Liban

Des Libanais appellent Paris à "geler toute aide financière à la classe politique corrompue"

Deux manifestations ont été organisées : l'une devant le consulat de France au Liban et l'autre devant le Quai d'Orsay.

Des manifestants libanais brandissant des pancartes devant le consulat de France à Beyrouth, le 11 décembre 2019. Photo Michel Sayegh

Au 56e jour du mouvement de contestation contre la classe politique, jugée incompétente et corrompue, des manifestants se sont regroupés mercredi matin devant l’ambassade de France à Beyrouth, au moment où se tenait à Paris la réunion du Groupe international de soutien (GIS) au Liban, demandant au président Emmanuel Macron de geler toute aide financière aux dirigeants qu'ils qualifient de corrompus, afin de faire pression pour la formation d’un gouvernement d’experts indépendants.

Après avoir chanté l’hymne national en chœur, une représentante de la société civile, Lina Hamdan, a lu une lettre adressée au président Macron, signée des "Révolutionnaires du Liban", avant qu’une délégation la remette à l’ambassade de France. "Aujourd’hui, vos efforts louables serviront à aider une classe dirigeante corrompue à maintenir son emprise sur le pays pour s’enrichir davantage par le détournement des fonds publics et la dilapidation des richesses actuelles et prévues", affirme notamment le texte. "Contestant la légitimité des représentants du Liban auprès de la communauté internationale, nous sollicitons votre soutien pour geler toute aide financière à ce gouvernement démissionnaire qui devrait d’abord nommer un Premier ministre honnête et former un gouvernement d’experts indépendants et compétents pour rétablir la confiance", ajoute le communiqué.




Une deuxième lettre a été également lue au nom des artistes libanais par l’actrice Anjou Rihan, demandant de même au président français de ne pas envoyer d’aides "au pouvoir corrompu" pour qu’elles n’aillent pas "dans les poches" des dirigeants.

"Nous manifestons pour que la France réalise que le peuple libanais crie haut et fort ses droits les plus élémentaires, affirme à L’OLJ une manifestante, Marie-Thérèse Tabet . Nous demandons un minimum, le droit de vivre". "Nous demandons à la France de ne pas donner d’argent à ces barons de la guerre qui continuent de nous gouverner, qui refusent aujourd’hui de céder leur place", ajoute-t-elle, estimant que la classe politique "va piller ces fonds et non pas les utiliser pour l’amélioration des infrastructures".



(Lire aussi : À la veille de la réunion du GIS,Paris exhorte le pouvoir à « prendre conscience de l’appel de la rue »)




Marwan Ballout, spécialiste en gestion internationale, brandit une pancarte adressée au président Macron, sur laquelle il a écrit : "Nous, les Libanais, ne voulons pas d’argent de la conférence de (la conférence de Paris d’avril 2018) CEDRE maintenant". "Si l’argent de la CEDRE est envoyé au Liban, il va disparaître, affirme-t-il à l’OLJ. Nous avons confiance en le président français, ils ne doivent pas nous donner cet argent, qu’ils le gardent chez eux et nous l’envoient lorsque nous aurons un gouvernement intègre de technocrates", ajoute-t-il. "Nous appelons également le président français à demander : où sont passés les fonds accordés par les conférences Paris 1, 2 et 3 ?", enchaîne M. Ballout, demandant également à Paris de "geler les comptes de tous les responsables libanais qui se sont succédé chez vous depuis 1992, pour nous aider à récupérer les fonds volés".

La réunion du Groupe international de soutien au Liban, coprésidée par la France et les Nations unies, s'est ouverte en matinée et a été clôturée dans l'après-midi par le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian. Ce dernier a averti à l'issue de la réunion que le Liban doit former un gouvernement efficace et capable d'entreprendre des réformes, seule condition à l'octroi d'une aide financière internationale.

La communauté internationale subordonne l'octroi d'une aide financière au Liban à la concrétisation de réformes structurelles, alors que le pays s'enfonce dans la crise économique.


Photo Michel Sayegh


"On ne veut plus de cette classe politique criminelle!"
Une autre manifestation de Libanais résidant en France a eu lieu dans l'après-midi devant le Quai d'Orsay.

"Je suis venue pour dire à la communauté internationale qu'on ne veut pas qu'elle aide cette classe corrompue au pouvoir. Nous n’avons aucune confiance en elle. Tout argent frais que les politiciens recevront finira dans leurs poches", affirme Gloria, une étudiante libanaise de 22 ans installée en France depuis deux ans, interrogée par notre correspondante sur place, Anne Ilcinkas. "On veut que la communauté internationale fasse pression pour un gouvernement de technocrates représentatifs du peuple. Le président est plus âgé que ma grand-mère, qui serait plus apte à gouverner que lui !", lance-t-elle.



Photo Anne Ilcinkas.



Les manifestants chantaient l'hymne national libanais et scandaient les slogans de la révolte. "Merci à la communauté internationale de nous soutenir, mais ne donnez pas d'argent à la classe corrompue! On ne veut plus de cette classe politique criminelle! ", s'écrie Rim Anid, une psychologue de 43 ans installée en France depuis 4 ans et qui participe à toutes les manifestations organisées pour soutenir le mouvement au Liban.

