Sur la place des Martyrs, dimanche soir. Photo Hussam Shbaro
Le week-end de l’Indépendance était long et faste pour la contestation populaire qui a vécu le vendredi 22 novembre une journée fondatrice d’intense émotion, suivie d’un « pique-nique national », dimanche en divers points du littoral, et de fermeture de routes et de vives tensions, notamment dans le centre-ville de Beyrouth, dans la nuit.
En ce début de semaine, le défi du mouvement de rue réside dans la suite à donner à sa mobilisation, avec pour objectif de maintenir la pression sur le pouvoir, d’opter donc pour l’escalade, afin que soit enfin fixée une date pour les consultations parlementaires, première étape en vue de la formation d’un gouvernement de transition dont les contestataires réclament qu’il soit restreint et formé d’indépendants. Car au quarantième jour d’une révolte populaire qui compte trois victoires à son actif, à savoir la chute du gouvernement, l’élection de l’activiste Melhem Khalaf, issu de la société civile, à la tête de l’ordre des avocats de Beyrouth, et le report de la séance législative de mardi dernier, les protestataires ne voient pas la moindre initiative officielle poindre à l’horizon.
Maintenir la pression pour la formation du gouvernement
Le nouveau gouvernement ne serait donc pas pour cette semaine. Ni même les consultations, estiment-ils. Une situation d’autant plus grave que la crise financière et économique s’aggrave de jour en jour. « Il est clair qu’il n’y a pas de consultations et que le gouvernement ne sera pas formé cette semaine », constate l’activiste Camille Mourani. « Je ne vois aucun indice de progrès. Il y a pourtant urgence », commente pour sa part l’universitaire, Carole Charabati, professeure de sciences politiques à l’Université Saint-Joseph. « La formation du gouvernement est au point mort, précise de son côté le coordonnateur politique du Bloc national Amine Issa. L’équipe au pouvoir cherche pour l’instant un bouc émissaire pour lui faire assumer son échec. Dans le cadre de ce système en place, elle est incapable de trouver la moindre solution ou d’entamer la moindre réforme. »
L’escalade est donc aujourd’hui le mot d’ordre général des contestataires, qui veulent maintenir la pression. Ils craignent plus que tout l’essoufflement de la mobilisation, car ils notent les signes de fatigue d’une population qui commence à ressentir les effets de la crise économique. « L’objectif du mouvement de révolte est de ne pas permettre un retour à la normale, et de ne pas relâcher la pression pour la formation d’un gouvernement », commente Carole Charabati. « Car l’horloge économique tourne et plus les mesures tardent, plus elles risquent d’être douloureuses pour les citoyens. »
(Lire aussi : La contestation opte pour l’escalade, mais la fermeture des routes ne fait pas l’unanimité)
Radicaux et modérés, pour un même objectif
Il reste à savoir quelles formes prendra cette escalade. « La pression s’organise elle-même. Elle n’a pas de plan ni de feuille de route. Elle est multiforme. Et les mesures s’annoncent sur les réseaux sociaux la veille ou le jour même », constate Amine Issa. Les plus radicaux appellent donc à bloquer les routes une nouvelle fois, à paralyser les administrations publiques, à lancer la désobéissance civile. De fait, certains axes, dont l'autoroute au niveau de Jal el-Dib et d'Antelias, ainsi que la voie express du Ring ont été bloquées hier soir. Dans la nuit, les forces anti-émeutes ont d'ailleurs été déployées au niveau du Ring.
Parallèlement, certains annoncent une grève générale dans la capitale, ce lundi. Des appels à observer une grève générale ont également été lancés dimanche soir dans le Akkar et à Saïda, rapportait l'Agence nationale d'information (Ani, officielle). Et Tripoli se prépare à vivre une journée de colère.
D’autres promettent des sit-in au cours de la semaine devant les organismes de justice et autres institutions publiques comme la Caisse nationale de Sécurité sociale (CNSS), alors que certains préparent une manifestation en direction du palais présidentiel. Les modérés, eux, sont formels : pas de fermeture des routes, mais des manifestations régulières devant les institutions officielles, plus particulièrement celles reconnues comme étant corrompues. Redoublant les uns et les autres de créativité, radicaux et modérés s’entendent sur des objectifs communs : « N’accepter aucun compromis avec l’équipe au pouvoir et demeurer pacifiques », note encore Amine Issa, qui rappelle que « la violence est une ligne rouge à ne pas dépasser ».
Selon un militant qui préfère garder l’anonymat, la semaine qui verra manifestations et blocages divers devrait être ponctuée de trois initiatives majeures. « La paralysie des institutions judiciaires, une marche vers le palais de Baabda, et, enfin, au cours du week-end prochain, une manifestation massive au centre-ville de Beyrouth. »
La rue n’est cependant pas la seule pression exercée sur le pouvoir. Au cœur du mouvement de révolte, intellectuels, experts et militants lancent au quotidien des réflexions sur les mesures à envisager, qu’elles soient politiques, juridiques, économiques, financières ou autres. Comme l’observe Carole Charabati, « le résultat de ces groupes de discussion finit forcément par influencer aussi bien la rue que le pouvoir ».
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Très déçue du Président Aoun , il est entrain de détruire son pays , vendu au Hezbollah et aux Ayattollahs
23 h 08, le 25 novembre 2019