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Musique

Ibrahim Maalouf : « Il y a une résilience incroyable au Liban »

Échange de propos avec l’artiste, avant son concert à Nancy, l’un des premiers d’une tournée de 2 ans.

La pochette de l’album « S3NS » : « Cest à partir de nous, de nos mains, qu’on est capable de colorer le monde dans lequel on vit. »

Dimanche 24 novembre 2019 à Nancy, Ibrahim Maalouf était au Zénith, du moins au propre, puisque que c’est sur la scène de cette salle que le musicien franco-libanais s’est produit, entouré de quinze musiciens et d’invités. Au figuré, il est loin d’avoir atteint le zénith… Avec S3NS (lire « sens »), son onzième album studio, Ibrahim Maalouf emmène son public en voyage de New York à Paris, mais surtout de Puerto Rico à La Havane et en fait un aficionado de sa musique aussi ensoleillée que métissée. On pense donc immanquablement à Origines, livre dans lequel Amin Maalouf a conté l’odyssée de ceux qui l’ont précédé, notamment son grand-oncle Gebrayel, qui avait choisi de quitter la montagne libanaise pour Cuba. Gebrayel est d’ailleurs un des titres de l’album.

Si en un S3NS Ibrahim Maalouf s’avère lui aussi conteur, il précise toutefois : « Moi, ce que j’essaye de mettre en musique, ce sont certainement un peu des histoires, mais surtout des émotions et une forme de dialogue intérieur qui peut exister dans les réflexions que je peux avoir quand je crée de la musique, ou quand je pense aux différentes notions qui sont abordées dans les livres d’Amin (Maalouf, NDLR). C’est sûr que je suis très très inspiré par ça. »


Conter et composer
Continuons, malgré cette précision, ou peut-être justement à cause d’elle, de tracer un parallèle entre conter et composer. Conter fait appel à l’imagination. C’est aussi une activité liée à la résilience. Dans les propos d’Ibrahim Maalouf, résilience et imagination sont d’ailleurs étroitement liées : « C’est un album qui est lié à la notion de résilience, de reconstruction à partir de ce qui peut blesser, ou ce qui est difficile à vivre, ou ce qui nous empêche parfois d’évoluer. C’est une sorte de reconstruction. C’est un album qui se présente évidemment comme une forme de poésie destinée à mettre en valeur ce qui au départ semble abîmé, et lui redonner du S3NS. »



(En vidéo: La leçon de trompette d'Ibrahim Maalouf)



La pochette de l’album exprime très bien cela : « C’est à partir de nous, de nos mains qu’on est capable de colorer le monde dans lequel on vit, en créant ; ça peut être en donnant des couleurs. C’est ce que je fais sur la pochette. (…) Il y a quelque chose d’assez magique dans la création, quelque chose que, comme toute personne qui crée ou compose, je ne maîtrise absolument pas : l’imagination. (…) C’est la seule chose qu’on ne peut pas enlever à un être humain, quel qu’il soit. (…) L’essence de l’homme, c’est son imagination, c’est ce qui, pour moi, donne du S3NS à nos vies. Je suis juste débordant d’imagination, c’est ce qui me permet de survivre à tout ce qui peut se passer. »


Engagement et militantisme
Pour Ibrahim Maalouf, les événements que le Liban vit actuellement constituent une « incroyable » forme de résilience : « Depuis sa création, le Liban a vécu tellement de complications, de douleurs, de souffrances, que c’est presque un miracle qu’il ne soit toujours pas tombé. C’est un pays qui a longtemps été à genoux, mais qui n’a jamais vraiment sombré. Il y a une résilience incroyable au Liban, et je crois que c’est certainement une des choses qui m’habite aussi. »

Dans cet entretien, la résilience est pourtant avant tout cantonnée au domaine personnel. L’imagination est ici une vertu privée, dont on n’attend pas, comme en mai 68, qu’elle prenne le pouvoir. Prêtons une dernière fois l’oreille aux propos d’Ibrahim Maalouf : « L’artiste se doit d’être engagé, mais à partir du moment où l’on devient militant, c’est autre chose. Je fais une vraie distinction entre l’engagement et le militantisme : le militantisme peut mener au fanatisme, alors que l’engagement, c’est uniquement de l’humanité. Il n’y a rien d’autre derrière. Je me sens complètement engagé dans ma musique. Il n’y a pas un seul de mes albums, une seule de mes musiques, un seul de mes textes, qui ne soient pas, un minimum, engagé. »

Cela fait certainement, aussi, le succès d’Ibrahim Maalouf, auprès d’un public nombreux venu assister au concert nancéen.


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