"Moi, je suis là pour dire trois choses : Non à l'ingérence étrangère, Non au financement du gouvernement corrompu, non au retour de Saad Hariri", explique Diala, qui dit avoir quitté le Liban il y a 17 ans "à cause de la classe politique corrompue".



Photo Anne Ilcinkas.



Routes coupées et actions ciblées
Au Liban entre-temps, plusieurs axes routiers ont été coupés en tout début d'après-midi dans le Nord. Ainsi, à Tripoli et sa région les routes étaient bloquées sur la place al-Nour, une des places fortes de la révolte, sur l'autoroute de Beddaoui, sous le pont piéton de Tebbaneh, sur la montée de Haykaliyé, ainsi que dans le secteur de Bohsas et de Dahr el-Aïn. A Halba et sa région, dans le Akkar, la route principale de la localité a été coupée. Les manifestants ont également procédé à la fermeture de plusieurs administrations publiques dans la localité. La place publique de Abdé, ainsi que la route principale des localités de Bahsa et de Mhamara, ont également été coupées.

D'autres actions ciblées ont été menées dans la journée. A Bar Élias dans la Békaa, le propriétaire d'un bureau de détaxe douanière et de camions de transport a garé son camion, juste devant l'entrée de la branche locale du Crédit Libanais, pour protester contre la limitation de la circulation des capitaux, ses difficultés à payer ses employés, à acheter de l'essence pour ses véhicules et à importer les marchandises. A Aley, des activistes, drapeaux libanais à la main et scandant des slogans contre le pouvoir et la corruption, ont procédé à la fermeture du sérail de la localité. A Nabatiyé, au Liban-Sud, plusieurs personnes se sont rassemblées devant la branche du ministère des Finances pour réclamer des réformes économiques. Et à Saïda, quelques dizaines de manifestants se sont rassemblés devant la branche de la Banque du Liban, conspuant le gouverneur de la Banque centrale Riad Salamé, répétant notamment "Salamé pars, le peuple n'est pas stupide", selon notre correspondant sur place Mountasser Abdallah. Les manifestants ont inscrit des slogans sur le mur de la banche de la BDL, dont "à bas le règne des banques".

De nombreuses sociétés souffrent de la dégradation de la situation économique et financière, qui s’est muée depuis la fin de l’été en crise de liquidités. Celle-ci se matérialise par une limitation drastique de la circulation du dollar. Aussi, plusieurs entreprises ont décidé de réduire les salaires de leurs employés, parfois de 50 % pour les mois de novembre et décembre et/ou de licencier une partie de leur personnel.

Dans la nuit, plusieurs contestataires, qui avaient organisé des convois pour manifester devant les domiciles de plusieurs personnalités politiques, ainsi qu'une journaliste, ont été violemment agressés dans le quartier de Aïn el-Tiné à Beyrouth, tout près de la résidence du président du Parlement Nabih Berry, par des agents de la police du Parlement, selon leurs témoignages. M. Berry est l'une des cibles privilégiées du mouvement de la contestation.



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commentaires (3)

Il faut demander aussi à l’Europe de d’annuler tous les Visas des politiciens et de leurs proches de suite ! Même les visas étudiants…

Jack Gardner

15 h 28, le 11 décembre 2019

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Commentaires (3)

  • Il faut demander aussi à l’Europe de d’annuler tous les Visas des politiciens et de leurs proches de suite ! Même les visas étudiants…

    Jack Gardner

    15 h 28, le 11 décembre 2019

  • J,AI LU CES PANCARTES. JE SUIS CONTRE. LE PAYS A BESOIN D,UNE AIDE URGENTE SINON TOUT S,EFFONDRERA ET LE SECTEUR BANCAIRE LE PREMIER. LES GENS PERDRONT LEURS DEPOTS CAD LES MONTANTS DE LEURS RETRAITES ET LEURS ECONOMIES. LE CHAOS S,INSTALLERA. MAIS UN CHAOS DES PLUS CHAOTIQUES. ET CA NE FAIT LE JEU QUE DES DEUX MILICES IRANIENNES ET DU CPL QUI EST COINCE DANS LEUR JEU AUX DEPENS DE SES PARTISANS CAD DE SON PEUPLE.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    14 h 07, le 11 décembre 2019

  • Les evenelments sont clairs il y une troïka clanique qui fait tout pour que la révolution s'essouffle,pas d'actes positifs pas de gouvernement pas de mise en cause de leurs politique, , les un contre les autre aucun politicien actuel n'a mis l'intérêt de la nation en priorité, lils veulent tous une part du fromage perso, le tiers du blocage se disputer pour avoir tel ou tel porte feuille mais, avec leur violence et la non arrestation de ces milices le mouvement de contestation va forcement se durcir et c'est leur but à atteindre . c'est inévitable ....

    Élie Aoun

    13 h 38, le 11 décembre 2019