJ.

Nabil Bou Monsef, rédacteur en chef adjoint d’an-Nahar, a côtoyé Gebran Tuéni de nombreuses années durant. La reprise du serment de Gebran par la foule de la révolution le remplit de fierté. « La commémoration du décès de Gebran Tuéni a quelque chose de différent cette année. La révolution du 17 octobre porte en elle une part de lui et de ce qu’il prônait, notamment au niveau de l’implication des jeunes, estime M. Bou Monsef, interrogé par L’OLJ. Les jeunes affichent son serment dans les places publiques lors des manifestations, même s’ils font partie d’une génération qui ne l’a pas connu. Ces jeunes ont réussi à dépasser les considérations communautaires et confessionnelles. »

Le rédacteur en chef adjoint d’an-Nahar dit par ailleurs regretter qu’il faille toujours que des gens perdent la vie, à l’instar de Gebran Tuéni, pour que le changement ait lieu. « Faut-il toujours que des gens meurent pour que les choses puissent changer ? Je suis triste que 14 ans plus tard, on doive encore faire des révolutions et des manifestations. Nous avons fait du surplace pendant tout ce temps-là, nous avons même régressé, regrette le journaliste. D’un côté, je suis heureux qu’on rende hommage à Gebran, mais je suis également triste qu’on n’ait toujours pas réussi à former un pays digne de ce nom. »


Pour mémoire 
Le « modèle Gebran Tuéni », selon Mgr Élias Audi

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Emmanuel Pezé

J'ai eu le privilège de travailler sous la direction de Gebran, pendant l'exil du Nahar El Arabi Ed-Duwalli à Paris, avenue F. Roosevelt. C'était un jeune homme de grande qualité, et un directeur de rédaction formidable. Je pense souvent à lui. Que son souhait se réalise aujourd'hui doit le faire sourire de bonheur, Là-haut!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SERMENT QUE LES DEUX MILICES IRANIENNES ET LE GENDRISSIME DU CPL... DISCOURS PARTOUT OU IL EST ALLE VISITER... FONT TOUT POUR RETOURNER.

Bery tus

Je ne pense pas que son souhait c est réaliser en ce 17 octobre mais c est certainement un pas de géant dans cette direction !! Mais cela prendra du temps et il faut pour le moment garder ce qu’on a et faire avec surtout éliminer tout obstacle à la bonne marche d une économie saine

Wlek Sanferlou

Allah yirhamak Gibran!
Un Géant parmi les Grands du LIBAN!

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