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Économie

Procédure lancée aux USA contre Bankmed pour un dépôt d’un milliard de dollars

Banques
P.H.B. | OLJ
29/11/2019

Le négociant en pétrole IMMS a engagé une procédure judiciaire dans l’État de New York à l’encontre de Bankmed. Selon Reuters, qui a rapporté l’information mercredi soir, le négociant accuse la banque libanaise d’avoir « refusé de lui rendre un milliard de dollars de dépôts », conformément à une requête formulée le 8 novembre. Une affaire qui survient alors que les banques libanaises ont mis en place depuis plusieurs semaines des mesures de contrôle de capitaux, dans un contexte de crise économique et financière, et alors que les manifestations contre une classe politique jugée corrompue se poursuivent depuis le 17 octobre dernier.

La procédure a été engagée le 22 novembre par le Pakistano-Canadien Murtaza Lakhani, directeur exécutif d’IMMS, qui est basée à Bélize, au large du Mexique, et qui opère dans plusieurs pays. L’homme d’affaires est généralement présenté comme un vétéran du négoce de pétrole et un intermédiaire entre les autorités et les opérateurs de cette filière dans le Kurdistan irakien.

« Désespérée »

« À travers cette procédure, le plaignant IMMS Limited (IMMS) demande réparation à Bankmed SAL (Bankmed) » pour le refus de la banque de rendre les dépôts concernés, a encore révélé Reuters, citant des documents transmis au tribunal et que L’Orient-Le Jour a pu consulter. Selon ces mêmes documents, Bankmed avait indiqué le 12 novembre avoir « mis fin à toutes les facilités de crédits » accordées au négociant en invoquant la « détérioration significative de la situation économique et financière du pays », après avoir refusé de décaisser les dépôts de son client. L’agence précise en outre qu’IMMS était client de Bankmed depuis novembre 2017 – mois au courant duquel le Premier ministre Hariri avait été retenu à Riyad pendant plusieurs semaines, sur fond de tensions entre l’Arabie saoudite et l’Iran. Le négociant avait alors placé des dépôts à court terme (9 mois avec des rendements annuels allant jusqu’à 6,5 %).

Selon le document de l’assignation en justice, IMMS affirme que Bankmed l’avait démarché pour l’inciter à déposer 1 milliard de dollars en affirmant avoir suffisamment de liquidités. Le négociant suspecte la banque d’avoir menti sur ses capacités à honorer ses engagements et affirme que sa direction était même « désespérée » d’attirer les dépôts en question, entre autres griefs.

Dans un communiqué publié mercredi soir, la direction de Bankmed a catégoriquement rejeté ces accusations, assurant que « le dépôt d’un milliard de dollars réclamé par IMMS était en réalité bloqué à la demande du négociant pour une période arrivant à échéance dans environ deux ans ». La banque va plus loin en assurant avoir découvert que son client tentait de faire sortir des fonds « dus » à la banque en contravention avec les termes de « leur contrat ». Bankmed a en outre indiqué qu’IMMS l’avait également assignée en justice le 14 novembre devant les juridictions libanaises et qu’une audience était programmée pour le 14 décembre prochain. La banque a enfin assuré qu’elle préserverait les intérêts de tous ses déposants.

Bankmed fait partie des plus grosses banques du pays et est détenue par la holding Groupmed, qui est présidée par l’homme d’affaires Ala’ al-Khawaja, qui a racheté en juin 2017, via sa holding OLT, les 42,24 % de parts détenues par Ayman Hariri, demi-frère de Saad Hariri – actuellement Premier ministre sortant. Ce dernier détenait alors toujours 42,24 % du capital de la holding.

Comme l’ensemble du secteur bancaire libanais, Bankmed a dû composer cette année avec la dégradation de la situation financière du pays, sanctionnée par les principales agences de notation financière. Une situation qui a contribué à pousser la Banque centrale à limiter la quantité de dollars circulant sur le marché pour assurer notamment les besoins de financement de l’État. Les banques libanaises ont, de leur côté, initié un contrôle informel sur les capitaux, qui n’a toujours pas été légitimé par le Parlement. La procédure ouverte par IMMS est pour l’heure la plus grosse affaire liée à l’adoption de ces mesures.

P.H.B.

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