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Le « petit Beyrouth », un faubourg libanais au Canada

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Ce quartier montréalais est peuplé majoritairement de Libanais, ce qui lui a valu son surnom.

09/12/2019

Lorsque l’on se promène dans les rues du petit quartier Chameran dans l’arrondissement Saint-Laurent sur l’île de Montréal, ce n’est ni la langue française ni l’anglais que l’on entend, mais bien le libanais. Les épiceries, les restaurants, les pharmacies et les salons de coiffure offrent aussi un service en arabe. Pourtant, ce quartier qui se trouve dans un petit coin reculé dans le nord de l’île est bien loin des pays arabophones.

À cause de son grand nombre d’habitants originaires du pays du Cèdre, ce quartier est souvent appelé le « petit Beyrouth », le « petit Liban » ou « Achrafieh ». « C’est reconnu. Il y a énormément de Libanais qui vivent à Chameran », souligne Marianne Sawan, originaire de Tripoli, qui habite dans le quartier depuis une vingtaine d’années. Pour elle, ces appellations qu’elle utilise avec humour pour nommer son quartier montréalais lui rappellent de beaux souvenirs au Liban. « Nous utilisons ces surnoms en plaisantant parce qu’à Chameran, nous nous sentons un peu comme au Liban », témoigne-t-elle, en saluant l’une de ses amies en arabe. « Les Libanais entre eux l’appellent le petit Beyrouth », renchérit la résidente du quartier originaire du Maroc, Yamina Bakiri, qui organise des activités communautaires avec Marianne Sawan.

Les Libanais, premiers arrivés

Les multiples tours de logements imposantes témoignent de l’architecture des années 1950 et 1970, l’époque de la construction du quartier. En périphérie du centre de l’île de Montréal, ce « nouveau » quartier a visé les différentes vagues d’immigration pour peupler ces installations. « À l’époque, quittant son pays en raison des tensions politiques et sécuritaires, la communauté libanaise s’est installée en masse dans le quartier », explique la coordonnatrice des démarches de revitalisation urbaine intégrée du quartier Chameran, Maryse Chapdelaine.

En plus de résider dans ce quartier, les Libanais se sont aussi intégrés à sa vie socio-économique. Ils ont créé des commerces, qui sont aujourd’hui très populaires dans la métropole. « Adonis, Byblos, Andalos sont des exemples des commerces pionniers d’origine libanaise au Québec. Ils sont parmi les premiers à s’être installés et à s’être développés dans l’économie québécoise », souligne Marianne Sawan, yeux pétillants et grand sourire aux lèvres. L’épicerie Adonis est aujourd’hui très connue au Québec et elle est pour beaucoup un symbole de succès économique et culturel. « Nous constatons la réussite de la communauté libanaise à chaque niveau de notre vie communautaire. Ils sont très actifs dans l’organisation d’activités », déclare le maire de l’arrondissement de Saint-Laurent, Alan DeSousa.

La langue arabe, un « filet de sécurité »

Deux résidents du quartier sur cinq ont pour langue maternelle l’arabe, ce qui facilite l’intégration des nouveaux arrivants arabophones. Avec les nouvelles vagues d’immigration syrienne, Maryse Chapdelaine a constaté qu’il y avait un nombre croissant de demandes pour habiter à Chameran. « Pour eux, vivre dans un quartier arabophone où ils pourront se faire comprendre est un filet de sécurité », précise-t-elle, en pointant une calligraphie arabe qui orne le mur d’une boutique.

L’Intermarché du coin a pris les couleurs du Liban, même si cette épicerie n’a pas été fondée par un Libanais. Sur sa façade, le dessin d’un immense cèdre aux côtés d’une reproduction de la grotte aux Pigeons, dans le quartier de Raouché sur la corniche de Beyrouth, reflète l’influence culturelle des résidents du quartier. Grâce à leur service en langue arabe, les commerces du quartier permettent aussi de faciliter l’intégration des immigrés arabophones. « Ils ont besoin de travailler et d’être compris pour pouvoir trouver un emploi. Souvent, ils cherchent une entreprise libanaise pour faciliter leur intégration », explique Marianne Sawan.

Six personnes sur dix sont des immigrés

Aujourd’hui, le quartier est beaucoup plus diversifié et compte une population immigrée de 64 %. Selon le web documentaire Voisins portant sur le quartier Chameran, « la densité du quartier est comparable à celle de Séoul en Corée du Sud, soit cinq fois plus élevée que sur l’île de Montréal ». En plus d’être extrêmement peuplé, Chameran a un taux de chômage beaucoup plus élevé comparé au reste de l’île de Montréal. « Le taux de chômage de la couronne Chameran est de 17,8 %, alors qu’il est de 9,2 % à Montréal », peut-on lire dans le web documentaire.

Selon Maryse Chapdelaine, la moyenne des revenus est plus basse dans le quartier, puisque peu de nouveaux arrivants viennent au Canada avec un emploi déjà promis. « Ils cherchent un emploi et un logement une fois sur place, et cela peut s’avérer compliqué », souligne-t-elle. De plus, selon elle, beaucoup de nouveaux arrivants possèdent un diplôme et doivent reprendre des études pour obtenir une équivalence universitaire canadienne.

Bien que les Libanais représentent encore la majorité des habitants de Chameran, le quartier est beaucoup plus cosmopolite aujourd’hui. C’est surtout par son historique qu’il conserve son surnom. « Auparavant, 90 % des résidents de Chameran étaient libanais. Aujourd’hui, il y a encore une grande communauté libanaise, mais aussi beaucoup de nouveaux migrants syriens, nigérians, maghrébins », précise Sofia Bitran.

Avec ses collègues, Marianne Sawan organise des activités communautaires dans le quartier pour favoriser l’intégration des nouveaux arrivants à Montréal. « Nos communautés qui parlent arabe ont enrichi cette région. Grâce à nous, le quartier se développe économiquement et socialement. Nous souhaitons accueillir d’autres communautés et nous voulons les aider à devenir québécois comme nous le somme devenus », témoigne-t-elle, tout en restant fière de ses origines.

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